Petite fille allongée sur le dos sur un tapis, qui pleure en criant, pendant qu'un adulte accroupi tend les mains vers elle

Crises de colère de l'enfant : comprendre et réagir de 2 à 6 ans

Jeudi 13 février, 18 h 35, caisses automatiques du supermarché. Ma fille — trois ans passés, bonnet de travers, un paquet de galettes de riz serré contre son manteau — voulait scanner le pot de yaourt elle-même. J'étais pressée. Je l'ai scanné à sa place. Il a suffi de ce bip : en trois secondes, elle était allongée sur le carrelage gris, les talons qui frappaient le sol, avec un cri si aigu que l'employée de la zone libre-service s'est retournée d'un bloc. Derrière moi, un homme en costume a soupiré assez fort pour que je l'entende. J'ai senti mes joues chauffer et, pendant une longue seconde, je n'ai eu qu'une idée : faire cesser le bruit. Promettre, négocier, attraper le paquet de bonbons posé en bout de caisse (il était là, exactement à sa hauteur — ce n'est jamais un hasard).

Je ne l'ai pas fait. Pas par vertu : parce que j'avais lu, quelques semaines plus tôt, ce que la recherche dit de ces crises. C'est la première chose que j'aimerais vous transmettre si vous êtes, ce soir, la mère qui rougit devant les caisses : ce que vit votre enfant est banal. Dans l'étude de Lauren Wakschlag et de son équipe sur 1 490 enfants d'âge préscolaire, publiée en 2012, 83,7 % des enfants faisaient des colères de temps en temps, et seuls 8,6 % en faisaient tous les jours. Et, comme le rappelle le site des 1000 premiers jours de Santé publique France, l'enfant en crise « ne cherche pas à nous embêter ou à nous manipuler ».

Pour les règles, les encouragements et les conséquences au quotidien, notre guide pratique de l'éducation positive pose le cadre ; la suite de ce guide ne parle que de la crise elle-même, de 2 à 6 ans.

Mère qui porte sa petite fille sur la hanche devant l'étal de fruits d'un supermarché, l'enfant une pomme à la main, le père à côté
Au supermarché, tout est à hauteur de regard d'un tout-petit ; ajoutez la fatigue de fin de journée, et la crise n'est jamais loin.

Crise de colère : ce qui se passe dans le cerveau d'un enfant de 2 à 6 ans

Une crise de colère est d'abord un débordement — l'émotion arrive plus vite que les outils pour la contenir. Chez l'adulte, une région située à l'avant du cerveau (le cortex préfrontal) joue le rôle de frein : elle permet de retenir un geste, de patienter, de passer à autre chose quand un plan échoue. Le Center on the Developing Child (université Harvard) compare ces capacités à la tour de contrôle d'un aéroport. Les chercheurs parlent de fonctions exécutives — mémoire de travail, flexibilité mentale, contrôle inhibiteur (la capacité à ne pas faire la première chose qui vous passe par la tête).

Ce frein se construit lentement. Dans le document de travail n° 11 du Center on the Developing Child (2011), les chercheurs décrivent un développement des régions préfrontales qui s'étale de la petite enfance à la fin de l'adolescence — avec, entre 3 et 5 ans, une fenêtre de progression spectaculaire. Votre enfant de deux ans a donc toute l'intensité émotionnelle d'un être humain — mais encore très peu d'outils pour la réguler. Ce n'est pas un défaut d'éducation. C'est un cerveau en travaux.

Le site des 1000 premiers jours le formule sans détour dans sa fiche consacrée aux limites et aux crises : jusqu'à 3 ou 4 ans, le cerveau d'un enfant « n'est pas assez mature » pour se calmer seul ou supporter une frustration sans explosion, et il en devient capable vers 5 ou 6 ans. Entre les deux, l'enfant a besoin d'un cerveau d'emprunt — le vôtre. Votre calme (même joué, même fragile) lui sert de point d'appui.

À quoi ressemble une crise, minute par minute ? Michael Potegal et Richard Davidson ont codé, par tranches de 30 secondes, les récits de parents décrivant les colères de 335 enfants de 18 à 60 mois. Leurs résultats, publiés en 2003 dans le Journal of Developmental and Behavioral Pediatrics, dessinent deux courbes qui se croisent. La colère monte d'un coup, atteint son sommet au tout début de la crise, puis décroît. La détresse — les pleurs, la recherche de réconfort — grimpe lentement tout au long de l'épisode.

Au début, l'enfant est dans la colère pure — raisonner, expliquer, menacer, rien ne passe. Vers la fin, il bascule dans le chagrin (et c'est souvent là qu'il tend les bras). Beaucoup de parents ratent ce moment : ils argumentent encore alors que l'enfant, lui, cherche déjà un refuge. Les mêmes auteurs notent un autre signe utile : quand l'enfant tape du pied ou se laisse tomber au sol dans les 30 premières secondes, la crise a tendance à être plus courte.

Petit garçon en larmes, la bouche tordue par les pleurs, qui tend le bras vers la main d'un adulte
La colère culmine au début de la crise ; les pleurs et le besoin de réconfort viennent ensuite.

Combien de crises de colère sont normales chez un enfant de 2 à 6 ans ?

Une crise courte et occasionnelle fait partie du développement normal — les chiffres de la recherche le confirment.

RepèreCe que disent les étudesÉtude
Enfants concernés83,7 % des enfants d'âge préscolaire font des colères de temps en temps.Wakschlag et al., 2012 (1 490 enfants).
Colères quotidiennes8,6 % des enfants.Wakschlag et al., 2012.
Durée la plus fréquenteDe 30 secondes à 1 minute.Potegal et al., 2003 (335 enfants de 18 à 60 mois).
Crises de 5 minutes ou moins75 % des crises.Potegal et al., 2003.
Durée qui doit alerterPlus de 25 minutes en moyenne.Belden et al., 2008 (279 enfants de 3 à 6 ans).

Les colères les plus violentes s'atténuent avec l'âge. Dans la première partie de leur analyse, Potegal et Davidson observent que la colère de forte intensité recule quand l'enfant grandit, tandis que la colère de faible intensité progresse. Au quotidien, cela ressemble souvent à un enfant de cinq ans qui boude ou proteste, là où celui de deux ans se jetait au sol. Ce glissement montre que le frein se met en place.

Pour séparer le normal du préoccupant, regardez le contexte et la durée des crises. L'équipe de Wakschlag note que les colères ordinaires traduisent une frustration dans des contextes prévisibles (un refus, la fatigue), alors que les signaux inquiétants sont imprévisibles, prolongés ou destructeurs. Une crise spectaculaire au supermarché après une longue journée de crèche ? Première catégorie. Une colère sans déclencheur visible, plusieurs fois par jour, qui dure une demi-heure ? La seconde.

Faim, fatigue, transitions : ce qui déclenche une crise de colère

La plupart des crises ont un déclencheur identifiable — une bonne nouvelle, puisqu'on peut agir dessus. Le site des 1000 premiers jours conseille d'ailleurs, une fois la colère passée, de chercher ce qui l'a provoquée : comprendre les raisons d'une colère aide à mieux la gérer la fois suivante. Cinq déclencheurs reviennent souvent :

  • La faim et la fatigue. Fin d'après-midi, sieste sautée, goûter tardif — le réservoir de patience d'un enfant de trois ans se vide bien avant le vôtre.
  • Les transitions. Quitter le parc, sortir du bain, éteindre un dessin animé — autant de passages qui demandent exactement la flexibilité mentale qui manque encore. Si l'écran est votre point de friction quotidien, nos règles pour un usage équilibré des écrans chez l'enfant détaillent comment préparer l'arrêt.
  • L'autonomie contrariée. « C'est moi qui fais » — scanner le yaourt, fermer la porte, appuyer sur le bouton de l'ascenseur. Chaque « non » heurte cette découverte toute neuve.
  • Les mots qui manquent. Le Dr Catherine Salinier, sur mpedia, le site de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA), observe qu'un enfant hurle et tape surtout quand il ne possède pas encore le langage pour exprimer son opposition autrement que physiquement.
  • La surcharge. Bruit, lumière crue, foule — les grandes surfaces et les fêtes de famille cumulent tout.

Le Center on the Developing Child résume la logique en une phrase de son document de travail : ajuster les exigences pour ne pas dépasser les capacités de l'enfant aide bien davantage que la punition face aux comportements difficiles. Décaler les courses à 10 heures plutôt qu'à 18 heures relève de la prévention.

Pendant la crise de colère : les gestes qui aident vraiment

Une fois la crise lancée, l'objectif devient de la traverser sans casse — ni pour l'enfant, ni pour vous, ni pour le lien entre vous. Quatre gestes, dans cet ordre.

1. Vous calmer d'abord, même trois secondes

La fiche des 1000 premiers jours le place en premier : « On prend quelques secondes pour se calmer, respirer, et prendre conscience de nos propres émotions. » Trois secondes pour respirer suffisent à éviter de répondre à des cris par des cris. Une expiration longue, les épaules qui redescendent : vous êtes déjà plus utile.

2. Sécuriser sans contraindre

Un enfant qui se jette en arrière peut se cogner contre un angle de table, une marche, un chariot. Écartez les objets dangereux, déplacez-le si besoin vers un endroit dégagé — puis restez à proximité. Tant que personne n'est en danger, attendez.

3. Nommer l'émotion sans la juger

Mettre un mot sur ce que vit l'enfant l'aide à se repérer. Le site des 1000 premiers jours propose des formules simples, comme « Es-tu en colère car maman a dit non ? », plutôt que de minimiser en affirmant que « ce n'est rien ». Une phrase suffit : pendant le pic de colère, l'enfant perçoit surtout le ton.

4. Rester proche, proposer un câlin — sans céder

La même fiche recommande de proposer un câlin et d'éviter de gronder l'enfant ou de le laisser pleurer et se calmer seul. Elle précise aussi le point qui rassure la plupart des parents : câliner un enfant qui fait une grosse colère pour avoir des bonbons ne signifie pas qu'on va lui donner les bonbons. Le câlin répond à la détresse ; le « non » reste. Certains enfants, en revanche, refusent tout contact au cœur de la crise. Dans ce cas, restez à un mètre, visible et disponible, et respectez ce refus — c'est aussi l'occasion d'apprendre à votre enfant que son corps lui appartient, un principe qui se transmet dès le plus jeune âge.

Mère assise sur un canapé qui serre un jeune enfant contre elle, une main posée sur sa tête
Le câlin répond à la détresse de l'enfant, sans rien céder sur le refus qui a déclenché la crise.

Réagir à une crise de colère selon l'âge : 2 ans, 3-4 ans, 5-6 ans

Les gestes de base restent les mêmes de 2 à 6 ans. Ce qui change, c'est ce que l'enfant peut comprendre, dire et faire. Ce tableau croise les repères de ce guide avec l'expérience courante des parents — il ne remplace pas l'observation de votre enfant, qui peut être en avance ou en retard sur ces repères.

ÂgeCe que l'enfant peut faireCe qui aide le plusCe qui ne marche pas
2 ansPeu de mots, frustration exprimée avec le corps.Détourner l'attention, sécuriser, phrases de trois mots.Les longues explications.
3-4 ansPlus de mots, fort besoin de décider seul.Nommer l'émotion, proposer deux choix, annoncer les transitions.Le chantage et les menaces.
5-6 ansCommence à se calmer seul et à parler de ce qu'il a ressenti.Reparler de la crise à froid, préparer un plan de retour au calme.Humilier ou raconter la crise devant d'autres.

À 2 ans : la diversion avant tout

Avant que la crise n'éclate, la diversion fonctionne souvent. Les 1000 premiers jours conseillent d'essayer de diriger l'attention de l'enfant vers autre chose pour éviter le conflit (un autre jouet, une autre activité). À cet âge, un camion qui passe ou un « Regarde, un chat ! » bien joué désamorce parfois un orage en cinq secondes. Une fois la crise lancée, la diversion échoue presque toujours — restez présente et laissez passer le pic.

À 3-4 ans : des mots et des choix

C'est la fenêtre de progression spectaculaire des fonctions exécutives décrite par le Center on the Developing Child. L'enfant comprend désormais les annonces (« dans cinq minutes, on quitte le parc ») et peut choisir entre deux options qui vous conviennent toutes les deux (« tu montes en voiture comme un lion ou comme un chat ? »). Donner une part de contrôle sur le comment évite beaucoup de batailles sur le quoi.

À 5-6 ans : réparer et anticiper ensemble

Vers 5 ou 6 ans, l'enfant devient capable de se calmer seul, selon la fiche des 1000 premiers jours. C'est le moment de reparler des crises à froid, le soir ou le lendemain : qu'est-ce qui t'a mis si en colère ? Qu'est-ce qui t'aiderait la prochaine fois ? Certains choisissent un coin avec un coussin et un verre d'eau. Ce coin sert à construire ses propres outils.

À la maison : désamorcer une crise de colère avant l'explosion

La maison est le lieu où l'on prévient le mieux — on y maîtrise le décor et l'horaire.

Des routines prévisibles. La fiche des 1000 premiers jours rappelle que mettre en place des routines permet de poser un cadre sécurisant, dans lequel chacun a ses repères. Un enfant qui sait que le bain vient après le dîner, et l'histoire après le bain, négocie beaucoup moins chaque étape. Les routines déchargent l'enfant (et vous) de décisions répétées vingt fois par jour.

Des transitions annoncées. Prévenir cinq minutes avant — puis une minute avant — laisse au cerveau le temps de se préparer. Un minuteur de cuisine fait très bien l'affaire : la sonnerie arrête le jeu à votre place (une nuance qui compte beaucoup à trois ans).

Un décor qui évite les conflits inutiles. Les 1000 premiers jours suggèrent de mettre hors de portée les objets dangereux ou ceux auxquels on ne veut pas que l'enfant touche, ce qui « évitera bien des disputes ». Télécommande, feutres, vernis à ongles — chaque objet rangé en hauteur, c'est un « non » de moins.

Mère penchée à hauteur d'un petit garçon dans un salon, qui lui parle doucement pendant qu'il baisse les yeux
Se mettre à hauteur d'enfant et annoncer les transitions : deux gestes qui préviennent beaucoup de crises.

Au supermarché : gérer une crise de colère en public, sans céder ni crier

La crise en public est la plus redoutée, et pour une raison précise : elle ajoute la honte à la colère. Le site des 1000 premiers jours le reconnaît — pendant les crises, « on peut avoir honte en public », se sentir agressé, en colère. Or la honte pousse à deux réflexes qui aggravent tout — céder vite pour faire taire l'enfant, ou hausser le ton pour montrer aux autres qu'on « tient » la situation.

Avant les courses

  • Choisir le moment. Jamais à l'heure de la sieste ni juste avant le repas (un goûter avalé avant d'entrer aide beaucoup).
  • Raccourcir. Une liste courte, un seul magasin, aucun détour par le rayon jouets.
  • Donner une mission. Trouver les bananes, porter le paquet de pâtes, cocher la liste dessinée.
  • Annoncer la règle avant d'entrer. « Aujourd'hui, on n'achète pas de bonbons, mais tu choisis les fruits du goûter. » Une règle posée à froid se défend mieux qu'un refus improvisé devant le rayon.

Pendant la crise

Mettez d'abord l'enfant en sécurité — loin des chariots qui passent et des présentoirs en verre, idéalement dans une allée plus calme. Accroupissez-vous à sa hauteur, dites votre phrase refuge, et attendez. Oubliez le public : la plupart des adultes qui regardent ont vécu la même scène. Si la crise s'éternise, laissez le chariot à l'accueil et sortez quelques minutes. Aucune course ne vaut un parent qui craque au milieu de l'allée.

Ce jeudi de février, la crise de ma fille a duré un peu moins de quatre minutes — j'ai regardé l'heure sur le terminal de paiement. Elle entrait pile dans les trois quarts de crises de cinq minutes ou moins décrits par Potegal. Sur le moment, elles m'ont paru durer une demi-heure.

En voiture : quand la crise de colère éclate sur la route

La voiture pose un problème particulier : vous ne pouvez ni vous approcher ni prendre l'enfant dans vos bras, et votre attention doit rester sur la route. Le vrai danger n'est pas l'enfant — c'est le conducteur distrait qui se retourne ou tend le bras vers l'arrière pour ramasser un doudou.

Si vous conduisez, parlez calmement, sans vous retourner, jusqu'à un endroit où vous arrêter en sécurité — une aire, un parking, une rue calme. Une fois garée, moteur coupé, occupez-vous de votre enfant comme à la maison. Ne le détachez jamais pour le consoler pendant que la voiture roule. Si un autre adulte est à bord, c'est à lui de gérer la crise.

Une crise fréquente porte sur le siège auto lui-même : l'enfant refuse d'être attaché, se cambre, crie. Cette règle-là ne se négocie pas — et c'est justement ce qui la rend simple à tenir. Dites-la en une phrase (« en voiture, on est attaché, toujours »), attendez que la colère retombe, attachez-le, puis démarrez. Mieux vaut cinq minutes de retard qu'un trajet commencé avec un enfant mal attaché.

Pour les longs trajets, la prévention fait l'essentiel — partir pendant la sieste, prévoir collation et eau accessibles sans votre aide, des histoires audio, des pauses régulières. Un petit sac qu'on n'ouvre qu'en voiture (autocollants, figurines) garde son attrait parce qu'il est rare.

Petit garçon assis dans son siège auto, voiture à l'arrêt et portière ouverte, une fillette au second plan
En voiture, on s'arrête sur un emplacement sûr avant de s'occuper d'une crise.

Votre propre colère face aux crises : l'autre moitié du problème

On parle beaucoup de la colère des enfants, beaucoup moins de celle des parents. Elle est pourtant massive. Selon le baromètre des violences éducatives ordinaires réalisé par l'Ifop pour la Fondation pour l'Enfance, mené en mai 2022 auprès de 1 314 parents d'enfants de 0 à 10 ans, 79 % des répondants déclaraient avoir eu recours à au moins une violence éducative au cours de la semaine précédant l'enquête. La plus fréquente : avoir « crié très fort » après l'enfant (55 %) ; près d'un parent sur quatre (23 %) avait donné une fessée.

Ces chiffres disent surtout que vous n'êtes pas seule à perdre pied. Ils rappellent aussi le cadre légal. Depuis la loi du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires, l'article 371-1 du Code civil précise : « L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques. » Donner une fessée, dévaloriser ou menacer son enfant (« tu n'es pas gentil », « je vais te laisser ici ») : la fiche du site des 1000 premiers jours sur les violences éducatives range tout cela parmi les violences éducatives ordinaires que la loi interdit.

Que faire quand vous sentez la colère monter en vous ? La même fiche donne une consigne très concrète : « Si on sent monter de la colère ou de la violence en nous, on met son enfant en sécurité (dans son parc, son lit, sa chambre) et on s'isole pour se calmer. » Si cela ne suffit pas, elle conseille de passer le relais à l'autre parent ou à un proche. Et quand on a crié malgré tout, l'important est de reconnaître ses erreurs auprès de son enfant — s'excuser rétablit la confiance et lui montre comment on répare.

La fatigue pèse lourd dans ces débordements : un parent qui dort mal, jongle entre travail et maison et n'a jamais de relais a moins de patience, et l'épuisement suffit souvent à l'expliquer. Si ce déséquilibre vous parle, notre guide pour concilier travail et vie de maman sans culpabiliser propose des pistes concrètes pour alléger la charge.

Femme la tête baissée, la main sur le front, qui s'accorde un moment pour souffler
S'éloigner quelques instants, l'enfant en sécurité, permet de ne pas répondre à la colère par la colère.

Quand une crise de colère doit vous amener à consulter

La grande majorité des crises ne justifie aucune consultation. Certaines caractéristiques méritent pourtant d'en parler à votre médecin traitant ou au pédiatre de votre enfant. En 2008, l'équipe d'Andy Belden et Joan Luby a comparé les colères de 279 enfants de 3 à 6 ans, en bonne santé ou présentant une dépression ou des troubles du comportement. Les auteurs en tirent cinq « styles » de colère qui doivent alerter :

  • L'agressivité systématique : l'enfant s'en prend à l'adulte ou casse des objets dans plus de la moitié de ses dernières crises.
  • L'automutilation : l'enfant se fait mal volontairement pendant la crise, quelle que soit la fréquence des crises.
  • La fréquence : 10 à 20 crises sur des jours différents en un mois à la maison, ou plus de 5 crises par jour, plusieurs jours, en dehors de la maison.
  • La durée : plus de 25 minutes en moyenne.
  • L'incapacité à se calmer seul : l'enfant a presque toujours besoin d'un adulte pour sortir de la crise.

Les chercheurs précisent que ces seuils n'ont pas été validés comme outils de diagnostic — ils servent à demander un avis, sans poser d'étiquette. À ces repères s'ajoutent le bon sens (des colères qui apparaissent brutalement après un événement, qui s'aggravent au lieu de s'espacer, ou qui restent intenses bien après 6 ans) et votre propre ressenti — si vous êtes épuisée, c'est déjà une raison suffisante de consulter.

Le spasme du sanglot, impressionnant mais bénin

Certains enfants, au sommet d'une crise, arrêtent de respirer, deviennent bleus, mous — et perdent brièvement connaissance. C'est le spasme du sanglot. Selon la fiche des urgences pédiatriques de l'hôpital Trousseau (AP-HP), il touche environ 5 % des enfants entre 6 et 18 mois et peut s'observer jusqu'à l'âge de 6 ans. L'épisode dure moins d'une minute, et ces malaises sont sans conséquence pour la santé et l'avenir de l'enfant. La même fiche demande toutefois de consulter devant tout premier épisode, pour confirmer le diagnostic. En cas de perte de connaissance avec chute ou convulsion lors d'un premier épisode, allongez l'enfant sur le côté et appelez les secours (pompiers ou SAMU). Elle ajoute un conseil précieux pour la suite : « Vous ne devez pas renoncer aux mesures éducatives par peur de les déclencher. »

Fillette d'environ deux ans assise sur une table d'examen, qui manipule un stéthoscope à côté d'une médecin masquée, la main posée sur son genou
Crises très longues, agressivité systématique, automutilation : ces signaux méritent un avis médical.

Questions fréquentes sur les crises de colère de l'enfant

À quel âge les crises de colère s'arrêtent-elles ?

Progressivement, en changeant de forme. Selon le site des 1000 premiers jours, un enfant devient capable de se calmer seul et de supporter une frustration vers 5 ou 6 ans. Les études de Potegal et Davidson montrent que la colère de forte intensité recule avec l'âge au profit de formes plus modérées (bouderie ou protestations, par exemple). Des crises intenses et fréquentes qui persistent bien après 6 ans justifient un avis médical.

Faut-il ignorer un enfant en pleine crise de colère ?

Ignorer la demande, oui ; ignorer l'enfant, non. La fiche des 1000 premiers jours conseille d'éviter de laisser l'enfant pleurer et se calmer seul. Restez à proximité, parlez peu, ne cédez pas sur le motif de la crise — et proposez un câlin quand la colère retombe.

Pourquoi mon enfant fait-il ses crises surtout avec moi ?

C'est assez habituel. Sur mpedia, le Dr Catherine Salinier explique à une mère que des colères dirigées surtout contre elle sont assez habituelles : la mère étant souvent la première personne dans l'affection d'un petit enfant, elle est aussi la première vers qui il exprime ce qu'il ressent, câlins comme colères.

J'ai cédé pendant une crise : est-ce grave ?

Un épisode isolé ne défait pas tout : ce qui installe l'habitude, c'est la répétition. Si les cris permettent régulièrement d'obtenir ce qu'il veut, l'enfant apprend que la stratégie fonctionne. Reprenez la règle dès la crise suivante, avec calme et constance.

Mettre au coin après une crise, est-ce utile ?

Pas comme sanction. Le baromètre de l'Ifop pour la Fondation pour l'Enfance range « mis au coin ou puni dans sa chambre » parmi les violences éducatives ordinaires (48 % des parents interrogés l'avaient fait dans la semaine). Un coin calme choisi avec l'enfant, hors crise, où il va de lui-même pour se poser, relève d'une autre démarche : c'est un outil qu'il s'approprie.

Mon enfant tape ou mord pendant ses crises : faut-il s'inquiéter ?

Le site des 1000 premiers jours cite taper et mordre parmi les manifestations d'une crise, au même titre que pleurer ou se rouler par terre. Protégez-vous et protégez les autres, dites clairement « je ne te laisse pas me taper » — sans rendre le coup. L'étude de Belden et ses collègues invite toutefois à consulter si l'agressivité envers l'adulte ou les objets revient dans plus de la moitié des crises.

Sources