Samedi, 10 h 20. J'ai dévissé le bouchon d'un tube de crème solaire rescapé de l'été dernier, et l'odeur est arrivée avant la texture. Un parfum de noix de coco devenu aigre, quelque part entre le beurre rance et la bougie éteinte. Puis la crème elle-même. D'abord un filet d'huile transparente — ensuite des petits grumeaux blancs, comme un fromage blanc oublié au fond du frigo. Mon chat — allongé sur le tapis de bain — s'est levé et a quitté la pièce (il a du nez, ce chat).
C'était le jour du grand ménage de printemps dans ma salle de bains. Celle de mon 28 m² — sans fenêtre, où la vapeur de la douche met une bonne demi-heure à se dissiper. Sur le carrelage, j'ai tout aligné. Quatre mascaras entamés — dont un qui faisait « pfft » à chaque pompage. Deux fonds de teint. Un pot de crème ouvert à Noël. Sept échantillons de sérum — dont trois déjà décachetés. Un gloss qui collait comme du miel figé. Et un rouge à lèvres acheté pour un mariage en 2019. Oui — le même mariage que la robe jamais remise (elle, au moins, ne sent rien). Résultat : 31 produits sur le carrelage, 14 dans le sac-poubelle.
On garde tout, parce que jeter un produit à moitié plein, c'est jeter de l'argent — surtout avec un budget serré. Sauf qu'un cosmétique n'est pas une boîte de conserve — dès que tu l'ouvres, un compte à rebours démarre. Ce guide t'apprend à lire ce compte à rebours sur l'emballage, produit par produit, et à repérer les signes qui ne trompent pas (ceux que ton nez et tes doigts voient avant l'étiquette). Si tu viens de remettre de l'ordre dans les étapes de ta routine beauté, c'est le bon moment pour vérifier que chaque flacon de la file tient encore la route.
Pot ouvert ou date : comment lire la durée de vie d'un cosmétique ?
La durée de vie d'un cosmétique s'affiche de deux façons, et c'est sa stabilité qui décide laquelle. Un produit qui se conserve moins de 30 mois porte une date limite. Un produit qui tient plus longtemps porte à la place un petit dessin de pot de crème ouvert, avec un chiffre et la lettre M. La règle est européenne — identique dans tous les pays de l'Union — et l'agence sanitaire française la détaille dans ses recommandations de bon usage des produits cosmétiques à l'attention des consommateurs.
Premier cas : la date. Elle suit la mention « À utiliser de préférence avant fin… », avec le mois et l'année (ou le jour, le mois et l'année), et elle marque le moment jusqu'auquel le produit, conservé correctement, continue de faire ce qu'il promet. Tu la croises surtout sur des produits fragiles — ceux qui ne se gardent pas deux ans et demi.
Second cas — de loin le plus courant dans une trousse : la période après ouverture, ou PAO. Le chiffre dans le pot indique pendant combien de mois tu peux utiliser le produit sans risque une fois entamé. « 12M » veut dire douze mois. Et le M ? Il vient de « Menses » — le mot latin pour les mois (oui, ton pot de crème parle latin). Ce qui compte, c'est le point de départ : la PAO se compte à partir de la première ouverture — pas du passage en caisse.
Certains produits n'affichent ni date ni pot, et c'est normal. L'ANSM en cite quatre familles. Ceux qui durent moins de 30 mois (ils ont la date à la place). Ceux qui ne s'ouvrent pas pour être utilisés, comme les sprays. Les unidoses, faites pour un seul usage. Et ceux pour lesquels il n'y a pas de risque de détérioration — son exemple, c'est l'eau de parfum. Et « pas de pot ouvert » ne veut pas dire « éternel ».
Pourquoi un cosmétique ouvert se dégrade (et pourquoi le mascara part en premier) ?
Un cosmétique ouvert se dégrade d'abord à cause des microbes que tu y fais entrer toi-même. Chaque fois que tu plonges un doigt, une brosse ou un applicateur, tu y déposes un peu de la flore de ta peau — sans le voir. Les conservateurs de la formule tiennent ces intrus en respect, mais pas indéfiniment. L'équipe de l'université d'Aston le rappelle : la date d'un cosmétique dépend du temps pendant lequel ses conservateurs arrivent à contrôler la contamination. Ils soulignent aussi que les cosmétiques riches en eau sont plus exposés à la prolifération microbienne une fois contaminés par l'usage.
Comment un fabricant fixe-t-il son chiffre ? L'Afssaps, l'agence sanitaire devenue depuis l'ANSM, a proposé aux fabricants, à titre d'exemple, une méthode d'estimation de la période après ouverture qui dit tout sur la logique. Elle note cinq critères de 1 à 4 : d'abord la résistance de la formule aux microbes et le type d'emballage (pot, tube, tube avec brosse, flacon, pompe). Puis la durée prévisible d'utilisation, la zone d'application et le public visé. L'exemple donné pour la zone d'application : une application autour de l'œil vaut la note maximale, 4.
Les cinq notes se multiplient. Quand le risque théorique est faible, la PAO théorique ne dépasse pas 18 mois, et quand il est élevé, elle descend à 6 mois au plus. Au-delà d'un certain seuil, l'agence considère qu'il faut revoir la conception du produit. Le texte fait du risque microbiologique le « risque principal » à évaluer. Voilà pourquoi ton mascara — humide, touché à chaque passage, posé à ras de l'œil — a une vie aussi courte.
Une exception : la crème solaire. Pour elle, la dégradation qui compte n'est pas seulement microbienne. La même méthode précise que la détérioration inclut une baisse d'efficacité quand elle peut affecter la santé — et elle cite nommément les produits solaires. Une crème qui ne protège plus comme annoncé, c'est un coup de soleil assuré.
Quand jeter chaque produit de ta salle de bains ?
Ce tableau résume, produit par produit, combien de temps il se garde une fois ouvert, pourquoi, et les signes qui doivent t'envoyer vers la poubelle. La règle de base ne change jamais. Le chiffre du pot ouvert (ou la date) fait foi. Et un produit qui a changé d'aspect ou d'odeur part avant l'heure — même si la date n'est pas passée.
Pour un fond de teint, un rouge à lèvres ou une crème, il n'existe pas de durée unique : le chiffre dépend de la formule et de l'emballage, et deux produits du même type peuvent afficher des durées différentes. D'après les chercheurs de l'université d'Aston, le symbole porte 3M, 6M, 12M, 18M, 24M ou 36M, et la plupart des produits ont une durée de 3 à 12 mois. Pour le mascara et la crème solaire, des organismes donnent un repère chiffré : il figure dans le tableau.
| Produit | Combien de temps une fois ouvert | Pourquoi | Les signes qui disent « poubelle » |
|---|---|---|---|
| Mascara, eye-liner liquide | Environ 3 mois (College of Optometrists) | Zone de l'œil = risque maximal ; la brosse retourne dans le tube | Odeur inhabituelle, texture qui s'effrite ou file, yeux qui piquent, conjonctivite infectieuse |
| Fond de teint, anticernes liquides | Le chiffre de son pot ouvert, variable selon la formule | Formules riches en eau, plus fragiles | Phases qui se séparent, couleur qui a viré, taches en surface, odeur anormale |
| Poudres, fards, blush compacts | Le chiffre de son pot ouvert | Formules sans eau, moins accueillantes pour les microbes | Croûte dure et brillante en surface, taches, odeur |
| Rouge à lèvres, gloss | Le chiffre de son pot ouvert | Contact direct avec la bouche | Odeur de rance ou de vieux crayon, texture qui a changé |
| Crème en pot | Le chiffre de son pot ouvert | L'emballage le moins protecteur (les doigts y plongent) | Couleur, odeur, eau qui perle, taches |
| Crème en tube ou à pompe, sérum | Le chiffre de son pot ouvert | Emballage plus protecteur | Mêmes signes, qui arrivent en général plus tard |
| Crème solaire | Dans l'année qui suit l'ouverture, pas d'un été à l'autre (FEBEA) | L'efficacité des filtres ; la chaleur l'abîme | Huile qui se sépare, grumeaux, odeur ou couleur changées |
| Parfum | Pas de chiffre obligatoire | Pas de risque de détérioration, selon l'ANSM | Odeur qui a tourné, couleur plus foncée : une question de plaisir, pas de santé |
| Éponges, pinceaux | Aucun chiffre | C'est le lavage qui décide | Taches, odeur, éponge tombée par terre et jamais lavée |
Ce que tu surveilles, l'agence le résume en une phrase : ne pas utiliser un produit qui présente un « aspect douteux (couleur suspecte, présence de taches à la surface du contenu, …) », qui dégage une odeur anormale à l'ouverture ou qui contient un corps étranger. Ton nez est ton meilleur outil de contrôle — il était là bien avant l'étiquette.
Mascara et eye-liner : trois mois, et jamais d'emprunt
Le mascara a la vie la plus courte de ta trousse. Autour de trois mois après ouverture. Ce n'est pas un chiffre de magazine : le College of Optometrists — l'organisme professionnel des optométristes britanniques — l'écrit sur son site grand public. Les mascaras et eye-liners ont la durée de conservation la plus courte, en général autour de trois mois. Un mascara périmé, ajoute-t-il, peut abriter des bactéries capables de provoquer une infection comme une blépharite (une inflammation du bord des paupières), voire quelque chose de plus grave pour la vue.
La brosse fait des allers-retours entre tes cils et le tube plusieurs fois par jour — et elle rapporte à chaque fois un peu de ce qu'elle a touché dans un milieu humide, fermé, à l'abri de la lumière. Et pomper la brosse comme une pompe à vélo fait entrer de l'air. Le mascara sèche plus vite — et on le pompe encore plus pour le « réveiller ». Mon mascara du fameux « pfft » ? Ouvert en septembre, d'après mes calculs. Sept mois. Il est parti le premier.
Le partage, c'est l'autre piège. Le même site déconseille d'emprunter le mascara ou l'eye-liner d'une amie : si elle a une conjonctivite ou une autre infection transmissible, tu peux repartir avec. Les testeurs en magasin posent le même problème en plus grand. Les chercheurs d'Aston notent qu'ils ne sont souvent pas nettoyés régulièrement — et qu'ils restent exposés à tous les clients qui y touchent.
Fond de teint et anticernes : quels signes ne trompent pas ?
Un fond de teint liquide se surveille à l'œil et au nez plus qu'au calendrier, parce que ces formules contiennent de l'eau et font partie des produits à risque dès que la contamination commence. Le premier signe que je repère, c'est la séparation. Une fine couche huileuse qui remonte, ou des pigments qui se déposent au fond — et refusent de se mélanger, même après une bonne secousse. Viennent ensuite la couleur qui vire (souvent vers l'orangé) — et une odeur qui n'était pas là au départ.
Mon Luminous Silk — le fond de teint que je rachète en boucle — porte sa date d'ouverture au feutre sous le flacon depuis ce samedi. Au début de l'été, je le mélange avec une goutte de bronzer liquide pour suivre mon teint. Ce mélange, je le fais toujours dans le creux de la main — jamais dans le flacon. Verser un produit dans un autre, c'est lui apporter ce que l'autre contient (et jongler avec deux dates d'ouverture).
Les anticernes à embout mousse demandent un peu plus de méfiance. L'applicateur passe de ta peau au tube, puis du tube à ta peau, exactement comme la brosse du mascara — en plus près de l'œil. Si le tien a dépassé le chiffre de son pot ouvert, sent bizarre ou a changé de couleur, ne lui cherche pas d'excuse.
Rouge à lèvres et gloss : faut-il surveiller la date ou l'hygiène ?
Pour un rouge à lèvres, la façon dont tu l'utilises compte autant que son âge. L'étude d'Aston a analysé 467 produits de maquillage déjà utilisés, donnés par leurs utilisateurs au Royaume-Uni. Dans le lot : 96 rouges à lèvres, 107 gloss, 93 mascaras, 92 eye-liners et 79 éponges. Dans les rouges à lèvres et les gloss (comme dans les éponges), les chercheurs ont trouvé plusieurs espèces de Pseudomonas. Ce sont des bactéries opportunistes — capables de provoquer des infections sérieuses, surtout chez les personnes immunodéprimées.
Le partage est le premier réflexe à perdre. L'ANSM l'écrit dans ses recommandations : « Ne partagez pas certaines catégories de produits cosmétiques (ex : sticks à lèvres, …) ». Le rouge qui fait le tour de la table à la fin d'une soirée, la copine qui « te prend juste un coup de gloss » dans les toilettes d'un bar — non.
Et mon rouge du mariage de 2019 ? Il sentait le vieux crayon de cire — avec une petite note rance au fond. Un rouge à lèvres contient des huiles et des cires, et c'est souvent l'odeur qui trahit un bâton trop vieux avant l'aspect. Le mien avait passé plus de cinq ans dans un tiroir tiède. Je l'ai jeté sans une larme (enfin, presque).
Crème et sérum : pot ou pompe, qu'est-ce qui change ?
Une crème en pot vieillit plus vite qu'une crème en tube. Et ce n'est pas qu'une impression. Dans la méthode d'estimation de l'ANSM, le type d'emballage fait partie des cinq critères. Il est noté selon l'importance du contact avec le produit — des emballages les plus protecteurs aux moins protecteurs. Un pot où tu plonges les doigts matin et soir s'expose bien plus qu'une pompe, qui délivre la dose sans que rien ne rentre.
Les recommandations de bon usage de l'agence ajoutent deux gestes simples — utiliser ses produits avec des mains propres, et bien les refermer après usage. Ça paraît évident. Sauf qu'on ouvre tous un pot de crème le matin avec les doigts encore humides de la douche, en pensant à autre chose.
Les sérums en flacon à pipette sont entre les deux, à condition que la pipette ne touche jamais ta peau : dépose les gouttes dans ta paume ou au bout de tes doigts, puis applique. Mon sérum HA 2 % + B5 de The Ordinary a gagné son petit « 11/24 » au feutre sous le flacon. Je l'utilise avant le Hyalu B5 de La Roche-Posay — deux produits que tu retrouves dans le guide de l'acide hyaluronique en cosmétique.
Reste le cas des échantillons — le vrai trésor des petits budgets. Les unidoses sont faites pour un seul usage, c'est même pour ça qu'elles n'ont pas de pot ouvert. Un sachet décacheté que tu refermes avec une pince à cheveux pour « la prochaine fois » n'a plus aucune garantie. J'en avais trois dans le tiroir. Poubelle.
Crème solaire de l'été dernier : on la garde ou pas ?
Pour une crème solaire ouverte l'été dernier, l'ANSM pose des conditions minimales, et la fédération des fabricants va plus loin : elle conseille de ne pas la garder d'un été à l'autre. Les messages clés de l'ANSM sur le bon usage des produits de protection solaire tiennent en trois points. Respecter la date de péremption ou la période après ouverture indiquées. Ne pas utiliser un produit qui a changé d'aspect et/ou d'odeur. Et bien refermer le tube après usage.
Fais le calcul. Tube ouvert début juillet, pot ouvert « 12M » : sur le papier, il tient jusqu'à début juillet. Mais un tube qui a passé août au fond d'un sac de plage n'a pas vécu dans les conditions prévues (plein soleil, sable, chaleur de la voiture). Pour tous les cosmétiques, l'agence demande d'éviter les écarts de température, les sources de chaleur et l'exposition directe au soleil. La plage coche les trois cases.
Mon tube de samedi matin, avec son huile séparée et ses grumeaux, ne laissait aucune place au doute. Et un tube bien refermé, rangé dans un placard, avec une texture et une odeur normales et une PAO encore valable ? Les messages clés de l'ANSM ne fixent pas d'autre limite. La Fédération des entreprises de la beauté (FEBEA), elle, tranche dans sa réponse sur la crème solaire de l'été dernier : « Il est primordial de ne pas garder, ni réutiliser un produit de protection solaire ouvert d'une année à l'autre. » Sa raison : exposées au soleil, à la chaleur et au sable, les crèmes solaires perdent avec le temps une partie de leur efficacité. Dans le doute, rachète. Une crème solaire coûte moins cher qu'un coup de soleil — et bien moins cher que ce qu'il laisse derrière lui.
Parfum : pas de date obligatoire, mais il peut tourner
Ton parfum n'a sans doute pas de pot ouvert. C'est prévu par la règle. Dans ses recommandations, l'ANSM dispense de PAO les produits « pour lesquels il n'y a pas de risque de détérioration (ex : eau de parfum) ». Même chose pour ceux qu'on n'a pas besoin d'ouvrir pour les utiliser — les sprays. Un parfum ne devient pas dangereux avec l'âge au sens où un vieux mascara peut l'être.
Il peut en revanche tourner, et là on parle de plaisir, pas de santé. Dans mon tiroir de samedi, il y avait une eau de toilette offerte il y a des années, jamais vraiment aimée. Le départ frais avait disparu — il restait une odeur plate, avec une pointe de vernis à ongles. Rien de méchant, mais plus rien à voir avec le jus d'origine. Les signes à guetter sont les mêmes que pour tout cosmétique : une odeur anormale à l'ouverture, une couleur qui a foncé.
Mon Shalimar, que je porte depuis mes 22 ans, n'a jamais tourné. Je crois savoir pourquoi — il vit dans sa boîte, dans un tiroir de la chambre, jamais sur l'étagère de la salle de bains. Chaleur, soleil direct et écarts de température : c'est justement ce que l'ANSM demande d'éviter pour conserver un cosmétique. Une salle de bains sans fenêtre, qui passe de froide à tropicale à chaque douche, en fait une belle démonstration.
Éponges et pinceaux : le vrai nid à microbes de ta trousse
L'objet le plus sale de ta trousse n'a pas de date de péremption. C'est ton éponge à maquillage. Dans l'étude microbiologique de l'université d'Aston sur les cosmétiques usagés, 79 à 90 % des produits analysés étaient contaminés par des bactéries. Mais les éponges jouaient dans une autre catégorie — plus d'un million d'unités formant colonie par millilitre en moyenne, contre cent à mille pour les autres produits.
Pour mesurer l'écart, les chercheurs rappellent les limites des lignes directrices européennes. Pas plus de 100 unités formant colonie de micro-organismes aérobies par millilitre autour de l'œil — pas plus de 1 000 pour les autres cosmétiques. Et le mode d'emploi réel des éponges explique le reste. Dans l'étude, 93 % n'avaient jamais été nettoyées, et 64 % étaient tombées par terre avant de reprendre du service. Des champignons ont été retrouvés dans 56,96 % des éponges, des entérobactéries (la famille d'E. coli) dans 26,58 %.
L'ANSM, elle, demande de nettoyer ou de renouveler régulièrement les accessoires (pinceaux, éponges…). Une éponge humide rangée dans une trousse fermée, au fond d'une salle de bains chaude, réunit l'eau et la chaleur — exactement ce que les microbes cherchent. J'ai jeté deux éponges samedi — dont une que j'avais vraiment ramassée sur le carrelage (on en est toutes passées par là, non ?).
Où ranger tes cosmétiques pour qu'ils tiennent jusqu'au bout ?
La salle de bains est rarement le meilleur endroit pour stocker tes cosmétiques, et c'est pourtant là qu'on les entasse. La raison est simple : la PAO est estimée pour des conditions normales. La méthode de l'ANSM prévoit des tests sur des produits stockés vers 22,5 °C (à 2,5 °C près) ou à une température ambiante contrôlée. Le tout dans les conditions de stockage prévisibles — lumière, température et humidité comprises. Une étagère qui prend la vapeur deux fois par jour sort de ce cadre.
Concrètement, voici le rangement qui a survécu à mon grand ménage.
- Dans la salle de bains : seulement ce que tu utilises chaque jour, bien refermé, loin de la douche.
- Dans la chambre : le parfum dans sa boîte, les réserves encore scellées, le maquillage des grandes occasions.
- Jamais au soleil : ni sur un rebord de fenêtre, ni dans la voiture, ni sur le radiateur.
- Un produit ouvert par catégorie : un mascara, un fond de teint, une crème de jour. Les autres attendent, fermés.
Le vrai secret des petits budgets ? Acheter moins — et plus petit. Un mini-format que tu finis en trois mois te coûte moins cher, au final, qu'un grand flacon dont tu jettes la moitié. Les promos à trois pour deux ne sont une affaire que si tu gardes les deux autres fermés. Et les échantillons, utilise-les dans la semaine au lieu de les collectionner. Ce soir, ouvre ton tiroir, attrape un feutre, et date tout ce qui est entamé. Dans trois mois, tu me remercieras (et ton chat aussi, s'il a du nez).
Questions fréquentes
Un cosmétique périmé est-il dangereux ?
Pas forcément, mais le risque existe et il est surtout microbien. L'ANSM décrit la contamination par des micro-organismes pendant l'utilisation comme le risque principal d'un produit ouvert. Autour des yeux, un produit contaminé peut provoquer une infection comme une blépharite. Pour une crème solaire, s'ajoute la perte d'efficacité : tu te protèges moins bien que tu ne le crois.
La période après ouverture compte-t-elle à partir de l'achat ?
Non. La PAO se compte à partir de la première ouverture du produit, quand tu l'utilises pour la première fois. Un mascara acheté en janvier et ouvert en avril démarre son compte en avril. D'où l'intérêt de noter la date au feutre le jour où tu l'entames.
Un produit jamais ouvert peut-il se périmer ?
Oui, mais lentement si tu le conserves bien. Un produit qui porte le symbole du pot ouvert sans date limite a été conçu pour rester stable plus de 30 mois, puisque c'est la condition pour afficher ce symbole à la place d'une date. S'il porte une date « À utiliser de préférence avant fin… », respecte-la même s'il est fermé. Et s'il a passé l'été dans une voiture, méfiance.
Combien de temps se garde un fond de teint ouvert ?
Le temps indiqué par son pot ouvert : le chiffre suivi d'un M sur le flacon ou sur sa boîte, qui varie d'une formule à l'autre. D'après les chercheurs de l'université d'Aston, la plupart des produits ont une durée de 3 à 12 mois. Avant cette limite, un fond de teint part aussi s'il se sépare, change de couleur ou sent bizarre.
Pourquoi mon parfum n'a-t-il pas de pot ouvert ?
Parce que la règle ne l'impose pas. L'ANSM cite l'eau de parfum comme exemple de produit sans risque de détérioration, et les sprays n'ont pas besoin d'être ouverts pour être utilisés. Un parfum peut tourner (odeur plate ou aigre, couleur plus foncée), mais c'est une question de plaisir olfactif, pas de sécurité.
Je peux garder mon mascara plus de trois mois s'il est encore bon ?
Je ne te le conseille pas. Le College of Optometrists situe la durée de conservation des mascaras autour de trois mois en général, et il demande de ne pas s'y accrocher — même quand c'était un cadeau coûteux. Un mascara qui n'a pas l'air abîmé peut quand même abriter des bactéries : ça ne se voit pas à l'œil nu.
Que faire si un produit me donne des rougeurs ?
Arrête de l'utiliser, garde le produit avec son emballage et consulte un professionnel de santé. L'ANSM demande aussi de déclarer tout effet indésirable lié à un cosmétique sur le portail officiel de signalement : ces déclarations servent à repérer les produits qui posent problème.
Les échantillons se conservent-ils ?
Les unidoses sont conçues pour une seule utilisation, c'est pour cela qu'elles n'affichent pas de période après ouverture. Un sachet entamé ne se garde pas. Les mini-flacons avec bouchon, eux, suivent la même règle que les grands : regarde le pot ouvert et note la date d'ouverture.
Sources
- ANSM (Afssaps) — Recommandations de bon usage des produits cosmétiques à l'attention des consommateurs
- ANSM (Afssaps) — Recommandations relatives à l'estimation de la période après ouverture (PAO)
- ANSM — Bon usage des produits de protection solaire : messages clés
- FEBEA — Peut-on réutiliser sa crème solaire de l'été dernier ?
- Assurance maladie (ameli.fr) — Prévenir la conjonctivite
- Bashir et Lambert, université d'Aston — Microbiological study of used cosmetic products (Journal of Applied Microbiology)
- College of Optometrists (Look After Your Eyes) — Eye make-up