Un drapeau du Royaume-Uni flotte devant la tour Elizabeth, à Londres

Famille royale britannique : l'ordre de succession au trône expliqué

« Et après William, c'est Harry ? »

Samedi 6 mai 2023, un peu après midi, dans le salon de mes parents. À l'écran : l'abbaye de Westminster, des chœurs, des dorures — et, dehors, une pluie fine qui n'a pas lâché Londres de la journée. Ma mère, sa tasse de thé à la main, me pose la question comme on demande la suite d'une série. Non, maman. Après William, c'est George. Puis Charlotte, puis Louis. Harry n'arrive qu'en cinquième position.

« Charlotte avant Louis ? Depuis quand les filles passent devant, chez eux ? » Depuis une loi de 2013 — mais seulement pour les enfants nés après le 28 octobre 2011. Mon père, sans quitter l'écran des yeux : « Et Anne, la sœur du roi, elle est où ? » Seizième. Derrière ses deux petits frères — et toute leur descendance. Silence dans le salon. Puis ma mère, très sûre d'elle : « C'est quand même compliqué, leur truc. »

Pas tant que ça. L'ordre de succession au trône britannique tient en trois règles, une réforme et une poignée d'exceptions. Une fois que tu les as en tête, tu places n'importe quel bébé royal en dix secondes (oui, même les petits Brooksbank). Le moment s'y prête : Charlotte fête ses 10 ans aujourd'hui, le 2 mai 2025, et le couronnement de Charles III aura deux ans le 6 mai. Voici la liste à jour et les règles qui la fabriquent — et, spoiler, les départs y changent beaucoup moins que tu ne le crois.

Deux personnes vues de dos, assises sur un canapé face à un grand écran de télévision allumé, dans un salon aux murs de brique
Beaucoup de foyers se sont installés devant la télévision ce jour-là, avec la même question en tête : qui vient après ?

L'ordre de succession au trône britannique en mai 2025

Le premier dans l'ordre de succession au trône britannique est William, prince de Galles, fils aîné de Charles III. Viennent ensuite ses trois enfants, puis le prince Harry et les siens, puis les frères et la sœur du roi avec leurs descendants. Au 2 mai 2025, la liste que publie la famille royale sur la page « Succession » de son site officiel compte 25 noms — du prince de Galles au petit Lucas Tindall.

RangNomLien avec Charles III
1William, prince de GallesFils aîné
2Prince George de GallesPetit-fils (aîné de William)
3Princesse Charlotte de GallesPetite-fille
4Prince Louis de GallesPetit-fils
5Prince Harry, duc de SussexFils cadet
6Prince Archie de SussexPetit-fils (fils de Harry)
7Princesse Lilibet de SussexPetite-fille (fille de Harry)
8Prince Andrew, duc d'YorkFrère
9Princesse BeatriceNièce (fille aînée d'Andrew)
10Sienna Mapelli MozziPetite-nièce (fille de Beatrice)
11Athena Mapelli MozziPetite-nièce (fille de Beatrice)
12Princesse EugenieNièce (fille cadette d'Andrew)
13August BrooksbankPetit-neveu (fils d'Eugenie)
14Ernest BrooksbankPetit-neveu (fils d'Eugenie)
15Prince Edward, duc d'ÉdimbourgFrère cadet
16James, comte de WessexNeveu (fils d'Edward)
17Lady Louise Mountbatten-WindsorNièce (fille d'Edward)
18Anne, princesse royaleSœur
19Peter PhillipsNeveu (fils d'Anne)
20Savannah PhillipsPetite-nièce
21Isla PhillipsPetite-nièce
22Zara TindallNièce (fille d'Anne)
23Mia TindallPetite-nièce
24Lena TindallPetite-nièce
25Lucas TindallPetit-neveu

Regarde la logique de la liste. On épuise toute la descendance de William avant de passer à Harry. Puis toute celle de Harry avant de remonter à Andrew, le frère du roi. C'est pour ça que tu vois un enfant de 7 ans (Louis, né le 23 avril 2018) passer devant son oncle de 40 ans. Et que la princesse Anne — deuxième enfant d'Elizabeth II — pointe aujourd'hui au dix-huitième rang.

Tu n'y trouveras pas les épouses — ni la reine Camilla, ni Catherine, princesse de Galles. Le protocole n'y est pour rien. La succession passe par le sang, et une épouse n'est pas une descendante de la lignée. Les enfants de Beatrice et d'Eugenie, eux, y figurent bien — alors qu'ils ne portent aucun titre royal (sur la liste officielle, ce sont « Miss » et « Master »).

Les trois règles qui fixent l'ordre de succession

L'ordre de succession britannique repose sur trois règles qui s'emboîtent : la descendance, la loi votée par le Parlement et la primogéniture. Aucune ne suffit seule.

Règle 1 : il faut descendre de Sophie de Hanovre

Depuis l'Acte d'établissement de 1701, seuls les descendants protestants de la princesse Sophie — électrice de Hanovre et petite-fille de Jacques Ier — peuvent monter sur le trône. Sophie n'a jamais régné elle-même. Mais c'est la racine de l'arbre : un prétendant qui ne descend pas d'elle, ou qui n'est pas protestant, n'a aucune place dans la liste.

Règle 2 : c'est le Parlement qui décide, pas la famille

La deuxième règle va peut-être te surprendre. La couronne ne se transmet pas seulement par le sang — elle se transmet aussi par la loi. Le site de la monarchie le dit en toutes lettres : la succession est réglée par la descendance, mais aussi par les lois du Parlement. En 1688, quand Jacques II quitte le pays, le Parlement déclare le trône vacant. Il le confie à sa fille Marie et à son gendre Guillaume d'Orange, plutôt qu'à son jeune fils. Le Bill of Rights de 1689, puis l'Acte d'établissement de 1701, gravent le principe : c'est la loi qui dit qui peut régner. Ni le roi ni le prince de Galles ne peuvent changer l'ordre à leur guise.

Règle 3 : l'aîné d'abord, et toute sa lignée avant les cadets

La troisième règle, c'est la primogéniture. L'aîné passe devant les cadets — et, point capital, toute la descendance de l'aîné passe avant les cadets eux-mêmes. Tu comprends donc pourquoi George, petit-fils du roi, passe devant Harry, fils du roi. Pas parce qu'il serait plus « important » — parce qu'il descend de la branche aînée. Pour toute personne née avant le 28 octobre 2011, cette primogéniture garde une préférence masculine — ce que France 24, au lendemain de la mort d'Elizabeth II, appelait la « primogéniture cognatique avec préférence masculine ». En clair : une fille peut régner, mais son petit frère passe devant elle.

Dessin d'enfant intitulé « My Family », trois personnages au feutre sur une feuille, entourée de feutres de couleur sur une table en bois
Une famille tient parfois sur une seule feuille — celle des Windsor s'écrit plutôt en branches et en générations.

2013 : la réforme qui a mis fin à la priorité des garçons

La réforme de la succession britannique naît d'un sommet du Commonwealth à Perth, en Australie, le 28 octobre 2011. Les seize pays dont Elizabeth II est alors cheffe d'État s'accordent pour changer la règle. David Cameron, Premier ministre, l'annonce sans détour, comme le rapportait France 24 le jour même, depuis Perth : « Nous allons mettre fin à la primauté masculine ».

Tu te doutes que le calendrier n'a rien d'anodin. William et Catherine se sont mariés quelques mois plus tôt, et tout le monde a en tête la même hypothèse. Et si leur premier enfant était une fille ? Avec l'ancienne règle, un petit frère né après elle l'aurait doublée. Le gouvernement britannique ne s'en cachait pas : en décembre 2012, alors que William et Catherine venaient d'annoncer leur premier enfant, il écrivait qu'une fille du couple pourrait un jour être reine, même si des petits frères naissaient après elle.

Le texte s'appelle le Succession to the Crown Act 2013. Son premier article tient en une phrase : pour une personne née après le 28 octobre 2011, le sexe ne donne plus aucune priorité (ni à elle, ni à ses descendants). Le texte de la loi, sur le site officiel de la législation britannique, règle aussi deux autres points : le mariage avec un catholique et le consentement du souverain aux mariages royaux.

Pourquoi voter en 2013 une loi entrée en vigueur seulement le 26 mars 2015 ? Parce que le souverain britannique règne aussi sur d'autres royaumes : le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Jamaïque… Chacun devait prendre ses propres mesures avant que la loi britannique ne s'applique. Sinon, la couronne aurait pu se retrouver un jour sur deux têtes différentes (le cauchemar des juristes). Trois ans et demi entre Perth et l'entrée en vigueur — c'est le prix d'une règle commune à seize pays.

Charlotte, dix ans et première à garder sa place

La princesse Charlotte est née le 2 mai 2015 à 8 h 34, à l'hôpital St Mary's de Paddington, à Londres. Elle a 10 ans aujourd'hui. À sa naissance, elle était quatrième dans l'ordre de succession — derrière son grand-père Charles, son père et son grand frère. La réforme était entrée en vigueur à peine cinq semaines plus tôt.

Pendant trois ans, la règle ne change rien pour elle : son grand frère George passe devant elle de toute façon, en tant qu'aîné. Tout se joue le 23 avril 2018, à la naissance de Louis. Sous l'ancien régime, le bébé aurait doublé sa sœur. Il n'en est rien : dans la liste publiée par France 24 quatre jours plus tard, Charlotte reste quatrième, Louis arrive cinquième, et Harry recule au sixième rang.

C'est ce qui fait de Charlotte la première princesse pour qui la réforme de 2013 a changé quelque chose de concret. Avant avril 2018, aucune fille de la famille née après octobre 2011 n'avait eu de petit frère. Isla Phillips (née en 2012) n'a qu'une grande sœur, Savannah — née en 2010, trop tôt pour la réforme. Et Mia Tindall (née en 2014) n'avait pas encore de frère. La règle a resservi en 2021, à la naissance de Lucas Tindall : il est resté derrière ses deux grandes sœurs, Mia et Lena.

Est-ce que Charlotte deviendra reine ? Très probablement non. Et ce n'est pas une question de sexe, mais de position. Elle est dans la situation de Harry à sa naissance : troisième, derrière son père et son frère aîné. Dès que George aura des enfants, chacun d'eux passera devant elle. Si tu cherches de futures reines, regarde plutôt vers la Suède — ou vers l'Espagne, pour de tout autres raisons.

Une fillette coiffée d'une couronne dorée, les yeux fermés et le menton posé sur les mains, devant un gâteau d'anniversaire aux bougies allumées, sur un fond rose
Charlotte fête ses dix ans ce 2 mai 2025 : née trois ans et demi après la date charnière de la réforme, elle en a été la première bénéficiaire.

Ce qu'une naissance change dans l'ordre de succession

Une naissance royale insère le bébé juste après la descendance déjà existante de son parent. Tout le monde en dessous recule d'un cran — personne au-dessus ne bouge. C'est mécanique — et ça explique la plupart des variations de la liste d'une année sur l'autre.

Exemple le plus récent : Athena Elizabeth Rose Mapelli Mozzi, deuxième fille de la princesse Beatrice, est née le 22 janvier 2025 à l'hôpital Chelsea and Westminster, à Londres. Elle s'est glissée au onzième rang, juste après sa sœur Sienna. Résultat : Eugenie est passée de onzième à douzième, ses deux fils ont reculé d'une place, Edward et ses enfants aussi. Anne, elle, est passée de dix-septième à dix-huitième. Sur la liste officielle, quatorze personnes ont perdu un rang — et, derrière elles, toutes les autres.

La trajectoire de Harry raconte le même mécanisme, en version longue. Né en 1984, il était troisième : derrière son père et son frère. Les naissances de George, de Charlotte et de Louis l'ont fait reculer — sixième en 2018. Puis la mort d'Elizabeth II, en septembre 2022, a tout fait remonter d'un cran. Charles est devenu roi, et franceinfo plaçait alors Harry « en cinquième position ».

Tu vois le schéma ? Une naissance dans une branche aînée fait reculer tous les cadets. Un décès sur le trône fait remonter toute la liste. Et un cadet ne remonte presque jamais tout seul : Harry a été troisième de sa naissance, en 1984, jusqu'à celle de George, en 2013. Le seul rang qu'il ait regagné depuis, il le doit à la mort de la reine.

Et si William et Catherine avaient un quatrième enfant ? Il serait cinquième, juste après Louis — et Harry reculerait encore d'une place. Même chose, à plus long terme, pour les enfants que George aura un jour : chacun passera devant Charlotte et Louis.

Un couple pousse une poussette sur un chemin de terre bordé d'arbres, un enfant assis à l'intérieur
Une naissance ne fait reculer que ceux qui viennent après le bébé.

Peut-on renoncer au trône britannique ?

Renoncer au trône britannique ne se fait pas par une simple déclaration (ni par un communiqué, ni par une interview, si tu te posais la question). Puisque c'est la loi qui fixe l'ordre de succession, seule la loi peut en retirer quelqu'un : une loi votée pour l'occasion, comme en 1936, ou l'une des exclusions qu'elle prévoit déjà (devenir catholique ; pour les six premiers, se marier sans le consentement du souverain). Le précédent de 1936, lui, n'a rien d'une formalité.

Le 10 décembre 1936, Édouard VIII signe un acte d'abdication. Il doit choisir, résume le site de la monarchie, entre la couronne et Wallis Simpson, deux fois divorcée, qui n'aurait pas été acceptée comme reine. Mais sa signature ne suffit pas — il faut une loi, His Majesty's Declaration of Abdication Act 1936, qui donne effet à l'abdication le lendemain. Et le texte va plus loin qu'un départ : il retire tout droit à la succession au roi, à ses éventuels enfants et à leurs descendants. Édouard VIII n'a jamais été couronné. Son règne a duré 325 jours. (C'est sans doute le choix amoureux le plus coûteux du XXe siècle — de quoi relire autrement les histoires de couples célèbres qui ont tenu malgré la pression publique.)

Aujourd'hui, un renoncement serait encore plus lourd à organiser. Depuis le Statut de Westminster de 1931, toute modification de la loi sur la succession doit recevoir l'accord des parlements des dominions de l'époque — aujourd'hui, des autres royaumes. Or le roi règne sur 14 royaumes du Commonwealth en plus du Royaume-Uni. Tu imagines la navette : une loi britannique, quatorze accords, peut-être autant de textes locaux. Même la réforme de 2013, que tout le monde voulait, a pris trois ans et demi.

Vue aérienne du palais de Westminster, de la tour Elizabeth et de la Tamise, par une journée couverte
Au Royaume-Uni, c'est le Parlement qui a le dernier mot sur l'ordre de succession.

Harry et Andrew : quitter ses fonctions ne fait pas perdre son rang

Quitter la vie publique ne sort personne de l'ordre de succession, même si tu lis souvent le contraire. Harry et Andrew en sont les deux exemples vivants. Ni l'un ni l'autre ne représente plus la couronne — et tous deux gardent leur rang, cinquième et huitième.

Andrew d'abord. Le 20 novembre 2019, le duc d'York annonce qu'il a demandé à la reine de se retirer de ses fonctions publiques pour une durée indéterminée, et qu'elle a accepté. Le 13 janvier 2022, Buckingham annonce que ses affiliations militaires et ses patronages sont rendus à la reine. Il ne reprend aucune fonction publique (le palais l'a confirmé). Il reste pourtant huitième dans l'ordre de succession — parce qu'aucune loi ne l'en a retiré.

Harry ensuite. En janvier 2020, le couple Sussex annonce qu'il se retire de son rôle de membres actifs de la famille royale. Le 19 février 2021, le palais confirme qu'ils ne reviendront pas, et leurs parrainages sont redistribués. Dans son premier discours de roi, le 9 septembre 2022, Charles III dit son affection pour Harry et Meghan, qui continuent de construire leur vie à l'étranger. Rien de tout cela ne touche au rang de Harry. Mieux : à l'avènement de leur grand-père, Archie et Lilibet sont devenus prince et princesse. Franceinfo le notait dès septembre 2022, « même si sa femme et lui ont renoncé à leurs titres royaux ». Chez les Windsor, on ne démissionne jamais tout à fait : le rang reste.

Mariage et religion : les deux conditions qui restent

Deux conditions pèsent encore sur les héritiers britanniques. L'accord du souverain pour se marier (pour les six premiers de la liste), et l'interdiction pour le monarque d'être catholique. La réforme de 2013 a allégé la première et laissé la seconde intacte.

Le consentement du roi, pour les six premiers seulement

Avant 2015, une loi de 1772 imposait à tous les descendants du roi George II d'obtenir l'accord du souverain pour se marier — une obligation qui s'étendait à des cousins très éloignés du trône. La loi de 2013 l'a abrogée. Elle l'a remplacée par une règle bien plus étroite : seules les six personnes les plus proches du trône doivent obtenir le consentement du souverain avant leur mariage. Sans ce consentement, la personne et les descendants issus de ce mariage perdent leur place dans la succession.

En mai 2025, ces six personnes sont William, George, Charlotte, Louis, Harry et Archie. Autrement dit — et tu as le droit de sourire —, quatre enfants de 5 à 11 ans auraient besoin de l'accord du souverain pour se marier (ce qui ne presse pas).

Épouser un catholique, oui ; être roi catholique, non

Jusqu'en 2015, épouser une personne catholique faisait perdre sa place dans l'ordre de succession. David Cameron l'avait annoncé à Perth : « Nous avons décidé d'effacer la règle qui dit que celui/celle qui épouse un(e) catholique ne peut pas devenir monarque ». C'est chose faite depuis la loi de 2013.

Le souverain lui-même, en revanche, ne peut toujours pas être catholique. Il doit être en communion avec l'Église d'Angleterre, et s'engager à préserver l'Église établie d'Angleterre comme celle d'Écosse. La loi de 2013 n'a pas touché à cette interdiction. Un héritier qui deviendrait catholique perdrait donc sa place.

Quand le souverain meurt : accession immédiate, couronnement plus tard

Au Royaume-Uni, l'héritier devient roi à l'instant où son prédécesseur meurt. Ni vote, ni délai, ni cérémonie nécessaire (oui, même pas le couronnement). Le site de la monarchie le formule simplement : le nouveau souverain succède dès la mort du précédent, puis il est proclamé le plus vite possible lors d'un Conseil d'accession, au palais St James's.

Pour Charles III, les dates s'enchaînent ainsi. Le 8 septembre 2022, Elizabeth II meurt, et son fils devient roi à 73 ans — lui qui était héritier depuis ses trois ans, en 1952. Le 10 septembre, à 10 heures, le Conseil d'accession le proclame au palais St James's. À 11 heures, la proclamation principale est lue depuis un balcon qui donne sur Friary Court. Le couronnement ne vient que huit mois plus tard, le samedi 6 mai 2023, à l'abbaye de Westminster. Pour Elizabeth II, l'écart avait été plus long encore : reine le 6 février 1952, couronnée le 2 juin 1953.

Le couronnement ne fait donc pas le roi : selon le site officiel, dans toute la cérémonie, seuls le serment du couronnement et la déclaration d'accession sont exigés par la loi. Le reste, c'est la tradition — la couronne de saint Édouard (environ 2,2 kg d'or massif), le fauteuil du couronnement fabriqué en 1300, l'abbaye de Westminster, cadre de tous les couronnements depuis 1066. Une tradition qui pèse lourd (au sens propre).

La façade gothique de l'abbaye de Westminster et sa grande rosace, vues en contre-plongée sous un ciel bleu traversé de nuages
L'abbaye de Westminster accueille tous les couronnements depuis 1066 — celui de Charles III compris, le 6 mai 2023.

Un détail qui intrigue souvent : le titre de prince de Galles n'est pas automatique. L'héritier devient duc de Cornouailles d'office — mais c'est le souverain qui le fait prince de Galles. Charles l'a fait le 9 septembre 2022, dans son premier discours à la nation, en annonçant qu'il créait William prince de Galles. D'où une nuance de vocabulaire que tu peux ressortir en dîner. William est « héritier apparent » : aucune naissance ne peut le déloger. Un « héritier présomptif », lui, peut toujours être doublé par la naissance d'un héritier mieux placé.

Régence et conseillers d'État : l'ordre de succession sert aussi du vivant du roi

L'ordre de succession ne sert pas qu'à la mort du souverain. De son vivant, il désigne aussi ceux qui peuvent le remplacer temporairement — et celui qui gouvernerait à sa place s'il était mineur. Deux mécanismes que tu verras souvent confondus — à tort.

La régence d'abord. Le Regency Act de 1937 prévoit qu'un souverain de moins de 18 ans ne règne pas seul : un régent exerce ses fonctions. Ce régent est la personne suivante dans l'ordre de succession, à condition d'être majeure, sujet britannique et domiciliée au Royaume-Uni. Cette dernière condition compte. Un héritier qui n'est pas domicilié au Royaume-Uni est écarté de la régence.

Les conseillers d'État ensuite. Quand le roi est malade ou à l'étranger, au moins deux conseillers d'État peuvent agir à sa place, nommés par lettres patentes. Par la loi, ce sont l'épouse du souverain et les quatre personnes suivantes dans l'ordre de succession âgées de plus de 21 ans. En mai 2025, George, Charlotte, Louis, Archie et Lilibet sont mineurs. Les quatre en question sont donc William, Harry, Andrew et Beatrice. Le Counsellors of State Act, promulgué le 6 décembre 2022, y a ajouté Anne et Edward. Et le site officiel précise qu'en pratique, seuls les membres actifs de la famille royale sont appelés à jouer ce rôle — ce qui écarte, dans les faits, Harry et Andrew.

Gardes en tunique rouge et bonnet à poil défilant devant une foule, près des grilles du palais de Buckingham
Quand le roi est absent ou malade, des conseillers d'État choisis dans l'ordre de succession assurent la continuité.

Et ailleurs en Europe : la Suède en avance, l'Espagne à part

Le Royaume-Uni n'a pas été le premier pays à passer à la primogéniture absolue — loin de là, et tu vas voir que l'Espagne n'y est toujours pas. La Suède l'a fait dès 1980 : sa loi de succession prévoit depuis que l'aîné hérite du trône, fille ou garçon. La princesse Victoria, née le 14 juillet 1977, est ainsi devenue l'héritière de la couronne suédoise. Elle était pourtant née sous une règle qui réservait le trône aux hommes.

L'Espagne, elle, a gardé la préférence masculine. L'article 57 de sa Constitution de 1978 prévoit qu'à degré égal, « el varón a la mujer » — l'homme passe avant la femme. Si la princesse Leonor est aujourd'hui l'héritière, c'est parce qu'elle n'a pas de frère. Le 31 octobre 2023, jour de ses 18 ans, elle a juré fidélité à la Constitution devant les deux chambres du Parlement espagnol réunies, comme le racontait franceinfo.

La Suède a changé la règle et l'a appliquée à une princesse déjà née. Le Royaume-Uni l'a changée pour l'avenir seulement. L'Espagne ne l'a pas changée du tout — c'est l'absence de fils qui fait d'une fille l'héritière. Et si le sujet des femmes et du pouvoir t'intéresse au-delà des couronnes, jette un œil à notre sélection des femmes qui façonnent la culture pop en 2025.

Questions fréquentes

Le prince Harry peut-il encore devenir roi ?

En théorie, oui — Harry est cinquième dans l'ordre de succession. En pratique, il faudrait que William et ses trois enfants (et leurs futurs descendants) sortent tous de la liste avant lui. Se retirer de ses fonctions publiques en 2020 n'a rien changé à son rang : seule une loi du Parlement, ou une exclusion déjà prévue par la loi (se convertir au catholicisme), pourrait l'en retirer.

Pourquoi Camilla et Catherine ne sont-elles pas dans l'ordre de succession ?

Parce que la succession passe par la descendance. Seuls les descendants protestants de Sophie de Hanovre peuvent régner. Camilla et Catherine sont entrées dans la famille par le mariage : elles portent des titres (reine, princesse de Galles), mais n'ont aucun rang dans la liste.

Combien de personnes figurent dans l'ordre de succession britannique ?

Le site officiel de la famille royale publie les 25 premiers noms, de William à Lucas Tindall. Si tu voulais la liste complète, prévois de la place : franceinfo notait en 2022 qu'elle « s'étend jusqu'au 5 000ème rang ».

Un catholique peut-il devenir roi d'Angleterre ?

Non. Le souverain doit être en communion avec l'Église d'Angleterre, et la loi de 2013 n'a pas levé l'interdiction faite à un catholique de régner. Si ta question porte sur le mariage, la réponse change : depuis 2015, épouser une personne catholique ne fait plus perdre sa place.

Que se passe-t-il si le souverain a moins de 18 ans ?

Un régent règne à sa place jusqu'à ses 18 ans (Regency Act de 1937) : la personne suivante dans l'ordre de succession, si elle est majeure, sujet britannique et domiciliée au Royaume-Uni.

Le couronnement est-il obligatoire pour être roi ?

Non. Le nouveau souverain règne dès la mort de son prédécesseur. Charles III est devenu roi le 8 septembre 2022 et n'a été couronné que le 6 mai 2023. Édouard VIII a régné 325 jours sans jamais être couronné.

La princesse Charlotte pourra-t-elle devenir reine ?

Seulement si George — et toute sa future descendance — sortaient de la liste. Depuis la réforme de 2013, son petit frère Louis ne peut plus la doubler. Mais les enfants que George aura un jour passeront devant elle, comme ceux de William sont passés devant Harry.

Le titre de prince de Galles revient-il automatiquement à l'héritier ?

Non. L'héritier devient d'office duc de Cornouailles, mais le titre de prince de Galles, c'est le souverain qui le confère. Charles III l'a donné à William le 9 septembre 2022.

Sources