Femme en maillot orange qui étale une crème solaire sur son bras, flacon à la main, au soleil

Filtres solaires minéraux ou chimiques : décoder la liste INCI

Samedi 31 mai, 16 h 40, sur un banc de la Coulée verte, au-dessus de l'avenue Daumesnil. Premier vrai après-midi d'été bras nus au soleil — cette chaleur sèche qui pique juste assez pour te rappeler que ta peau n'a rien vu depuis octobre. J'ai sorti le tube acheté en pharmacie la semaine d'avant (une crème « 100 % filtres minéraux ») et j'en ai pressé une noisette. Épaisse. Presque crayeuse. Elle crissait sous les doigts comme une pâte à modeler oubliée sur un rebord de fenêtre — il m'a fallu une bonne minute pour l'étaler.

Résultat : des avant-bras d'un blanc vaguement mauve, un voile de plâtre sur les mains et cinq empreintes parfaitement nettes sur mon pantalon en lin noir. Une passante m'a regardée comme on regarde quelqu'un qui sort d'un chantier de peinture. Au fond de mon sac dormait pourtant mon fluide habituel — celui qui disparaît en dix secondes et sent vaguement les vacances. Je l'avais mis de côté après un lien partagé sur un groupe WhatsApp : « les filtres chimiques, c'est du poison ».

C'est là que la vraie question est arrivée. Qu'est-ce qu'il y a exactement dans ces deux tubes ? L'un protège-t-il mieux que l'autre ? Le minéral est-il vraiment plus doux ? Le chimique traverse-t-il la peau ? Et les coraux, dans tout ça ?

Le soir même, j'ai posé les deux tubes sur la table de la cuisine. J'ai lu leurs listes d'ingrédients ligne par ligne — puis les textes européens qui encadrent chaque filtre. Ce guide ne parle pas d'indice : le SPF, la quantité et la réapplication, notre guide complet de la protection solaire les détaille. Il parle de ce qui fabrique l'indice : les filtres eux-mêmes, leur fonctionnement, leur tolérance, leurs traces, leur devenir dans l'eau et l'avis des autorités.

Une adulte étale une crème solaire blanche et épaisse sur le bras d'une fillette, à la plage
Le voile blanc d'une crème solaire minérale, bien visible tant qu'elle n'est pas totalement étalée.

Filtres minéraux et filtres chimiques : deux familles, une même mission

Un filtre solaire est l'ingrédient qui arrête les UV avant qu'ils n'atteignent tes cellules. En Europe, aucun fabricant ne le choisit librement. Chaque filtre doit figurer sur une liste limitative — l'annexe VI du règlement européen de 2009 sur les cosmétiques — avec une concentration maximale. Pas de filtre hors liste, pas de crème solaire.

Ces filtres se rangent en deux familles :

  • les filtres organiques, dits « chimiques » : des molécules de synthèse qui captent l'énergie des UV et la dissipent en une chaleur trop faible pour être sentie ;
  • les filtres inorganiques, dits « minéraux » : il n'y en a que deux, le dioxyde de titane et l'oxyde de zinc.

Première mise au point : « organique » ne veut pas dire « bio ». En chimie, le mot signifie juste que la molécule contient du carbone. L'avobenzone est organique — et parfaitement synthétique.

Le lien avec le bio passe par un autre chemin. D'après l'enquête de la DGCCRF sur les nanomatériaux dans les produits solaires (novembre 2023), les filtres minéraux sont surtout utilisés dans les produits certifiés bio ou « d'origine naturelle ». Les chimiques équipent plutôt les autres. Et beaucoup de crèmes mélangent les deux familles — le mot « minéral » en gros sur le devant ne garantit donc rien tant que tu n'as pas lu le dos.

Les filtres minéraux reflètent-ils vraiment les UV ?

C'est l'argument qu'on lit partout : les minéraux « réfléchissent » les UV comme un miroir, les chimiques les « absorbent » comme une éponge. Non. Ou plus exactement — c'est vrai pour la lumière visible, beaucoup moins pour les UV.

En 2016, trois chercheurs (Cole, Shyr et Ou-Yang, dans la revue Photodermatology, Photoimmunology & Photomedicine) ont mesuré la part de chaque mécanisme avec une sphère d'intégration. Leur conclusion est nette. Sur l'ensemble du spectre UV, l'oxyde de zinc et le dioxyde de titane ne réfléchissent en moyenne que 4 à 5 % du rayonnement — une protection inférieure à un FPS 2. Le reste ? De l'absorption, comme les filtres chimiques.

La nuance sert à quelque chose. Au-delà des UV — dans les UVA longs et la lumière visible — ces particules redeviennent de vrais réflecteurs, jusqu'à 60 % selon la même étude. C'est précisément ce qui fabrique la trace blanche. Ta peau renvoie la lumière visible, et ton entourage voit un masque de mime. Ce voile est un effet optique, pas un bonus de protection.

La vraie différence tient donc à la taille. Une molécule organique se dissout et devient invisible ; une particule minérale reste une particule — qu'il faut disperser, enrober, calibrer. Plus elle est fine, moins elle blanchit, et plus elle s'approche des nanomatériaux. Tout le reste découle de ce compromis.

Noisette de crème blanche et épaisse déposée dans le creux de la main
Une texture minérale classique : plus les particules sont grosses, plus la crème reste blanche sur la peau.

Lire la liste INCI : les noms des filtres à repérer

La liste INCI, c'est la liste d'ingrédients au dos du tube, dans une nomenclature internationale. C'est la seule information fiable sur les filtres de ta crème. Si tu as appris à décoder un sérum avec notre guide des actifs cosmétiques (niacinamide, vitamine C, BHA), tu as déjà le réflexe. Ici, la difficulté tient aux noms — longs, anglais, pas faits pour être lus debout en pharmacie.

Voici les filtres que tu croiseras le plus souvent, avec leur plafond légal actuel (annexe VI et ses modifications).

Nom INCINom courantFamillePlafond et remarque
TITANIUM DIOXIDEDioxyde de titaneMinéral25 % ; existe en [nano].
ZINC OXIDEOxyde de zincMinéral25 % ; existe en [nano].
BUTYL METHOXYDIBENZOYLMETHANEAvobenzoneOrganique5 %.
OCTOCRYLENEOctocrylèneOrganique10 % (9 % en spray à gaz propulseur).
HOMOSALATEHomosalateOrganique7,34 %, visage seulement.
BENZOPHENONE-3OxybenzoneOrganique2,2 % corps ; 6 % visage, mains, lèvres.
ETHYLHEXYL METHOXYCINNAMATEOctinoxateOrganique10 %.
ETHYLHEXYL SALICYLATEOctisalateOrganique5 %.
BIS-ETHYLHEXYLOXYPHENOL METHOXYPHENYL TRIAZINEBémotrizinolOrganique10 %.
METHYLENE BIS-BENZOTRIAZOLYL TETRAMETHYLBUTYLPHENOLBisoctrizoleOrganique10 % ; existe en [nano].
DIETHYLAMINO HYDROXYBENZOYL HEXYL BENZOATE—Organique10 %.
TEREPHTHALYLIDENE DICAMPHOR SULFONIC ACIDÉcamsuleOrganique10 % (en acide).
4-METHYLBENZYLIDENE CAMPHOREnzacamène (4-MBC)OrganiqueInterdit.

Un filtre de la liste a été évalué et autorisé (le chiffre est un plafond, pas une dose habituelle). Les quatre qui portent une restriction récente — octocrylène, homosalate, benzophénone-3, 4-MBC — partagent la même histoire : celle des perturbateurs endocriniens.

Gros plan sur un tube de crème solaire rose, avec son SPF et ses ingrédients actifs affichés sur l'étiquette
Le devant du tube met en avant quelques actifs ; les filtres UV, eux, se trouvent dans la liste INCI complète au dos.

La mention [nano] sur une crème solaire : ce qu'elle signifie

Tu l'as peut-être déjà vue entre crochets : TITANIUM DIOXIDE [NANO]. Cette mention est obligatoire dès qu'un ingrédient est présent sous forme de nanomatériau — des particules qui se mesurent en milliardièmes de mètre. Pour les crèmes minérales, ce n'est pas un détail. C'est ce qui rend le zinc et le titane à peu près invisibles.

Seuls cinq filtres sont autorisés sous cette forme, rappelle la DGCCRF : le dioxyde de titane, l'oxyde de zinc, le bisoctrizole, le TRIS-BIPHENYL TRIAZINE et le BIS-(DIETHYLAMINOHYDROXYBENZOYL BENZOYL) PIPERAZINE. Petite surprise — trois des cinq sont organiques. Le nano n'est pas une spécialité minérale.

Pour le dioxyde de titane nano, le règlement européen 2016/1143 fixe des conditions précises : pureté, forme cristalline, taille médiane d'au moins 30 nanomètres, enrobages autorisés. Il ajoute une interdiction explicite — ne pas l'utiliser dans des applications pouvant exposer les poumons de l'utilisateur par inhalation. Même règle pour l'oxyde de zinc nano. Concrètement, ces formes nano sont exclues des sprays susceptibles d'être inhalés.

Reste la conformité. En 2022, la DGCCRF a analysé 16 produits solaires ciblés pour leur risque d'anomalie. Treize contenaient du titane ou du zinc nano hors des limites de taille du règlement. Trois contenaient ces nanomatériaux sans les étiqueter. L'administration précise que l'échantillon n'est pas représentatif du marché (les produits étaient suspects au départ), mais juge le taux « préoccupant ».

Que retenir, sans microscope dans ta salle de bains ? L'absence de mention [nano] n'est pas une garantie absolue : une crème minérale presque invisible contient très probablement des particules très fines. Tu veux éviter le nano ? Accepte une texture plus blanche (c'est de la physique : plus la particule est grosse, plus elle renvoie la lumière).

Perturbateurs endocriniens : les filtres que l'Europe a restreints

La crainte qui fait fuir vers le minéral a un nom : perturbateur endocrinien. Une molécule appliquée sur tout le corps, plusieurs fois par jour, tout l'été, pourrait-elle interférer avec les hormones ? Cette question n'est pas née sur WhatsApp : elle a conduit l'Union européenne à resserrer — ou supprimer — quatre filtres organiques en trois ans.

Benzophénone-3 et octocrylène. Le règlement (UE) 2022/1176 sur l'utilisation de certains filtres ultraviolets part de « préoccupations liées aux éventuelles propriétés perturbant le système endocrinien de la benzophénone-3 et de l'octocrylène ». Pour la benzophénone-3, le comité scientifique européen (le SCCS) a conclu qu'à 6 % dans une crème pour le corps, un aérosol ou un spray à pompe, elle « n'est pas sûre pour le consommateur ». Le plafond est tombé à 2,2 % pour le corps. L'octocrylène, lui, a été jugé sûr jusqu'à 10 % (9 % en spray à gaz propulseur) — à condition que la benzophénone, qui peut s'en former, ne soit présente qu'à l'état de traces. Depuis le 28 juillet 2023, toutes les crèmes en rayon doivent respecter ces seuils.

Homosalate. Le règlement (UE) 2022/2195 le juge « pas sans danger » à l'ancien plafond de 10 %, mais sûr jusqu'à 7,34 % dans les produits visage (hors aérosols). Plus aucun produit non conforme ne peut être mis sur le marché depuis le 1er janvier 2025. Les anciens stocks, eux, restent vendables jusqu'au 1er juillet 2025 — une crème corps à l'homosalate peut donc encore traîner en promo de fin de série ce mois-ci.

4-MBC (enzacamène). C'est le seul filtre de la série purement interdit. Le règlement (UE) 2024/996 estime qu'il existait « suffisamment d'éléments de preuve laissant penser » qu'il pouvait agir comme perturbateur endocrinien. Aucun nouveau produit qui en contient depuis le 1er mai 2025 ; les stocks restent vendables jusqu'au 1er mai 2026.

FiltreNouvelle règleTout le rayon conforme au
Benzophénone-32,2 % corps ; 6 % visage, mains, lèvres.28 juillet 2023.
Octocrylène10 % ; 9 % en spray à gaz propulseur.28 juillet 2023.
Homosalate7,34 %, visage seulement, hors aérosols.1er juillet 2025.
4-MBCInterdit.1er mai 2026.

Ce que ces textes disent, et ce qu'ils ne disent pas. Certains filtres étaient trop dosés, ou trop incertains — on a coupé. Mais « les filtres chimiques » ne sont pas condamnés en bloc : les autres filtres de la liste, comme l'avobenzone ou le bémotrizinol, ne sont pas visés par ces textes. L'Association britannique des dermatologues (BAD) le formule ainsi dans sa fiche sur la protection solaire : « Expert reviews of sunscreen safety have concluded that the current list of active ingredients used in sunscreens do not pose a concern for human health. » En clair, la liste actuelle — après le ménage — n'inquiète pas les spécialistes.

Les filtres chimiques passent-ils dans le sang ?

Oui, en partie. Et c'est sans doute l'étude qui a le plus nourri la méfiance. Début 2019, des chercheurs de l'agence américaine du médicament (la FDA) ont appliqué quatre crèmes solaires sur 48 volontaires. Dose d'usage maximal : 2 mg par centimètre carré sur les trois quarts du corps — une fois le premier jour, puis quatre fois par jour du deuxième au quatrième.

Les résultats sont parus en 2020 dans l'essai randomisé de Matta et ses collègues dans la revue JAMA. Les six filtres testés (avobenzone, oxybenzone, octocrylène, homosalate, octisalate, octinoxate) passent dans la circulation. Tous dépassent, dès la première application, le seuil de 0,5 ng/mL au-delà duquel la FDA ne dispense plus les fabricants de certaines études de sécurité. L'oxybenzone atteint les concentrations les plus élevées.

Maintenant, la phrase que les partages alarmistes oublient — et qui figure dans la conclusion de l'étude : « These findings do not indicate that individuals should refrain from the use of sunscreen. » Autrement dit, rien là-dedans n'invite à renoncer à la crème solaire. Le seuil de 0,5 ng/mL déclenche des études complémentaires ; ce n'est pas un seuil de toxicité. Passer dans le sang et être dangereux, ce sont deux affirmations différentes.

Cette étude ne dit rien, en revanche, des filtres minéraux — le zinc et le titane ne faisaient pas partie de l'essai. Impossible d'en tirer que « le minéral ne passe pas » : elle ne l'a simplement pas mesuré.

Femme en maillot orange qui étale une crème solaire sur son avant-bras, flacon à pompe à la main, sous un ciel bleu
L'essai de la FDA testait une lotion et trois sprays.

Tolérance et allergies : qui doit lire l'étiquette de près

La tolérance est l'argument le plus solide du minéral — à condition de ne pas en faire un dogme. L'Association britannique des dermatologues le résume sobrement : les allergies aux crèmes solaires sont rares, mais une crème peut parfois irriter ou déclencher une allergie. Face à une réaction, une formule riche en filtres organiques et en parfum offre simplement plus de suspects qu'une crème minérale sans parfum (c'est de l'arithmétique, pas une garantie).

Un cas précis mérite qu'on s'y arrête, parce que l'ANSM l'a documenté : le kétoprofène en gel, un anti-inflammatoire prescrit sur ordonnance. Au soleil, il peut provoquer des réactions cutanées potentiellement graves (la photosensibilisation). Et le document patient sur les gels de kétoprofène, diffusé sous l'autorité de l'ANSM, contient une ligne que peu de gens lisent : « Il existe un risque d'allergie croisée avec les produits contenant de l'octocrylène, une substance chimique souvent retrouvée dans des produits d'hygiène et de cosmétique, et notamment des écrans solaires ou des parfums. »

Pour le reste, voici comment je raisonne. Ta peau réagit facilement (rougeurs, picotements, eczéma de contact déjà diagnostiqué) ? Une formule minérale sans parfum est un point de départ logique. Tu n'as jamais réagi à rien ? Rien ne t'oblige à quitter une crème que tu aimes et que tu remets vraiment. Et si tu as commencé le rétinol, notre guide complet du rétinol explique pourquoi le SPF du matin devient non négociable — quel que soit le filtre.

Traces blanches et textures : le vrai prix des filtres minéraux

La trace blanche d'une crème minérale n'est pas un défaut de fabrication : les particules de zinc et de titane renvoient la lumière visible. Mon pantalon en lin en a fait les frais. Et elle ne touche pas tout le monde pareil. Sur une peau très claire, le voile se fond en quelques minutes. Sur une peau mate, métisse ou noire, il peut laisser un reflet gris ou violacé bien visible. Et soyons honnêtes : ça ne donne pas envie d'en remettre toutes les deux heures.

Les fabricants ont trois leviers contre l'effet plâtre :

  • réduire la taille des particules — le passage au [nano], avec ses contraintes de taille et d'étiquetage ;
  • ajouter des pigments — les versions teintées compensent le blanc, si tu trouves ta nuance ;
  • mélanger minéral et organique — moins de poudre, moins de blanc, mais plus de « 100 % minéral ».

Côté textures, l'organique garde une longueur d'avance — fluides, laits, brumes qui disparaissent sous le maquillage. Le minéral reste plus épais et plus mat (ce crissement sous les doigts, c'est lui). Un atout sur une peau qui brille, un handicap sur une peau sèche.

Jeune femme qui pose du bout des doigts un trait de crème blanche sur sa pommette, sur fond rose
Une touche de crème posée sur la pommette, avant étalement : c'est à cet endroit, à la lumière du jour, qu'on voit si une crème minérale laisse un reflet gris.

Crème solaire et environnement : ce que deviennent les filtres dans l'eau

C'est l'autre grand argument du minéral : il serait « bon pour les coraux ». La réalité est plus nuancée — et elle ne se joue pas seulement à la plage.

En janvier 2024, l'ANSES a publié un avis sur les options de gestion réglementaires de l'octocrylène. Il pointe des risques pour l'environnement aquatique par deux voies. D'abord les eaux usées après la douche (et, pour les sols, les boues de station d'épuration). Ensuite la baignade, dans les lacs comme dans les eaux marines côtières. Les données confirment une forte toxicité à long terme pour les organismes aquatiques, et l'agence recommande un dossier de restriction européen dans le cadre du règlement REACH. Elle juge aussi justifié de classer l'octocrylène toxique pour la fertilité (catégorie 2, la moins sévère), tout en rappelant que le comité scientifique européen l'a jugé sans risque dans les cosmétiques en 2021.

La douche compte donc aussi (pas seulement la mer) : le filtre rincé le soir file à l'égout, puis vers la rivière. Croire le problème limité aux lagons tropicaux, c'est oublier la moitié du trajet.

Et le minéral ? Il évite un filtre comme l'octocrylène, que l'ANSES juge à risque pour les milieux aquatiques. Ce n'est pas rien. Mais « minéral » ne veut pas dire « sans effet » — le même avis rappelle que le règlement cosmétique n'impose aucune exigence sur les risques environnementaux des ingrédients. Personne n'a donc eu à prouver qu'une crème, minérale ou non, était inoffensive pour la vie aquatique.

Le geste le plus utile pour l'eau n'est pas dans le tube. Un t-shirt anti-UV pour la baignade, un chapeau, l'ombre aux heures chaudes — chaque centimètre de peau couvert, c'est de la crème en moins dans la mer et dans la douche. Et si tu as suivi la routine talons et pieds secs avant les sandales, pense au dessus du pied : la zone qui brûle en premier et qu'on oublie toujours.

Vue aérienne de nageurs au-dessus d'un récif de corail, dans une eau turquoise
Une vue aérienne d'un récif de corail : chaque centimètre de peau couvert, c'est moins de filtre solaire relâché dans l'eau.

Minéral ou chimique : lequel protège le mieux dans les tests ?

Aucune famille de filtres ne protège mieux par nature : ce qui compte, c'est que la crème tienne l'indice affiché. Une crème qui n'assure pas cet indice ne sert à rien, quels que soient ses filtres. Et les tests indépendants rappellent deux choses : un indice 50 imprimé sur le tube n'est pas une garantie, et dans le test britannique de 2022 qui compare les deux familles, ce sont les crèmes minérales qui ont échoué.

En avril 2024, l'UFC-Que Choisir a fait analyser 13 crèmes solaires visage étiquetées SPF 50 ou 50+. Verdict de ce test de crèmes solaires visage de l'UFC-Que Choisir : 5 produits sur 13 n'atteignaient pas le niveau attendu, et quatre plafonnaient à une protection d'indice 30. La plus chère du test en faisait partie. Dix crèmes sur treize écopaient aussi d'une mauvaise note environnementale.

Au Royaume-Uni, le test de l'association Which? sur treize crèmes indice 30 a porté en 2022 sur cinq crèmes minérales (dont une mêlant filtres minéraux et chimiques) et huit crèmes à filtres chimiques. Les huit chimiques ont passé les tests UVB et UVA. Les cinq minérales ont toutes échoué à au moins l'un des deux. Petit échantillon (une seule saison), mais la tendance mérite d'être connue.

Pourquoi les minéraux sont-ils plus délicats ? L'UFC-Que Choisir le rappelait dès 2019, dans un article sur les crèmes solaires faites maison : le zinc et le titane doivent être présents en quantité suffisante et bien répartis dans la crème, faute de quoi ils perdent leur efficacité. L'association en tirait ce constat, au fil de ses essais comparatifs : « il semble difficile de se passer de filtres chimiques pour obtenir une crème solaire efficace ». Une poudre mal dispersée laisse des trous dans l'écran. Défi de formulation, pas fatalité — mais la marge d'erreur est plus étroite.

Soleil dessiné à la crème solaire blanche sur le dos d'un enfant, devant une eau turquoise
Une crème bien visible sur la peau ne dit rien de l'indice qu'elle tient vraiment : seuls les tests en laboratoire le mesurent.

Filtres minéraux ou chimiques : mon choix selon ta situation

Je vais être directe : il n'y a pas de gagnant absolu. Il y a la crème que tu remettras toutes les deux heures sans râler, et celle qui finira au fond du sac. La meilleure, c'est la première. Voici comment je trancherais.

Ta situationMon choixPourquoi
Peau réactive, eczéma de contact, réaction passée à une crème.Minéral sans parfum.Moins d'ingrédients à suspecter.
Traitement au kétoprofène en gel.Sans octocrylène, et un vêtement sur la zone.Allergie croisée signalée par l'ANSM.
Peau mate à foncée.Organique, mixte ou minéral teinté.Pas de reflet gris qui décourage.
Sous le maquillage.Fluide organique ou minéral teinté.Pas de voile blanc sous le teint.
Baignade en lac ou en mer.Vêtement anti-UV, puis minéral ou sans octocrylène.Moins de filtre dans l'eau.
Sport, transpiration.La texture que tu remettras vraiment.La réapplication compte plus que la famille.
Envie d'éviter le nano.Minéral sans mention [nano].Au prix d'une texture plus blanche.

Pour ma part, j'ai tranché ce samedi-là. La crème minérale est devenue ma crème « baignade et terrasses », sur le corps. Pour le visage, sous le fond de teint, je garde un fluide dont j'ai vérifié la liste (ni 4-MBC, ni homosalate hors limites). Le pantalon en lin, lui, a eu droit à un détachant.

Le geste à retenir tient en une phrase. Lis la liste INCI une fois, choisis en connaissance de cause — puis oublie le débat et remets ta crème. Une protection bien appliquée et renouvelée vaut mieux qu'une formule parfaite oubliée dans un sac.

Questions fréquentes

Une crème solaire minérale protège-t-elle moins bien qu'une crème chimique ?

Pas par nature. Mais les poudres minérales sont plus difficiles à bien répartir, et le test indépendant de Which? (2022), qui compare les deux familles, n'a relevé d'échecs que parmi elles : ses cinq crèmes minérales ont toutes échoué à au moins un test UVB ou UVA. Fie-toi aux résultats de tests plutôt qu'au mot « minéral ».

Les filtres chimiques sont-ils dangereux pour la santé ?

Les filtres autorisés en Europe ont été évalués. Ceux qui posaient question (benzophénone-3, homosalate, 4-MBC) ont été limités ou interdits par des règlements adoptés entre 2022 et 2024. Certains filtres organiques passent dans le sang, selon un essai de la FDA publié en 2020 — mais ses auteurs précisent que cela n'invite pas à renoncer à la crème solaire.

Comment savoir si ma crème solaire contient des nanoparticules ?

Cherche la mention [nano] après le nom d'un ingrédient dans la liste INCI : elle est obligatoire. Cinq filtres seulement peuvent être utilisés sous cette forme, dont le dioxyde de titane et l'oxyde de zinc. Les contrôles de la DGCCRF ont toutefois trouvé des nanomatériaux non étiquetés.

Quel filtre solaire choisir pour une peau sensible ?

Une formule minérale sans parfum est un bon point de départ : peu d'ingrédients susceptibles de réagir. Si ta peau supporte déjà bien une crème organique, rien ne t'oblige à changer. En cas de réaction, garde la liste INCI du produit et montre-la à un dermatologue.

Les crèmes solaires « reef safe » protègent-elles vraiment les coraux ?

La mention n'a aucune définition réglementaire. Une formule sans octocrylène évite un filtre que l'ANSES juge à risque pour les milieux aquatiques, mais aucune crème n'a eu à prouver son innocuité pour l'environnement. Pour la baignade, le vêtement anti-UV reste la protection la plus sobre.

Peut-on mettre une crème solaire minérale sous le maquillage ?

Oui, en la laissant se fixer quelques minutes avant le fond de teint. Une version teintée évite le reflet blanc ou gris (et sur peau sèche, hydrate avant).

Ma crème solaire contient du 4-MBC : dois-je la jeter ?

Le 4-MBC (4-METHYLBENZYLIDENE CAMPHOR sur l'étiquette) ne peut plus entrer dans de nouveaux produits depuis le 1er mai 2025, et les stocks restent vendables jusqu'au 1er mai 2026. Rien ne t'oblige à jeter un tube entamé. Pour ton prochain achat, choisis une formule qui n'en contient pas.

Sources