Jeune femme allongée à plat ventre dans des draps blancs, le menton dans la main, qui sourit doucement dans la lumière du jour

Masturbation féminine : bienfaits, idées reçues et premiers pas

Dans la salle d'attente de sa sage-femme, un jeudi, sur une pause déjeuner écourtée, Rosalie — 27 ans, chargée de clientèle dans une banque — fait semblant de lire un magazine qui sent encore le papier glacé. Sur la table basse, entre deux numéros périmés, un dépliant sur la santé sexuelle ; elle en lit la première ligne, le repose, le reprend. La question qu'elle voudrait poser tient en trois mots : « c'est normal, ça ? ». Elle qui passe ses journées à répondre aux questions de ses clients sait déjà qu'elle ne posera pas la sienne.

Cette question qu'on garde pour soi, vous la connaissez sans doute. Pourtant la masturbation féminine n'a rien de marginal : en 2023, 72,9 % des femmes de 18 à 69 ans déclarent s'être déjà masturbées, contre 42,4 % en 1992, selon les premiers résultats de l'enquête Contexte des sexualités en France publiés par l'Inserm et l'ANRS. La pratique est devenue majoritaire. La conversation, elle, reste coincée au bord des lèvres, comme la question de Rosalie. Voici ce que les études disent vraiment de ses bienfaits — sommeil, stress, connaissance de son corps, douleurs de règles —, les idées reçues qui ne tiennent pas, et comment commencer si vous n'avez jamais osé.

Jeune femme allongée dans son lit le soir, les yeux sur son téléphone, à côté d'une lampe de chevet allumée
Faute de poser la question, beaucoup la tapent seules, le soir, dans un moteur de recherche.

Masturbation féminine : ce que disent les chiffres en France

La masturbation féminine est aujourd'hui une pratique majoritaire en France. L'enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023) a interrogé 31 518 personnes de 15 à 89 ans, tirées au sort par téléphone entre novembre 2022 et décembre 2023. Elle prolonge les enquêtes nationales de 1992 et de 2006 — ce qui permet de suivre trente ans d'évolution avec une méthode comparable.

Le résultat est net. Chez les femmes de 18 à 69 ans ayant déjà eu un rapport sexuel, la part de celles qui déclarent s'être déjà masturbées passe de 42,4 % en 1992 à 56,5 % en 2006, puis à 72,9 % en 2023. Chez les hommes, dans le même périmètre, elle monte de 82,8 % à 92,6 %. Le rapport le résume d'une phrase : l'augmentation est « beaucoup plus prononcée chez les femmes ». L'écart se resserre — mais il reste marqué.

Ces chiffres disent deux choses. D'abord, parmi les femmes qui ont déjà eu un rapport sexuel, plus d'une sur quatre déclare ne s'être jamais masturbée : c'est une situation tout aussi normale, qui ne demande aucune correction. Ensuite, une partie de l'évolution tient sans doute à ce qu'on ose dire (une enquête mesure des déclarations, pas des gestes) : ce qui a changé, c'est aussi la permission de nommer la pratique.

L'enquête replace ce mouvement dans ce qu'elle appelle un « paradoxe contemporain de la sexualité » : les répertoires sexuels se diversifient, masturbation comprise, alors que la fréquence des rapports avec un ou une partenaire diminue. La sexualité se vit donc aussi en solo — ce n'est ni une menace pour le couple, ni un signe de solitude, c'est un élargissement.

D'où viennent les idées reçues sur la masturbation ?

Beaucoup d'idées reçues sur la masturbation ont une date de naissance. En 1760, le médecin suisse Samuel-Auguste Tissot publie en français L'Onanisme, un traité consacré aux maladies que la masturbation provoquerait. Selon l'analyse publiée dans la revue Gesnerus, c'est la première fois que le sujet est abordé sous un angle strictement médical — et le livre exerce une influence profonde et durable. Derrière le vocabulaire de la science se cache une morale religieuse qui ne dit jamais son nom.

Cette peur a longtemps nourri les avertissements transmis de génération en génération : la masturbation rendrait sourde, ou malade. Aucune de ces affirmations n'a résisté à l'examen. Le service d'information Fil Santé Jeunes, destiné aux 12-25 ans, rappelle qu'on entendait dire que la masturbation « pouvait être dangereuse pour la santé, et rendre sourd » — et range cette croyance parmi les mythes.

Pour les femmes, le silence a été double. Le clitoris lui-même était encore mal représenté dans les manuels d'anatomie au début des années 2000 : en 2005, une synthèse publiée dans le Journal of Urology jugeait leurs descriptions incomplètes et inexactes. Résultat — de nombreuses femmes adultes ont appris leur propre corps par tâtonnements, avec la vague impression de faire quelque chose d'un peu honteux.

Vieux livre relié à la couverture usée, posé sur une table en bois à côté d'une plume d'écriture
Au XVIIIᵉ siècle, un traité médical a installé durablement l'idée que le plaisir solitaire rendait malade.

Sept idées reçues sur la masturbation féminine, vérifiées

Les idées reçues sur la masturbation féminine se transmettent d'une génération à l'autre ; seules les formulations changent. En voici sept, confrontées à ce que disent les sources de santé publique et les études.

« Ça rend malade »

Faux. La masturbation ne rend ni sourde ni malade. Les seuls risques réels, rappelle l'association britannique de santé sexuelle Brook, sont une réaction allergique (à un sextoy ou à un lubrifiant) et une infection — tous deux faibles et évitables : mains lavées, ongles courts, sextoys nettoyés.

« On perd sa virginité en se masturbant »

Faux. Fil Santé Jeunes le formule sans détour : « Pour les filles : on ne perd pas sa virginité en se masturbant. » La virginité est une notion sociale, pas un état anatomique que l'on perdrait en se touchant. Cette crainte retient pourtant encore certaines jeunes femmes d'explorer leur corps.

« C'est pour celles qui n'ont personne »

Les données disent plutôt l'inverse. Dans l'enquête nationale britannique Natsal, menée entre 1999 et 2001 auprès de 11 161 personnes de 16 à 44 ans, les femmes qui s'étaient masturbées dans les quatre semaines précédentes étaient aussi plus nombreuses à déclarer des rapports vaginaux fréquents et une palette de pratiques plus large. La masturbation accompagne la vie sexuelle à deux bien plus souvent qu'elle ne la remplace.

« Il y a une bonne façon de faire »

Non. La Cité de la santé (Cité des sciences et de l'industrie) répond simplement : « Pour se masturber, il n'y a pas de règle. Chacun trouve sa méthode. » Les pratiques réelles le confirment. Dans une enquête néo-zélandaise auprès de 698 femmes, 76 % citaient la stimulation du clitoris, contre 35,4 % la stimulation ou la pénétration vaginale — loin de l'imaginaire centré sur la pénétration.

« Le vibromasseur désensibilise »

Les données disponibles ne vont pas dans ce sens. Dans une étude représentative menée aux États-Unis auprès de 2 056 femmes de 18 à 60 ans, 52,5 % avaient déjà utilisé un vibromasseur. Les utilisatrices récentes obtenaient de meilleurs scores sur la plupart des dimensions de la fonction sexuelle (désir, excitation, lubrification, orgasme). Et 71,5 % des femmes n'avaient jamais ressenti de symptôme génital lié à cet usage — les auteurs concluent qu'il est rarement associé à des effets indésirables.

« Ça peut rendre dépendante »

La fréquence seule ne dit rien ; la fonction du geste, si. Fil Santé Jeunes décrit la masturbation compulsive comme une situation où « on ne recherche pas la satisfaction d'un plaisir sexuel mais l'apaisement de tensions ». Il peut alors « être nécessaire de consulter un thérapeute sexologue car la masturbation compulsive peut être le signe d'un mal être ou d'angoisses ». Se masturber souvent, avec plaisir, n'est pas un trouble. Se masturber sans plaisir, pour faire taire une angoisse — cela mérite qu'on en parle.

« En couple, c'est une forme de trahison »

Rien, dans la masturbation elle-même, ne dit quoi que ce soit de la relation : c'est à chaque couple d'en fixer les règles. Une vie sexuelle personnelle existe à côté de la vie partagée, comme on garde des rêveries à soi. Si le sujet crée un malaise, une conversation calme — hors du lit — désamorce bien des malentendus.

Connaître son corps : ce que la masturbation apprend vraiment

Le premier bienfait de la masturbation est une connaissance précise de son propre corps. Cela commence par l'anatomie. La synthèse anatomique d'Helen O'Connell et de ses collègues, publiée en 2005 dans le Journal of Urology, décrit le clitoris comme une structure en plusieurs plans : des corps érectiles (bulbes, corps et piliers) qui entourent en partie l'urètre et le vagin. Le gland — la petite partie visible — en est la seule manifestation externe. Les auteurs notent que les descriptions habituelles des manuels manquent de détails et comportent des inexactitudes (dans le texte original : « lack detail and include inaccuracies »).

Cette anatomie éclaire une donnée que de nombreuses femmes découvrent avec soulagement. Dans une enquête représentative américaine menée en 2015 auprès de 1 055 femmes de 18 à 94 ans, seules 18,4 % déclaraient que le rapport vaginal seul suffisait à leur orgasme. 36,6 % avaient besoin d'une stimulation clitoridienne pendant le rapport ; 36 % trouvaient leur orgasme meilleur avec elle. C'est en se masturbant que beaucoup l'apprennent — sans témoin, sans pression, à leur rythme.

Fil Santé Jeunes en résume l'intérêt pratique : « En connaissant ce qui nous procure du plaisir, on peut par exemple guider son ou sa partenaire lorsque l'on fait l'amour. » Pression, rythme, zones qui répondent (et celles qui ne répondent pas), moments du cycle où le désir est plus présent : ce savoir-là ne s'apprend pas dans un livre.

Ce n'est pas qu'une intuition. Pour les femmes qui n'ont jamais eu d'orgasme ou y parviennent rarement — un trouble qui toucherait jusqu'à 28 % des femmes aux États-Unis —, la revue d'Erica Marchand publiée dans Sexual Medicine Reviews conclut que les approches les mieux soutenues par les études sont la masturbation dirigée, le sensate focus (des exercices de toucher progressif, seule puis à deux) et la psychothérapie. La masturbation dirigée n'est rien d'autre qu'un apprentissage guidé, étape par étape, de ce que l'on ressent.

Masturbation et sommeil : un effet ressenti, pas encore démontré

Beaucoup de personnes ont l'impression de mieux dormir après s'être masturbées — mais cette impression n'a pas encore été confirmée par des mesures objectives. La donnée la plus citée vient d'une enquête australienne (Central Queensland University) publiée en 2019 dans Frontiers in Public Health, menée en ligne auprès de 778 adultes : 442 femmes et 336 hommes, âge moyen 34,5 ans.

Parmi les participants qui ont répondu à ces questions, 54,1 % estimaient dormir mieux après un orgasme obtenu par masturbation, et 47,4 % disaient s'endormir plus facilement. Aucune différence entre femmes et hommes. L'idée selon laquelle seuls les hommes « s'endorment après » ne tient donc pas.

Les limites sont réelles, et les auteurs les signalent. Il s'agit de perceptions déclarées, pas de sommeil enregistré. L'étude rappelle d'ailleurs que la seule expérience qui ait enregistré le sommeil en laboratoire après une masturbation — avec la polysomnographie, la méthode de référence — ne portait que sur cinq hommes et cinq femmes. Son protocole (une sonde à retirer par un chercheur juste après l'orgasme) a pu retarder l'endormissement. Quant au mécanisme avancé — libération d'ocytocine et de prolactine, baisse du cortisol —, il reste une hypothèse.

Pour environ une personne sur deux, un orgasme en solo avant de dormir est donc vécu comme apaisant. Ce n'est pas un traitement de l'insomnie : des troubles du sommeil qui durent méritent un avis médical.

Lampe de chevet allumée sur une table de nuit blanche, à côté d'un lit et de son oreiller
Mieux dormir après un orgasme en solo : un ressenti fréquent, pas encore une preuve.

Masturbation, stress et humeur : ce que rapportent les femmes

Après le plaisir lui-même, la détente est la raison la plus citée par les femmes qui se masturbent. Dans une enquête menée en ligne en Nouvelle-Zélande auprès de 698 femmes (étude de 2022), 74,7 % citaient le plaisir sexuel parmi leurs raisons, 60,7 % la détente et la réduction du stress, 41,7 % la baisse de la tension sexuelle et 20,7 % le fait de surmonter un sentiment d'anxiété ou de déprime. Environ 10 % évoquaient d'autres raisons — dont l'aide à l'endormissement.

Une étude publiée en 2024 dans l'International Journal of Sexual Health a exploré ce lien auprès de 370 femmes. Les plus stressées déclaraient une masturbation clitoridienne plus fréquente. Leurs témoignages la décrivaient comme une stratégie fiable pour faire face (le coping) et prendre soin de soi. Très peu rapportaient des sentiments négatifs.

Prudence cependant : ces études portent sur des volontaires et montrent des associations. Elles ne prouvent pas que la masturbation réduit le stress — seulement que beaucoup de femmes l'utilisent ainsi, et s'en trouvent bien.

Masturbation et douleurs de règles : une piste sérieuse, des preuves encore minces

L'orgasme soulage peut-être les douleurs de règles, mais les preuves restent minces. L'étude la plus citée, baptisée Menstrubation, a été conduite par deux marques — un fabricant de sextoys et un fabricant de coupes menstruelles. Il faut le savoir pour juger ses résultats.

Le protocole : 486 participantes de 19 pays (27 ans en moyenne) ont remplacé pendant trois mois leurs antidouleurs par la masturbation pendant leurs règles, avec des produits fournis par les marques. L'intensité moyenne de la douleur, notée de 1 à 10, est passée de 6,7 au départ à 5,4 à la fin du test. 70 % ont déclaré que la masturbation régulière avait réduit l'intensité de leurs douleurs. Sur la méthode la plus efficace, elles se partageaient presque à égalité : 43 % pour les médicaments, 42 % pour la masturbation.

Ces chiffres ne constituent pas une preuve. Pas de groupe témoin, des participantes qui savaient ce qu'on testait et avaient reçu un produit : une partie de l'amélioration peut relever de l'attente ou de la variation naturelle des cycles. Le mécanisme proposé — endorphines, contractions puis relâchement de l'utérus, afflux sanguin — est plausible, mais il n'a pas été mesuré.

Côté traitements établis, l'Assurance maladie rappelle le rôle des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : « Ces médicaments (ibuprofène, flurbiprofène) freinent ou stoppent la fabrication des prostaglandines » — des substances impliquées dans les contractions douloureuses de l'utérus. La chaleur sur le ventre (bouillotte, bain chaud) fait partie des gestes simples. Rien ne vous empêche d'essayer l'orgasme en complément, si l'envie est là : se masturber pendant ses règles ne présente pas de risque, avec des mains et des objets propres.

Femme allongée sur un canapé, les mains posées sur le ventre, le visage crispé par la douleur
Face aux crampes, toutes les solutions n'ont pas le même niveau de preuve.

Masturbation et plaisir à deux : concurrence ou alliée ?

La masturbation ne fait pas concurrence à la sexualité à deux — la plupart du temps, elle l'alimente. Dans l'enquête britannique Natsal, elle était aussi plus fréquente chez les femmes qui déclaraient des difficultés sexuelles : elle sert parfois de ressource quand la vie à deux ne suffit pas.

Surtout, ce que l'on apprend seule se transmet. Savoir que vous avez besoin d'une stimulation du clitoris, à quel rythme, avec quelle pression, change la manière de guider l'autre. Notre guide de l'orgasme féminin sans complexe détaille comment en parler et comment intégrer cette stimulation pendant le rapport ; nos idées de préliminaires pour pimenter votre intimité vont dans le même sens.

La masturbation partagée — se toucher devant l'autre, ou ensemble — est une façon très concrète de montrer au lieu d'expliquer. Elle demande de la confiance, et elle peut en créer. Quant aux images qui surgissent pendant la masturbation, beaucoup de femmes ont des fantasmes qu'elles n'ont aucune envie de vivre : c'est normal, et notre article sur les fantasmes féminins, entre tabous et réalité explique pourquoi.

Pieds nus d'un couple entremêlés sur des draps froissés, dans une lumière chaude
Ce que l'on apprend seule se transmet ensuite, par des mots ou des gestes.

Se masturber pour la première fois : commencer sans pression ni objectif

Commencer à se masturber demande surtout du temps, de l'intimité et l'absence d'objectif. L'orgasme n'est pas le but de la première fois — ni forcément des suivantes. Une manière simple de s'y prendre, à adapter librement :

  • Préparer le moment. Un créneau sans horaire serré, une pièce chaude, une porte fermée, le téléphone en silencieux. Un bain ou une douche avant aide beaucoup de femmes à se détendre.
  • Commencer loin du sexe. Le ventre, l'intérieur des cuisses, les seins — laisser l'excitation monter avant d'aller vers la vulve.
  • Explorer sans viser. Varier la pression (légère, appuyée), le mouvement (circulaire, de haut en bas, par tapotements), la zone (sur le gland du clitoris, à travers le capuchon, sur les côtés). Le contact direct peut paraître trop intense au début.
  • Utiliser un lubrifiant si le frottement est désagréable : on en trouve en pharmacie et en grande surface.
  • Laisser venir les images — souvenirs, scénarios — sans les juger.

Si rien ne se passe, ce n'est pas un échec. Pour une première fois, se sentir bien et un peu plus curieuse suffit largement. Le plaisir se construit souvent en plusieurs essais, parfois sur plusieurs semaines ; un corps qui se sent observé ou chronométré répond moins bien. Et si une baisse de libido persistante vous enlève toute envie, elle mérite qu'on en cherche les causes (plutôt que de forcer les choses).

Côté hygiène, QuestionSexualité, le site de Santé publique France, donne une consigne simple : « Lors de la masturbation, il est recommandé de bien se laver les mains et d'avoir les ongles courts. » Certaines infections peuvent en effet se transmettre par les mains, quand il y a contact avec des sécrétions.

Baignoire blanche qui se remplit sous un robinet en laiton, entourée de bougies et d'un bouquet de gypsophile
Pour une première fois, le décor compte autant que le geste.

Sextoys : choisir, nettoyer, partager sans risque

Les sextoys sont d'usage courant, et leur principal risque tient à l'hygiène plutôt qu'à l'objet. Dans une étude américaine menée auprès de 800 femmes, 79,9 % en utilisaient ; parmi elles, 31,8 % les partageaient avec un ou une partenaire — mais seules 14 % utilisaient alors régulièrement un préservatif. La grande majorité (81,8 %) les lavaient, surtout à l'eau et au savon.

Le partage est le vrai point de vigilance. QuestionSexualité recommande, si vous partagez des objets sexuels, d'utiliser « des préservatifs ou une digue dentaire (petit carré de latex) pour chaque partenaire ». Utilisé seule et lavé après chaque usage, un sextoy ne transmet pas d'infection sexuellement transmissible.

Pour choisir : un objet facile à nettoyer, avec une notice d'entretien claire. Pour débuter, un petit stimulateur externe (qui ne s'insère pas) rassure souvent davantage. Le vibromasseur n'est jamais obligatoire — les mains suffisent parfaitement.

Mains qui font mousser un pain de savon sous le filet d'eau d'un robinet, au-dessus d'un lavabo blanc
Se laver les mains avant et après : le geste de prévention le plus simple.

Masturbation : quand en parler à un professionnel de santé

La masturbation ne demande aucun suivi médical ; certaines situations autour d'elle, si. Ces signaux justifient d'en parler à votre médecin, à votre sage-femme ou à un ou une sexologue.

  • Une douleur pendant ou après la masturbation, une brûlure ou une irritation qui revient.
  • Des règles très douloureuses qui résistent aux anti-inflammatoires — l'un des signes de l'endométriose.
  • Une absence d'orgasme qui vous pèse, seule comme à deux : des accompagnements existent, et ils ont fait leurs preuves.
  • Une masturbation qui échappe à votre contrôle, pratiquée sans plaisir pour apaiser une angoisse.
  • Une culpabilité envahissante, héritée d'une éducation ou d'une expérience douloureuse.

L'Organisation mondiale de la santé définit la santé sexuelle — le rapport de l'enquête CSF la cite — comme « un état de bien-être physique, mental et social qui requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d'avoir des expériences sexuelles qui soient sources de plaisir et sans risque, libres de toute coercition, discrimination ou violence ». Le plaisir, y compris celui que l'on se donne, fait donc partie de la santé. En parler à un professionnel n'a rien de déplacé.

Prenez un soir, cette semaine, pour vous — sans chercher à atteindre quoi que ce soit. Ce que vous y apprendrez vous appartient.

Questions fréquentes

La masturbation est-elle normale quand on est en couple ?

Oui. Dans l'enquête britannique Natsal, les femmes qui se masturbaient déclaraient plus souvent des rapports vaginaux fréquents. Elle ne signifie ni un manque de désir pour votre partenaire, ni un problème dans la relation.

À partir de quelle fréquence la masturbation devient-elle un problème ?

Aucune fréquence n'est « trop » en soi. Le signal d'alerte, c'est la fonction : une masturbation sans plaisir, pour apaiser des tensions ou une angoisse, et qui envahit le quotidien, justifie d'en parler à un ou une sexologue ou à votre médecin.

Peut-on perdre sa virginité en se masturbant ?

Non. Fil Santé Jeunes l'écrit en toutes lettres : « on ne perd pas sa virginité en se masturbant ». La virginité est une notion sociale, pas un état du corps que l'on pourrait perdre seule.

Le vibromasseur peut-il désensibiliser le clitoris ?

Les données disponibles ne le montrent pas. Dans une étude représentative américaine auprès de 2 056 femmes, 71,5 % des femmes n'avaient jamais ressenti de symptôme génital lié au vibromasseur, et les utilisatrices récentes avaient de meilleurs scores de fonction sexuelle.

Est-ce normal de ne pas atteindre l'orgasme en se masturbant ?

Oui, surtout au début : le plaisir se construit souvent sur plusieurs essais. Si l'absence d'orgasme persiste et vous pèse, la masturbation dirigée, le sensate focus et la psychothérapie sont les approches les mieux soutenues par les études sur le trouble de l'orgasme féminin.

Peut-on se masturber pendant ses règles ?

Oui, sans risque particulier, avec des mains et des objets propres. L'effet de l'orgasme sur les crampes reste mal prouvé. Des douleurs intenses qui résistent aux anti-inflammatoires doivent faire consulter.

La masturbation peut-elle provoquer une infection ?

Le risque est faible et tient à l'hygiène : mains lavées, ongles courts, sextoys nettoyés après chaque usage, jamais de passage de la zone anale à la vulve sans nettoyer ou changer de préservatif. En cas de partage d'un objet, un préservatif neuf pour chaque partenaire. Un sextoy ou un lubrifiant qui pique ou démange : cessez de l'utiliser, une réaction allergique est possible.

Sources