Jeune femme allongée sous une couette sur un canapé gris, les yeux fermés, une main sur le front et l'autre près de la bouche, une tasse de thé posée sur la table à côté d'elle

Nausées de grossesse : causes, durée et solutions qui soulagent

C'est un 1er mai, un peu avant 8 heures. Sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, le brin de muguet rapporté la veille trempe dans un verre à moutarde. Albane, 31 ans, architecte, a toujours aimé cette odeur — verte, sucrée, un peu poivrée. Ce matin, elle la sent depuis le couloir, avant même d'avoir allumé la lumière. Puis vient celle du café, qui chuinte dans la cafetière italienne. Puis celle du pain grillé. Enceinte de sept semaines, Albane ouvre la fenêtre en grand, repose sa tasse sans y toucher et s'assoit, une main sur la bouche, avec un biscuit sec qu'elle grignote à tout petits coups de dents.

Rien d'exceptionnel dans cette scène — et c'est bien le problème. Entre 50 et 90 % des femmes enceintes auraient des nausées, selon la page de l'Assurance Maladie consacrée aux causes des nausées et vomissements de la grossesse. L'Assurance Maladie reconnaît elle-même que cette fréquence est « mal évaluée et imprécise » — le symptôme est si banal qu'on l'a rarement mesuré. Et 35 % des femmes concernées le vivent comme invalidant. Voici ce que l'on sait aujourd'hui de ses causes, de sa durée, de ce qui soulage réellement — et des signes qui, eux, ne doivent jamais attendre.

Jeune femme aux longs cheveux bouclés, en pyjama et l'air fatigué, un verre d'eau citronnée à la main, dans sa cuisine avec une bouilloire en arrière-plan
Les odeurs du matin — café, pain grillé, parfum — déclenchent souvent les premières nausées.

Pourquoi a-t-on des nausées pendant la grossesse ?

Les nausées de grossesse sont liées aux hormones — c'est la piste la plus ancienne, et la recherche récente l'a renforcée. Parmi des facteurs dont aucun n'a été formellement établi, l'Assurance Maladie cite en particulier l'hormone chorionique gonadotrope humaine (hCG), « dont le taux augmente fortement en début de grossesse ». S'y ajoutent les hormones thyroïdiennes, le cortisol, les estrogènes et la progestérone. Mais pendant longtemps, personne n'a su expliquer pourquoi certaines femmes vomissent dix fois par jour — et d'autres jamais.

Une partie de la réponse est arrivée en décembre 2023, avec une étude internationale publiée dans la revue Nature, menée notamment à l'université de Cambridge. Elle désigne une autre hormone — la GDF15 — qui agit sur le tronc cérébral (à la base du cerveau) et y déclenche nausées et vomissements. Les chercheurs ont montré que la très grande majorité de la GDF15 présente dans le sang de la mère est produite par le fœtus et le placenta. Plus son taux est élevé, plus les vomissements sont probables.

L'autre moitié de l'explication se trouve chez la mère. Les femmes qui ont naturellement peu de GDF15 dans le sang, en dehors de toute grossesse, ont un risque plus élevé de développer la forme sévère, l'hyperémèse gravidique. À l'inverse, les femmes atteintes de bêta-thalassémie (une maladie du sang qui maintient ce taux très haut en permanence) rapportent très peu de nausées quand elles sont enceintes. Autrement dit, ce n'est pas seulement la quantité d'hormone qui compte — c'est l'écart entre ce que produit le bébé et ce à quoi le corps de la mère est habitué.

Cette découverte ne débouche pas encore sur un traitement. Elle a un mérite immédiat — elle rappelle que des nausées violentes ne sont ni « dans la tête », ni le signe d'une faiblesse. L'Assurance Maladie l'écrit sans détour : l'association avec des facteurs psychologiques ou des difficultés relationnelles « n'est pas prouvée ».

Les facteurs qui augmentent le risque

L'Assurance Maladie cite plusieurs pistes — sans qu'aucune ait été formellement établie :

  • une mère qui a elle-même eu des vomissements sévères pendant ses grossesses ;
  • une grossesse précédente compliquée d'hyperémèse gravidique ;
  • la présence dans l'estomac d'Helicobacter pylori, une bactérie que porteraient 15 à 30 % des Français ;
  • un indice de masse corporelle faible en début de grossesse ;
  • une grossesse gémellaire (ou plus), ou un fœtus de sexe féminin.

Pourquoi parle-t-on de nausées « matinales » ?

Parce qu'elles commencent souvent le matin, au réveil, quand l'estomac est vide depuis des heures — et l'Assurance Maladie note que le jeûne aggrave souvent les nausées. Mais le mot trompe. Sur sa page de conseils pratiques, elle précise : « Bien que l'on parle souvent de nausées matinales, ces malaises peuvent être présents à n'importe quel moment de la journée. »

Quand commencent les nausées de grossesse ?

Les nausées de grossesse débutent en général vers la 6e semaine d'aménorrhée, ou SA (environ deux semaines après le retard de règles). L'aménorrhée désigne l'absence de règles : les semaines se comptent à partir du premier jour des dernières règles, et non de la conception.

Le calendrier habituel, tel que le décrit l'Assurance Maladie, tient en quatre repères :

Moment de la grossesseCe qui se passe le plus souvent
Vers 6 SADébut des nausées et des vomissements
Vers 9 SAPic d'intensité
Vers 12 SALes symptômes s'estompent, puis disparaissent
Au-delà de 20 SAPersistance possible, mais rare

Pour suivre ce qui se passe de votre côté et du côté du bébé pendant ces semaines-là, vous pouvez vous appuyer sur notre guide de la grossesse semaine par semaine.

Combien de temps durent les nausées de grossesse ?

Dans la majorité des cas, les nausées de grossesse s'estompent puis disparaissent autour de 12 SA, à la fin du premier trimestre. C'est le repère que donne l'Assurance Maladie.

Cela dit, « la majorité » ne veut pas dire « toutes ». Chez une partie des femmes, les nausées s'atténuent plus lentement — avec des jours meilleurs, puis des rechutes. Plus rarement, elles persistent au-delà de 20 SA. Si vos nausées ne faiblissent pas du tout à la fin du premier trimestre, parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin : il existe des traitements, et il serait dommage de « tenir » seule encore des semaines.

Femme en chemise à carreaux allongée sur son lit, qui écrit dans un carnet
Noter l'intensité des nausées chaque jour permet de voir la tendance, et de la montrer en consultation.

Mesurer ses nausées avec le score PUQE

Le score PUQE (Pregnancy-Unique Quantification of Emesis and nausea) est l'outil qu'utilisent les soignants pour évaluer la sévérité des nausées de grossesse. Il tient en trois questions — et vous pouvez le calculer vous-même. Sur sa page « Nausées et vomissements en début de grossesse : que faire ? », l'Assurance Maladie en propose une version modifiée, à remplir pour une journée moyenne.

Sur une journée moyenne1 point2 points3 points4 points5 points
Combien de temps vous sentez-vous nauséeuse ?Pas du toutMoins d'1 heure2 à 3 heures4 à 6 heuresPlus de 6 heures
Combien de fois vomissez-vous ?Jamais1 à 2 fois3 à 4 fois5 à 6 fois7 fois ou plus
Combien de haut-le-cœur sans vomissement ?Aucun1 à 23 à 45 à 67 ou plus

Additionnez vos trois réponses. Un total de 6 ou moins correspond à des nausées légères. Entre 7 et 12, elles sont modérées. À partir de 13, elles sont sévères. Ce chiffre sert de seuil dans les recommandations françaises. Pour le CNGOF, un score de 7 ou plus fait partie des critères de l'hyperémèse gravidique, et un score de 13 ou plus fait partie des critères d'hospitalisation.

Les gestes du quotidien qui soulagent les nausées

Pour des nausées légères, les mesures d'hygiène de vie restent la première étape. Elles ne font pas disparaître le symptôme — elles peuvent en réduire la fréquence et la sévérité. Voici celles que recommande l'Assurance Maladie, regroupées par situation.

Dans l'assiette

  • Ne restez jamais longtemps le ventre vide. Mangez plus souvent, en plus petites quantités, pour ne pas trop remplir l'estomac.
  • Mangez ce qui vous fait envie — tant que l'aliment n'est pas déconseillé pendant la grossesse. L'objectif, à ce stade, est de maintenir des apports, pas de suivre un menu idéal.
  • Évitez l'épicé, le gras et le frit, à cuisiner comme à manger.
  • Réduisez ou arrêtez le thé, le café et les boissons riches en caféine.
  • Buvez suffisamment d'eau, surtout si vous vomissez — par petites gorgées si les grands verres passent mal.

Pour savoir quels aliments privilégier et lesquels écarter pendant ces neuf mois, notre guide de l'alimentation pendant la grossesse fait le point, aliment par aliment.

Biscuits secs empilés dans une boîte, prêts à grignoter au réveil
Quelques biscuits secs à portée de main évitent de se lever l'estomac vide.

Dans la maison et dans les transports

  • Levez-vous lentement, pour éviter la chute de tension, les étourdissements et les haut-le-cœur.
  • Chassez les odeurs — fenêtres ouvertes, hotte allumée pendant la cuisson. Si c'est possible, laissez quelqu'un d'autre cuisiner quelques semaines.
  • Repérez vos déclencheurs — un parfum, un bruit, un éclairage, un goût — et contournez-les.
  • Prenez l'air régulièrement et évitez d'avoir trop chaud.
  • Portez des vêtements amples (rien qui serre la taille).
  • Limitez les trajets en voiture quand vous le pouvez.

Côté sommeil et moral

La fatigue — très fréquente au premier trimestre — aggrave les nausées. L'Assurance Maladie conseille de faire des siestes, de vous coucher tôt et de prendre quelques jours de congé si nécessaire. Elle recommande aussi de garder des activités qui vous détendent pour limiter le stress — une marche, par exemple. Si vous avez l'habitude de bouger, notre guide du sport pendant la grossesse, trimestre par trimestre vous aidera à adapter l'effort aux jours sans.

Avec un enfant en bas âge à la maison, ces conseils peuvent sembler irréalistes — une sieste, avec un petit de deux ans ? C'est le moment ou jamais de demander de l'aide, et précisément : « peux-tu faire le dîner du soir cette semaine ? » obtient plus qu'un vague « je suis fatiguée ».

Gingembre, vitamine B6, acupression : ce qui est prouvé, et ce qui ne l'est pas

Le gingembre, la vitamine B6 et l'acupression figurent dans toutes les listes de remèdes contre les nausées de grossesse. Leur efficacité, elle, reste mal démontrée. Le consensus formalisé d'experts du CNGOF sur les nausées et vomissements gravidiques (2022) les autorise pour les formes légères, « même en l'absence de preuve de leur bénéfice ». La formule est honnête : on peut essayer, sans rien en attendre de miraculeux.

RemèdeCe qu'en disent l'Assurance Maladie et le CNGOFPour qui ?
GingembreEffet calmant possible sur l'estomac. Posologie suggérée : gélules de 250 mg, 4 fois par jour, pendant 4 jours, après avis du pharmacienNausées peu sévères (score PUQE de 6 ou moins)
Vitamine B6 (pyridoxine)Pourrait soulager, « sans que cela soit démontré »Nausées peu sévères
Acupression, acupuncturePression sur le point P6, situé à trois largeurs de doigts au-dessus du poignet. Amélioration non démontréeNausées peu sévères
Huiles essentielles, aromathérapieContre-indiquées pendant la grossessePersonne

Pour le gingembre, deux précisions. Une infusion de gingembre frais ou un biscuit au gingembre relèvent de l'alimentation. Les gélules, en revanche, sont des compléments dosés : l'Assurance Maladie conseille de demander l'avis de votre pharmacien avant d'en prendre, comme pour tout produit « naturel » pendant la grossesse.

Racine de gingembre fraîche coupée en deux, à côté d'une tasse d'infusion et de bâtons de cannelle
Le gingembre peut être essayé pour des nausées légères, sans preuve formelle de son efficacité.

Vitamines prénatales et fer : les suspendre, mais garder l'acide folique

Les multivitamines prénatales et les compléments de fer peuvent aggraver les nausées : le CNGOF conseille de les suspendre en cas de nausées et vomissements gravidiques, sans arrêter l'acide folique (vitamine B9).

L'Assurance Maladie justifie cette pause : les besoins en fer de la femme enceinte n'augmentent généralement pas pendant le premier trimestre. Ces compléments sont alors remplacés par de l'acide folique seul, que l'on continue de prendre normalement.

Les médicaments contre les nausées de grossesse

Quand les nausées deviennent modérées ou gênent la vie quotidienne, il existe des médicaments compatibles avec la grossesse. Le plus souvent prescrit en France associe deux substances : la doxylamine (un antihistaminique) et la pyridoxine, autrement dit la vitamine B6. Il est commercialisé sous les noms Cariban et Xonvea. Sur sa page consacrée à la consultation et au traitement des nausées de grossesse, l'Assurance Maladie explique qu'il est le plus souvent prescrit parce qu'il a peu d'effets secondaires. Elle ajoute un détail qui compte pour votre budget : « Ils ne sont pas remboursés par l'Assurance Maladie. »

D'autres médicaments peuvent être proposés, notamment en cas d'échec : la doxylamine seule, le diménhydrinate, le métoclopramide, la métopimazine, la prométhazine ou la chlorpromazine. Certains exposent à des effets secondaires (somnolence, vertiges, sécheresse de la bouche, tremblements), précise l'Assurance Maladie. Le CNGOF, lui, constate qu'aucune classe de médicaments n'a montré sa supériorité sur une autre : il recommande donc de choisir toujours ceux dont les effets secondaires sont les moins sévères et les moins fréquents.

Jeune femme à lunettes qui lit l'étiquette d'un flacon de médicament, assise chez elle
Aucun antinauséeux ne se prend pendant la grossesse sans l'avis d'un médecin ou d'une sage-femme.

Le cas particulier de l'ondansétron

L'ondansétron (Zophren et ses génériques) est un antinauséeux indiqué dans les nausées liées à certaines chimiothérapies, radiothérapies ou opérations. Il n'a pas d'indication en France pour la grossesse, mais il est parfois utilisé dans les hyperémèses très sévères. En 2019, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a alerté sur un léger sur-risque de fentes labiales et palatines chez les bébés exposés au premier trimestre : « 3 cas additionnels pour 10 000 femmes enceintes exposées ».

Ce chiffre ne doit pas faire paniquer une femme qui en a déjà pris — le risque supplémentaire reste faible. Il justifie pourtant que l'ondansétron ne soit pas un premier choix au premier trimestre, et que sa prescription fasse l'objet d'une discussion. Si vous en avez pris au début de votre grossesse, l'ANSM vous invite simplement à le signaler aux professionnels qui vous suivent.

Hyperémèse gravidique : les signes qui imposent de consulter

L'hyperémèse gravidique est la forme sévère des nausées et vomissements de la grossesse. Elle concerne moins de 4 % des cas environ, selon l'Assurance Maladie : des vomissements importants et répétés, au point de ne plus pouvoir compenser les pertes en eau et en aliments. Ce n'est pas « des nausées un peu plus fortes » — c'est une maladie, qui se soigne.

Le CNGOF la définit par au moins l'un de ces trois critères :

  • une perte de poids de 5 % ou plus par rapport au poids d'avant la grossesse (3 kg pour une femme de 60 kg) ;
  • des signes de déshydratation — soif intense, bouche sèche, urines foncées ;
  • un score PUQE de 7 ou plus.

Quand consulter vite, quand consulter en urgence

L'Assurance Maladie distingue deux niveaux. Consultez rapidement (sans attendre le rendez-vous prévu) si vos vomissements sont importants et persistants (score entre 7 et 12), si vous perdez du poids, si vous montrez des signes de déshydratation ou si d'autres symptômes apparaissent, comme la fièvre. Consultez en urgence si votre score atteint 13 ou plus.

Lors de l'examen, le médecin ou la sage-femme prend votre tension, votre pouls, votre température — et fait une bandelette urinaire (pour chercher une infection). En cas d'hyperémèse, un bilan sanguin, une échographie et un contrôle de la thyroïde permettent de mesurer le retentissement des vomissements et d'écarter d'autres causes.

Femme enceinte assise sur la table d'examen, en discussion avec une soignante qui prend des notes, dans une salle de consultation lumineuse avec échographe
Poids, tension, déshydratation : l'examen mesure le retentissement des vomissements.

Ce qui se passe à l'hôpital

L'hospitalisation est proposée quand la perte de poids atteint 10 %, en cas de déshydratation, d'un score PUQE de 13 ou plus, d'anomalies du bilan sanguin (potassium, sodium, fonction rénale) ou d'un traitement qui ne marche pas. On vous réhydrate alors par perfusion, avec des antinauséeux par voie veineuse et de la vitamine B1. Le CNGOF rend cette vitamine systématique chez les femmes réhydratées par perfusion, pour prévenir une complication neurologique rare, l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke.

Un point du consensus mérite d'être connu de toutes les patientes. Les experts du CNGOF écrivent que les femmes hospitalisées pour hyperémèse ne doivent pas être mises à l'isolement — « mise dans le noir, confiscation du téléphone portable ou interdiction de visites ». Si l'on vous propose ce type de mesure, vous pouvez rappeler cette recommandation. Le même texte demande d'offrir un soutien psychologique à chaque patiente et de l'informer de l'existence d'associations de patientes. Deux d'entre elles, dont l'Association de lutte contre l'hyperémèse gravidique, comptent d'ailleurs une représentante parmi les auteurs du consensus.

Les nausées de grossesse sont-elles dangereuses pour le bébé ?

Les nausées légères ou modérées sont sans danger pour le bébé. L'Assurance Maladie le dit clairement : ces symptômes le plus souvent peu sévères « sont sans danger pour la mère et pour le bébé ». Manger peu et mal pendant quelques semaines, parce que rien d'autre ne passe, n'a donc rien d'une faute.

L'hyperémèse gravidique non traitée est une autre affaire. Elle expose la mère à la déshydratation, à des carences, à l'anxiété et à la dépression, et le bébé à un petit poids de naissance ou à une naissance prématurée. C'est précisément pour cela qu'elle se soigne tôt, avec une prise en charge médicale dès que les critères sont réunis.

Les nausées, signe d'une grossesse qui se passe bien ?

L'idée circule dans toutes les salles d'attente, et elle n'est pas sans fondement. En 2016, une analyse des Instituts nationaux de la santé américains (NIH) a suivi 797 femmes enceintes, qui notaient chaque jour leurs symptômes dès la 2e semaine de grossesse. Celles qui avaient des nausées, avec ou sans vomissements, avaient un risque de fausse couche inférieur de 50 à 75 % à celui des autres.

Deux nuances, pourtant. Ces femmes avaient toutes déjà vécu une ou deux pertes de grossesse, ce qui limite la portée du résultat. Et une association statistique ne dit rien d'une grossesse en particulier. Ne pas avoir de nausées est fréquent — soit, par déduction, 10 à 50 % des femmes enceintes, si l'on reprend la fourchette de l'Assurance Maladie — et cela ne dit rien, à soi seul, de l'évolution d'une grossesse. Au moindre doute, notamment en cas de saignements ou de douleurs, c'est à votre sage-femme ou à votre médecin qu'il faut poser la question.

Nausées au travail : en parler ou non, et comment tenir

Les nausées de grossesse tombent au plus mauvais moment professionnel — au premier trimestre, quand beaucoup de femmes n'ont encore rien dit. La loi vous laisse le choix. Comme le rappelle la fiche de Service-Public.fr sur l'annonce de la grossesse à l'employeur, une salariée enceinte n'a pas l'obligation d'informer son employeur de son état — seulement avant de partir en congé de maternité.

Mais ce silence a un prix. Tant que votre employeur ne sait pas, vous ne pouvez pas bénéficier des droits liés à la grossesse : protection contre le licenciement, autorisations d'absence pour les examens médicaux, aménagements d'horaires prévus par certaines conventions collectives. Service-Public.fr rappelle aussi que chaque femme enceinte doit pouvoir se reposer en position allongée, dans des conditions convenables — un droit précieux quand la nausée monte à 11 heures. L'annonce se fait avec un certificat médical.

Femme qui fait une pause à son bureau, les yeux fermés, les doigts sur les tempes, devant son ordinateur
Au premier trimestre, beaucoup de femmes gèrent leurs nausées au travail sans avoir encore annoncé leur grossesse.

Que vous ayez parlé ou non, quelques gestes rendent les journées plus supportables :

  • un en-cas toutes les deux ou trois heures, rangé dans le tiroir du bureau ;
  • une bouteille d'eau sur la table, à boire par petites gorgées ;
  • une place près d'une fenêtre ou de la sortie en réunion, loin de la machine à café ;
  • le télétravail quelques jours par semaine, si votre poste le permet et que votre employeur l'accepte ;
  • quelques jours de repos si nécessaire — l'Assurance Maladie le suggère elle-même.

Si vos nausées vous empêchent de travailler, n'attendez pas d'être à bout : le retentissement sur votre vie professionnelle fait partie de ce que le médecin ou la sage-femme évalue en consultation.

Questions fréquentes

Peut-on avoir des nausées avant même le retard de règles ?

C'est possible, mais peu fréquent. Les nausées de grossesse débutent le plus souvent vers la 6e semaine d'aménorrhée, soit environ deux semaines après la date prévue des règles. Des nausées avant le retard peuvent avoir bien d'autres explications. Le test de grossesse reste le seul moyen de savoir.

Des nausées très fortes annoncent-elles une fille ?

Non, on ne peut pas prédire le sexe du bébé à partir des nausées. L'Assurance Maladie cite un fœtus de sexe féminin parmi les facteurs de risque évoqués pour les vomissements gravidiques, tout en précisant qu'aucun de ces facteurs n'a été formellement établi. Beaucoup de femmes enceintes d'un garçon ont des nausées sévères, et inversement.

Les nausées reviennent-elles à chaque grossesse ?

Rien ne permet de le prédire avec certitude. Une hyperémèse gravidique lors d'une grossesse précédente augmente toutefois le risque d'en refaire une. Si c'est votre cas, parlez-en dès le début de la grossesse suivante, pour anticiper le traitement et l'organisation à la maison.

Le Cariban est-il remboursé ?

Non. L'Assurance Maladie indique que les médicaments associant doxylamine et pyridoxine (Cariban, Xonvea) ne sont pas remboursés. Comme tout médicament pendant la grossesse, ils ne se prennent que sur l'avis de votre médecin ou de votre sage-femme.

Je n'ai aucune nausée : est-ce inquiétant ?

Pas en soi. Si 50 à 90 % des femmes enceintes ont des nausées selon l'Assurance Maladie, 10 à 50 % n'en ont donc pas. Les études qui associent nausées et risque plus faible de fausse couche décrivent une tendance statistique, pas un pronostic individuel.

Les nausées peuvent-elles durer toute la grossesse ?

C'est rare. L'Assurance Maladie situe la disparition des nausées vers 12 SA et indique qu'elles ne persistent au-delà de 20 SA que dans de rares cas. Si les vôtres ne faiblissent pas après le premier trimestre, parlez-en : le traitement peut être ajusté, et d'autres causes de vomissements doivent être écartées.

Sources