Une tomate rouge mûre entourée de fruits encore verts sur un pied de tomate au potager

Planter des tomates : semis, plantation et entretien au potager

Samedi dernier, 10 h 40, dans l'allée des plants potagers d'une grande jardinerie. Sandrine, 44 ans, contrôleuse de gestion, tient un godet dans chaque main — deux 'Cœur de bœuf' d'une trentaine de centimètres, la tige déjà épaisse, un premier bouquet de boutons jaunes au sommet. Sous la verrière, il fait presque chaud. L'air sent le terreau humide et cette odeur verte, un peu âcre, que laisse une feuille de tomate froissée entre les doigts. Derrière elle, un couple remplit un chariot de courgettes et de poivrons. Sandrine, elle, ne bouge pas. L'an dernier, elle avait planté ses tomates un dimanche de grand soleil, fin avril. Deux nuits froides début mai — et les feuilles avaient pris une teinte bleutée ; les plants n'avaient plus grandi pendant trois semaines. Puis, fin juillet, après une série d'orages, le mildiou avait noirci ses rangs en quelques jours. Onze pieds, trois bocaux de sauce.

Quand Sandrine m'a raconté cette matinée, elle a résumé son hésitation en une phrase : « Je les prends maintenant, ou j'attends ? » La question revient chaque printemps, et la réponse tient en une date — la mi-mai, une fois passés les Saints de glace. Mais une récolte se joue aussi avant (au semis) et après (à la taille, à l'arrosoir, face au mildiou). Ce guide suit une saison entière avec les repères chiffrés des sources de référence — en séparant ce qui est établi de ce qui relève de l'expérience. Si vous démarrez tout juste, le guide complet du potager pour débutant pose les bases du sol, de l'emplacement et de la rotation ; ici, on ne parle que de la tomate.

Mains qui tiennent un jeune plant de tomate dans un pot en terre cuite étiqueté « tomato », posé sur du terreau
Un jeune plant de tomate a tout à gagner à grandir encore quelques semaines dans son pot avant de rejoindre le potager.

Le calendrier de la tomate, du semis à la récolte

Une tomate demande entre quatre mois et demi et cinq mois entre la graine et la récolte, selon le guide de plantation des tomates publié par Rustica. Le calendrier se construit donc à rebours. Un semis de février (sous abri chaud) commence ainsi à produire à partir de la mi-juin, un semis d'avril en juillet-août. Entre les deux, un semis au chaud en mars me paraît le compromis le plus confortable pour une plantation à la mi-mai.

ÉtapePériode indicativeLe repère à retenir
Semis au chaudDe février à avril18 à 20 °C et beaucoup de lumière ; levée en une semaine environ
Repiquage en godetQuand les plantules portent 3 ou 4 feuillesGarder les plants les plus droits, les moins allongés
Plantation sous abri (Sud)Dès la fin avrilSerre, tunnel, cloche ou voile — jamais à découvert
Plantation en pleine terreDébut mai sous châssis, minitunnel ou cloche (Nord, variétés précoces), deux semaines plus tard pour les autresPrudence jusqu'aux Saints de glace (11, 12 et 13 mai), sauf littoral très doux
Taille et tuteurageDe la plantation à la fin de l'été5 à 6 bouquets en pleine terre, 7 à 8 sous abri
RécolteDès la mi-juin (semis de février sous abri), en juillet-août (semis d'avril)4 mois et demi à 5 mois après le semis

Ces dates bougent avec votre région. Dans le Nord, les tomates les plus précoces attendent début mai pour être plantées, sous protection (châssis, minitunnels, cloches) ; dans le Sud, les plants s'installent dès la fin avril lorsqu'on dispose d'abris. Les variétés de mi-saison et tardives patientent deux semaines de plus. La météo de votre jardin (ou de votre balcon) garde le dernier mot.

Dernier repère : les tomates se classent en précoces, de mi-saison et tardives. Planter les trois le même jour étale naturellement la récolte.

Réussir le semis de tomates à la maison

Semer ses tomates, c'est élargir le choix des variétés. Un semis réussit dans une serre, une véranda, au bord d'une fenêtre ou même en appartement, rappelle Rustica dans sa vidéo pas à pas sur le semis au chaud. Le matériel reste modeste — une caissette, du terreau, un peu de sable, un vaporisateur (et, idéalement, une mini-serre).

  1. Préparer le substrat. Un terreau de semis, ou un terreau universel allégé d'un quart de sable, tamisé pour ne garder que la partie fine. Les gros morceaux vont au fond du bac, pour le drainage.
  2. Semer clair. Répartissez les graines sans les entasser, couvrez d'une fine couche de terreau tamisé, puis tassez légèrement.
  3. Humidifier par le fond. Posez la caissette dans un bac contenant quelques centimètres d'eau — à mi-hauteur environ — jusqu'à ce que le terreau soit humide.
  4. Tenir la chaleur. Les graines de tomate lèvent entre 18 et 20 °C, à peu près au bout d'une semaine, à condition d'avoir beaucoup de lumière. Une mini-serre chauffante aide à maintenir cette température.
  5. Aérer à temps. Dès la germination, entrouvrez le couvercle ; quand les plantules atteignent 1 à 2 cm, retirez-le en journée.

La lumière compte autant que la chaleur. Un semis tiède mais sombre donne des tiges longues et fragiles, qui cherchent la fenêtre — les jardiniers disent que les plants ont « filé ». Rien de grave, mais c'est la première chose à surveiller en appartement (la lumière de mars reste faible en fond de pièce).

Plantules aux deux premières feuilles qui lèvent dans les alvéoles d'une boîte à œufs remplie de terreau
Dès la levée, les plantules réclament toute la lumière possible : plus elle est généreuse, plus les tiges restent courtes.

Repiquer en godet et choisir de bons plants

Le repiquage donne à chaque plantule son propre godet — et donc sa propre réserve de terre. Le bon moment ? Quand les plants portent trois ou quatre feuilles. On sélectionne alors les plus vigoureux, ceux qui sont bien droits et pas trop allongés, et on laisse les autres.

  • Soulevez chaque plantule avec une petite spatule en bois, sans abîmer les racines.
  • Préparez des godets en plastique ou, mieux, en matière biodégradable, remplis de terreau fin.
  • Faites un trou avec un plantoir très fin (un crayon fait l'affaire), installez la plantule, tassez avec les doigts et arrosez en pluie fine.
  • Maintenez les godets au chaud et en pleine lumière jusqu'à la plantation.

Les jours qui précèdent la plantation, sortez les godets en journée, à l'abri du vent, et rentrez-les le soir. Ce passage progressif — l'endurcissement — habitue des plants élevés au salon au vent, au soleil direct et aux écarts de température du jardin.

Ce contrôle n'a rien d'excessif — beaucoup de virus de la tomate se transmettent par les graines ou les plants contaminés, souligne Jardiner Autrement (une plateforme réalisée par la Société nationale d'horticulture de France, la SNHF), qui recommande d'être très vigilant sur l'origine des semences et des plants.

Pourquoi attendre les Saints de glace pour planter

Les Saints de glace tombent chaque année les 11, 12 et 13 mai — saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais. La page que Rustica consacre aux Saints de glace le résume sans détour : statistiquement, le gel est plutôt rare pendant ces trois jours, mais pas impossible. Or les légumes du soleil (tomates, poivrons, aubergines, courges) ne supportent pas les températures inférieures à 0 °C. Le dicton le dit à sa façon : « Les Saints-Servais, Pancrace, Mamert, Font à eux trois un petit hiver. »

Le risque est bien réel : d'après Météo-France, cité par Rustica, les printemps 2017, 2019 et 2023 ont connu de longs épisodes de gelées tardives. La tradition cite d'ailleurs parfois deux saints de plus — saint Boniface le 14 mai et saint Urbain le 25 mai — comme pour rappeler que les nuits froides ne lisent pas le calendrier.

Le piège classique, c'est la belle journée de mai. Quand le soleil brille l'après-midi et que le ciel reste très dégagé le soir, le risque de gelée au cours de la nuit ou au petit matin est important. D'où la règle de prudence jusqu'à la mi-mai, sauf dans les régions au climat très favorisé comme la Côte d'Azur ou le littoral atlantique. Ailleurs, les tomates attendent (au chaud, dans leurs godets).

Planter plus tôt reste possible, à une condition : abriter. Une serre, un tunnel, un châssis, une cloche, un voile d'hivernage ou simplement une grande bouteille en plastique préservent les jeunes plants d'un coup de froid et favorisent leur croissance. Si une nuit claire est annoncée après la plantation, un voile posé le soir sur les plants reste le geste le plus simple.

Grande feuille verte saupoudrée de givre, la nervure centrale en relief
Une nuit claire suffit à couvrir le feuillage de givre : c'est ce froid-là que redoute un plant de tomate mis en terre trop tôt.

Planter un pied de tomate : trou, profondeur, espacement

Une tomate est une plante vorace, qui passe environ cinq mois en terre avec un système racinaire relativement superficiel — d'où un trou généreux, bien nourri, et un tuteur solide dès le premier jour.

  • L'espacement. Ne serrez pas : Rustica recommande de planter en quinconce tous les 90 cm, avec 1 m entre les rangs. En pot ou en bac, une seule tomate par contenant, même s'il paraît grand.
  • Le trou. Comptez 20 à 30 cm de diamètre et de profondeur. Plantez d'abord le tuteur, puis remplissez de compost, de fumier bien décomposé ou de feuilles d'orties hachées. Les tomates apprécient les apports organiques faiblement azotés (corne torréfiée, sang séché).
  • La profondeur. Enterrez le plant le plus profondément possible. Au contact de la terre, les petits poils blancs de la tige se transforment en racines ; le plant gagne en appétit et en stabilité face aux coups de vent.
  • Le premier arrosage. Une eau pas trop froide, au pied, puis on évite de piétiner autour des plants pendant toute la saison.

Combien de pieds prévoir ? Une douzaine de pieds bien entretenus satisfont largement les besoins d'une famille moyenne. La plante mesure de 40 cm à 2 m selon la variété — un grand pied de 'Cœur de bœuf' ne se conduit pas comme une tomate cerise en bac.

Les voisins comptent aussi : les tomates apprécient la proximité des fleurs, qui attirent les insectes pollinisateurs, et celle des œillets d'Inde, réputés éloigner les nématodes ; elles s'associent bien au chou. Ces associations de cultures sont l'un des piliers de la permaculture appliquée au jardin.

Fleur d'œillet d'Inde rouge et orangée au milieu de son feuillage découpé
L'œillet d'Inde, voisin classique des tomates, est réputé éloigner les nématodes du sol.

Tuteurer et supprimer les gourmands sans abîmer la plante

Le gourmand est la pousse qui naît à l'aisselle d'une feuille, entre la feuille et la tige principale. Laissé libre, il devient une nouvelle tige qui fleurit à son tour et disperse les forces de la plante. La taille des tomates consiste surtout à retirer ces gourmands, qui poussent au détriment des fruits : tailler donne des fruits plus savoureux, plus gros et moins sensibles aux maladies — un feuillage trop dense garde l'humidité, et donc le mildiou. Ces gestes concernent les variétés à croissance indéterminée, conduites sur une tige ; une variété à croissance déterminée a une croissance plus limitée, d'après le guide de Rustica sur le tuteurage.

Le tuteur se choisit d'après la hauteur que la variété atteindra en fin de saison : comptez 1,80 m à 2 m pour une variété à croissance indéterminée, qui pousse toute la saison, 1,50 m pour une variété à croissance déterminée, et 1 m à 1,50 m sur un balcon, où la plante reste plus contenue. Ajoutez environ 30 cm à cette hauteur : c'est la partie enterrée qui assure la stabilité du tuteur.

Pour la forme, le piquet en bois reste le plus classique (désinfecté, il resservira l'année suivante). La spirale se plante au pied, et la tige s'installe tout au long de ses boucles. Sous abri, une ficelle accrochée à un point haut et fixée au sol par une sardine reçoit la tige, qu'on enroule autour une fois le plant en place depuis quelques semaines. Sur un balcon, un treillis posé à 10 ou 15 cm du mur joue le même rôle.

Passez chaque semaine dans les rangs pour ôter les gourmands, et profitez-en pour lier le pied à son tuteur. Choisissez un lien souple : la corde de chanvre ou la fibre de coco abîment moins la tige qu'une attache en plastique, et le raphia se composte avec la plante en fin de saison. Attachez sans serrer.

Combien de bouquets de fleurs garder ? Comptez 5 à 6 bouquets sur un pied cultivé en pleine terre, 7 à 8 sous serre ou sous tunnel. Reste l'étêtage : en fin de saison, vers le mois d'août, Rustica recommande de pincer la tige principale au-dessus du 5e bouquet de fleurs sur un pied de pleine terre ; sous serre ou sous tunnel, pincez au-dessus du dernier des 7 à 8 bouquets conservés. La plante cesse alors de s'épuiser à former des fruits qui ne mûriraient pas, et nourrit ceux qu'elle porte déjà.

Pour la taille elle-même, Jardiner Autrement insiste sur la manière : un gourmand retiré jeune se casse au doigt, sans couteau, et la plaie cicatrise mieux, à condition de ne jamais déchirer la tige. Un talon laissé en place (moignon de pétiole ou de gourmand) peut accueillir la pourriture grise, Botrytis cinerea, qui gagne ensuite la tige. Tailler juste après une pluie ou un arrosage est tout aussi défavorable, car la plante gorgée d'eau laisse couler sa sève, qui peut servir de base au développement de champignons ou de bactéries.

Main tendue entre de hauts pieds de tomates chargés de fruits verts, tiges attachées à leur support sous une serre
Conduits sur une tige et attachés au fil de la croissance, les pieds montent haut : c'est là que tuteur et gourmands se gèrent.

Arroser les tomates : quantité, fréquence, moment

Comptez environ un litre d'eau par jour et par pied, selon le dossier de Rustica sur l'arrosage des tomates : dix pieds, dix litres. Arroser beaucoup n'est pas pour autant arroser souvent. En sol profond et frais, les racines vont chercher l'eau jusqu'à 30 ou 40 cm sous terre ; à l'inverse, des arrosages trop copieux en début de culture donnent des racines superficielles, et des plants dépendants de l'arrosoir tout l'été.

SituationRythme indicatif
Pleine terre, sol paillé, temps chaud et sec2 à 3 arrosages par semaine
Pleine terre, temps doux et couvertParfois un arrosage tous les 15 jours suffit
Tomates en pot, en étéGénéralement tous les jours
Fortes chaleursUn bon arrosage au pied plutôt que plusieurs petits

Le moment et la manière comptent autant que la dose. Arrosez le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil, et toujours au pied, sans mouiller le feuillage (l'humidité sur les feuilles fait le lit du mildiou). Un arrosage du soir se fait assez tôt pour que le feuillage ne reste pas humide la nuit. Une bouteille plantée goulot en bas près du pied, un goutte-à-goutte ou un paillage épais (posé après les premiers désherbages) limitent les écarts d'humidité. Le paillage a un revers : il peut attirer les limaces.

Comment savoir si vous arrosez juste ? Un plant qui manque d'eau flétrit, fane, puis jaunit en partant du bas des tiges. Il se redresse vite une fois arrosé. Un excès d'eau, lui, fait aussi flétrir les feuilles, réduit le nombre de fruits et, s'il se répète, favorise le fendillement.

L'eau de pluie, elle, est une alliée précieuse. La fiche de Service-Public.fr sur la récupération de l'eau de pluie est claire : vous pouvez l'utiliser librement à l'extérieur, notamment pour arroser votre jardin, et consommer les légumes arrosés avec l'eau de votre récupérateur. Elle n'est pas potable pour autant (pesticides présents dans la pluie, métaux ou amiante de la toiture) : elle arrose, elle ne se boit pas.

L'irrégularité de l'arrosage a une signature bien reconnaissable : la nécrose apicale, ou « cul noir ». La tache se forme toujours du côté de la cicatrice florale, à l'opposé du pédoncule, en creux (« en coup de pouce »), vert foncé sur fruit vert puis noire sur fruit mûr. Ce n'est pas une maladie mais un trouble physiologique — une mauvaise assimilation du calcium, liée à des apports d'eau irréguliers — et c'est la cause principale des fruits tachés au jardin, selon Jardiner Autrement.

Jardinière aux cheveux blancs penchée sur ses légumes, un arrosoir en métal à la main, au potager
Arroser au pied, sans mouiller le feuillage, limite le risque de mildiou.

Le mildiou de la tomate : le reconnaître, le freiner

Le mildiou, c'est la maladie qui a eu raison des tomates de Sandrine — et de bien des potagers après un été orageux. La fiche technique de Jardiner Autrement sur le mildiou de la tomate le décrit comme une maladie cryptogamique, causée par Phytophthora infestans (le mildiou « aérien ») et Phytophthora parasitica (le mildiou « terrestre »). Elle fait dépérir les plants après les pluies d'été et entraîne souvent la perte de nombreux fruits ; quand l'attaque est précoce, la perte de récolte peut être totale.

Les symptômes (souvent confondus avec d'autres) suivent un ordre assez constant :

  • Sur les feuilles — des taches d'abord petites, jaunes puis brunes, qui sèchent rapidement. Elles peuvent aussi paraître huileuses, brun-vert, avec parfois un duvet blanc sous la feuille.
  • Sur les tiges — de grandes taches brunes irrégulières.
  • Sur les fruits — des marbrures brunes, souvent bosselées, très caractéristiques, sur des tomates qui ne mûrissent plus.

Pourquoi une attaque en quelques jours ? Parce que le mildiou a besoin d'eau liquide sur le feuillage pendant une assez longue durée, avec des températures qui fluctuent entre 10 et 25 °C. Le scénario type commence par des pluies orageuses le soir. Puis, le lendemain, une humidité saturée qui empêche le feuillage de sécher. Les rosées persistantes de fin d'été et l'arrosage par aspersion — surtout le soir — produisent le même effet. Les attaques peuvent alors être foudroyantes — il est de coutume de dire que la maladie se déplace « comme le feu dans la culture ». À l'inverse, une sécheresse persistante et des températures avoisinant les 30 °C la freinent.

La lutte repose donc d'abord sur la prévention, pendant les périodes humides :

  • choisir des variétés tolérantes ou résistantes au mildiou (renseignez-vous auprès du fournisseur) ;
  • éviter les emplacements ombragés, qui allongent le temps de séchage du feuillage après la pluie ;
  • arroser au pied, et ne jamais arroser par aspersion le soir ;
  • respecter les densités de plantation et effeuiller régulièrement pour aérer ;
  • protéger les plants de la pluie, avec des parapluies par exemple ;
  • supprimer les organes malades dès les premiers symptômes ;
  • pratiquer la rotation des cultures d'une année sur l'autre.

Deux idées reçues méritent d'être écartées. Transpercer les tiges avec des fils de cuivre n'a jamais démontré son efficacité contre le parasite, tranche la fiche. Quant à la décoction de prêle en préventif, elle semble limiter les dégâts par temps chaud et humide, mais son efficacité n'est pas démontrée à ce jour. Attention aussi aux confusions — l'alternariose provoque des taches noires à stries concentriques entourées d'un halo jaunâtre, et la nécrose apicale (« cul noir »), une tache en creux au bout du fruit liée à des arrosages irréguliers, est un trouble physiologique, pas une maladie.

Tomates cerises encore vertes perlées d'humidité sur une tige de tomate, près d'un fil de palissage
Des fruits et un feuillage qui restent mouillés après une période humide : c'est le temps qui fait le lit du mildiou.

Traiter au jardin : ce que la loi autorise depuis 2019

Depuis le 1er janvier 2019, la vente, l'usage et la détention des produits phytosanitaires de synthèse sont interdits aux jardiniers amateurs, en application de la loi Labbé du 6 février 2014. Le point de Jardiner Autrement sur la loi Labbé liste les seuls produits encore utilisables au jardin :

  • les produits de biocontrôle ;
  • les produits utilisables en agriculture biologique et portant la mention EAJ (« Emploi autorisé au jardin ») ;
  • les produits à faible risque.

Le non-respect de ces règles est une infraction pénale. La sanction maximale : 6 mois d'emprisonnement et 150 000 € d'amende, modulés par le juge selon les circonstances. La loi concerne directement quelque 20 millions de jardiniers amateurs. Contre le mildiou, la consigne tient en une ligne : un produit autorisé pour l'usage prévu, portant la mention EAJ (à vérifier sur le site e-phy).

Naturel ne veut pas dire anodin : un produit d'origine naturelle n'est pas totalement un gage d'innocuité (sa dangerosité dépend souvent de la dose et des conditions d'emploi). Gants, lunettes et vêtements de travail restent de mise — et l'on traite par temps calme, pour limiter les projections.

Choisir ses variétés de tomates : goût, précocité, tolérance au mildiou

Si les tomates du commerce vous semblent fades, l'impression est partagée. INRAE, dans un article consacré au goût de la tomate, rapporte que la tomate semble avoir perdu de la saveur depuis plusieurs décennies, au fil de sélections variétales orientées vers le rendement, la résistance aux maladies et l'adaptation aux conditions de production. L'institut souligne aussi que la teneur en sucres est négativement liée au poids du fruit : il est difficile de créer des tomates de gros calibre aussi sucrées que des tomates cerises.

Au jardin, c'est vous qui choisissez — Rustica recense pas moins de 1 500 variétés (rondes, aplaties, allongées, rouges, jaunes, vertes ou blanches). Pour une première saison, la précocité, la tolérance au mildiou et l'origine des graines guident le choix :

  • La précocité — une variété précoce, une de mi-saison, une tardive, pour étaler la récolte.
  • La tolérance au mildiou — il n'existe pas de variété vraiment résistante, mais des variétés tolérantes, que le champignon attaque sans les empêcher de produire : 'Pyros', 'Fandango', 'Fantasio', 'Maestria' et, côté cerises (assez résistantes en général), 'Philovita'.
  • L'origine des graines ou des plants — les hybrides F1 modernes possèdent souvent des tolérances à de nombreux virus, jamais à tous ; le virus de la mosaïque du tabac, le plus fréquent chez la tomate, se rencontre souvent sur les variétés anciennes, d'après Jardiner Autrement.

Rien n'oblige à choisir un camp. Une ou deux variétés anciennes pour le goût et la curiosité, une variété tolérante pour assurer la récolte si l'été tourne à l'orage : c'est l'équilibre que je vous suggère pour une première saison exigeante. Sur un balcon, les tomates cerises restent un choix indulgent. Un pied par bac, un tuteur, un arrosage régulier — et la récolte se fait à portée de main.

Questions fréquentes

Peut-on planter ses tomates avant les Saints de glace ?

Oui, à condition de les abriter. Serre, tunnel, châssis, cloche, voile d'hivernage ou grande bouteille en plastique protègent les jeunes plants d'un coup de froid. Dans le Sud, les tomates peuvent s'installer dès la fin avril lorsqu'on dispose d'abris. À découvert, la prudence reste de mise jusqu'à la mi-mai, sauf sur la Côte d'Azur ou le littoral atlantique.

Combien de pieds de tomates prévoir pour une famille ?

Une douzaine de pieds bien entretenus satisfont largement les besoins d'une famille moyenne, selon Rustica.

Faut-il vraiment enlever les gourmands ?

Sur les variétés à croissance indéterminée, conduites sur une tige, oui : la taille consiste surtout à retirer ces pousses qui se développent au détriment des fruits. Gardez 5 à 6 bouquets en pleine terre et 7 à 8 sous abri. Retirez les gourmands jeunes, à la main, sans déchirer la tige et sans laisser de talon.

Un fil de cuivre planté dans la tige protège-t-il du mildiou ?

Non. Selon la fiche de Jardiner Autrement sur le mildiou de la tomate, transpercer les tiges avec des fils de cuivre n'a jamais démontré son efficacité contre le parasite. La prévention (arrosage au pied, aération, abri contre la pluie, suppression des feuilles atteintes) reste la meilleure protection.

Peut-on arroser ses tomates avec l'eau de pluie ?

Oui. Service-Public.fr indique que l'eau de pluie peut être utilisée librement à l'extérieur, notamment pour arroser le jardin, et que vous pouvez consommer les légumes arrosés avec l'eau de votre récupérateur. Cette eau n'est toutefois pas potable.

Pourquoi mes tomates ont-elles une tache noire au bout du fruit ?

Il s'agit très probablement de la nécrose apicale, ou « cul noir » : une tache en creux du côté opposé au pédoncule, qui noircit à maturité. Ce trouble est lié à une mauvaise assimilation du calcium, associée à des arrosages irréguliers. Régularisez l'arrosage et paillez le sol pour protéger les fruits suivants.

Quels produits peut-on encore utiliser contre le mildiou au jardin ?

Seulement trois familles de produits : depuis la loi Labbé, un jardinier amateur n'a accès qu'aux produits de biocontrôle, aux produits utilisables en agriculture biologique portant la mention EAJ et aux produits à faible risque. Vérifiez la mention EAJ sur l'emballage et l'usage autorisé sur le site e-phy avant tout traitement.

Sources