Femme âgée aux cheveux blancs et aux lunettes, accoudée à une fenêtre ouverte sur une façade blanche

Canicule et personnes âgées : les gestes pour protéger un parent

Jeudi, vers 17 h 30, en rentrant de l'école avec ma fille, j'ai levé les yeux vers la façade de notre immeuble. Tous les volets côté rue étaient tirés — sauf ceux de Jacqueline, ma voisine de palier, grands ouverts depuis le matin sur un mur en plein soleil. Sur mon balcon, le petit thermomètre coincé entre les deux pieds de tomates cerises affichait 34 °C à l'ombre.

Jacqueline a 86 ans — veuve, seule, l'œil vif. Elle descend chercher son pain tous les matins et déteste qu'on la materne. J'ai frappé quand même. Elle m'a ouvert en gilet de laine (oui, un gilet, par cette chaleur) — le salon baigné de lumière, les fenêtres ouvertes sur un air plus chaud que celui de l'appartement. Sur la table, un verre d'eau à moitié plein. « Celui de midi », a-t-elle dit en haussant les épaules. « Je n'ai pas soif, vous savez. Je n'ai jamais beaucoup bu. »

Nous avons fermé les volets, rempli une carafe, mouillé un gant de toilette. Puis j'ai appelé sa fille — elle vit à six heures de train et m'avait laissé son numéro l'hiver dernier, « au cas où ». Au bout du fil, j'ai entendu ce que j'aurais ressenti à sa place : du soulagement et de la culpabilité, à parts égales. « Je l'ai eue à midi, elle m'a dit que tout allait bien. » C'était vrai, de son point de vue à elle. Tout le piège est là.

Ce n'est qu'une histoire de palier, pas une preuve. Mais l'après-midi de Jacqueline ressemble trait pour trait à ce que décrivent les autorités sanitaires — une personne âgée perçoit la chaleur plus tard, a moins soif et se plaint peu. Pendant l'été 2024, selon le bilan « Chaleur et santé » publié par Santé publique France le 11 mars 2025, plus de 3 700 décès ont été attribués à la chaleur en France hexagonale. Près des trois quarts (2 715 sur 3 711) concernaient des personnes de 75 ans et plus.

Ce guide s'adresse à vous si vous avez un parent âgé, à deux rues ou à six heures de train : ce qui le rend vulnérable, les médicaments à surveiller, le registre de la mairie, les gestes utiles et les signes qui imposent d'appeler le 15.

Volet en bois peint en blanc, fermé, sur la façade en pierre d'une maison ancienne
Fermer les volets côté soleil tant que l'air extérieur est plus chaud que l'intérieur : le premier geste, et le plus simple.

Pourquoi les personnes âgées sont les plus exposées à la canicule

Une personne âgée n'est pas seulement « plus fragile » face à la chaleur : son système de refroidissement fonctionne moins bien. La fiche « Fortes chaleurs » que Santé publique France destine aux médecins (juillet 2024) décrit une capacité d'adaptation réduite sur quatre plans : la perception de la chaleur, la transpiration, la sensation de soif et la dilatation des petits vaisseaux de la peau — celle qui sert à évacuer la chaleur.

Le mécanisme central, c'est la sueur. Pendant une vague de chaleur, son évaporation assure 75 % des pertes de chaleur du corps (contre 20 % en temps normal). Ce n'est pas la production de sueur qui rafraîchit — c'est son évaporation. Or le nombre de glandes sudoripares diminue avec l'âge.

La soif, ensuite. L'Assurance maladie rappelle que les personnes âgées ont souvent une sensation de soif retardée et peu marquée. Résultat : des manques d'eau parfois importants, avant la moindre gêne. Les reins fonctionnent souvent moins bien avec les années (Santé publique France parle de « fonction rénale altérée ») — et l'équilibre entre l'eau et le sel devient plus précaire.

Le même document décrit ce décalage de ressenti dans une phrase qui vous concerne directement :

Savoir que, en cas de forte chaleur, quand vous éprouvez un inconfort, la personne âgée, qui ne la perçoit pas encore, est peut-être déjà en difficulté.

Santé publique France, fiche destinée aux médecins, juillet 2024

Les chiffres suivent cette mécanique — et depuis longtemps. En août 2003, la canicule a provoqué environ 15 000 décès supplémentaires en France, selon le rapport de Denis Hémon et Éric Jougla (Inserm) sur la surmortalité liée à la canicule d'août 2003. Cette surmortalité augmentait nettement avec l'âge. Elle touchait davantage les femmes — et surtout les personnes mortes à domicile ou en maison de retraite.

Deux décennies plus tard, le schéma tient — les plus âgés toujours en première ligne. Pendant l'été 2024, Santé publique France a compté plus de 17 000 recours aux soins d'urgence (urgences et SOS Médecins) pour des troubles liés à la chaleur : hyperthermie, déshydratation, baisse du sel dans le sang. Les 75 ans et plus représentaient 52 % des passages aux urgences pour ces troubles.

L'isolement, lui, aggrave tout le reste. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) l'écrit sans détour : l'isolement social « potentialise » tous les facteurs de risque. Or, selon l'Insee Première de février 2025 consacré au mode de vie des 65 ans et plus, 32 % d'entre eux résidaient seuls dans leur logement en 2021. Après 85 ans, 14 % des femmes seulement vivent encore en couple (contre 55 % des hommes).

Ce veuvage au féminin a aussi une facette financière (voir le chemin des femmes vers l'indépendance financière). Pour la chaleur, retenez ceci : si votre mère vit seule, personne ne remarquera à sa place qu'elle n'a rien bu depuis midi.

Main ridée d'une personne âgée, aux veines saillantes, posée sur un vêtement
La soif s'émousse avec l'âge : c'est un signal sur lequel on ne peut plus compter seul.

Pourquoi le danger augmente au fil des jours de canicule

Pour une personne âgée, le premier jour de chaleur est rarement le pire — le danger s'accumule. Quand la chaleur persiste le jour et la nuit, explique Santé publique France, les glandes sudoripares sont stimulées en permanence — et au bout de quelques jours, elles s'épuisent. La production de sueur chute. La température du corps monte, alors que la personne semblait « bien supporter » le début de l'épisode.

Voilà pourquoi le dispositif français raisonne en durée. Chaque année, du 1er juin au 15 septembre, Santé publique France, Météo-France et la Direction générale de la santé surveillent ensemble les épisodes qui justifient une prévention renforcée — les niveaux orange et rouge de la vigilance canicule.

Les nuits comptent autant que les journées. Santé publique France appelle « nuits tropicales » celles où la température ne descend pas sous 20 °C. Pendant l'été 2024, Nice en a enchaîné 57 sans interruption, du 6 juillet au 31 août. Quand la nuit ne rafraîchit plus le logement, les glandes sudoripares restent sollicitées sans pause.

En pratique, relâcher la surveillance au bout de deux jours « parce que tout va bien » est l'erreur à éviter. Si votre parent a bien tenu les premiers jours, c'est après plusieurs jours et nuits de chaleur qu'il faut redoubler d'attention — et après l'alerte, tant que son appartement reste chaud.

Les médicaments qui aggravent la déshydratation et le coup de chaleur

Certains médicaments — souvent des traitements de tous les jours — réduisent la capacité du corps à faire face à la chaleur. Selon la mise au point de l'ANSM sur le bon usage des médicaments en cas de vague de chaleur, ils peuvent aggraver une déshydratation ou un coup de chaleur de plusieurs façons — en perturbant l'équilibre de l'eau et des sels minéraux, en altérant le travail des reins ou en déréglant la régulation de la température. Certains peuvent même provoquer une hyperthermie.

Santé publique France liste les familles à surveiller dans sa fiche aux médecins ; le tableau la reprend sans rien y ajouter.

Famille de médicamentsCe que signale Santé publique France
Diurétiques, inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC), antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II.Ils agissent directement sur le volume de sang.
Antiarythmiques.Cités parmi les traitements cardiovasculaires à surveiller.
Neuroleptiques, antidépresseurs tricycliques, agonistes sérotoninergiques.Vigilance particulière, a fortiori s'ils sont associés à un diurétique.
Médicaments qui altèrent la vigilance (benzodiazépines notamment).Cités parmi les traitements à risque en psychiatrie.
Antiparkinsoniens et antispasmodiques anticholinergiques (digestifs ou urinaires).Listés parmi les médicaments à risque.
Antihistaminiques H1 (surtout les dérivés des phénothiazines).Listés parmi les médicaments à risque.
Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), aspirine comprise.Particulièrement toxiques pour les reins en cas de déshydratation.

Ce tableau ne dit pas « arrêtez ». Il dit « parlez-en ». Santé publique France est explicite : rien ne justifie de réduire ou d'arrêter d'emblée, et systématiquement, un médicament qui peut interagir avec l'adaptation à la chaleur. Le soignant vérifie d'abord que rafraîchissement et hydratation sont en place — puis évalue l'état d'hydratation.

L'ANSM ajoute un point qu'on oublie : aucun médicament sans avis médical, y compris ceux vendus sans ordonnance. Le cachet « contre le mal de tête » n'a rien d'anodin quand il s'agit d'un anti-inflammatoire.

Avant la chaleur : préparer le logement et les papiers

La prévention la plus efficace se prépare avant la première alerte. Santé publique France cite les logements les plus difficiles à rafraîchir : dernier étage, logement mansardé, toit plat, grandes baies vitrées, mauvaise isolation, absence de volets ou de stores. S'y ajoute l'environnement très urbain — asphalte, pas d'ombre, aucun lieu frais accessible dans la journée.

La liste suivante vaut une visite un samedi de juin.

  • Repérer la pièce la plus fraîche et y installer un fauteuil, un verre, une carafe.
  • Vérifier que volets, stores ou rideaux épais ferment vraiment les fenêtres au soleil.
  • Prévoir un ventilateur ou un éventail, et un vaporisateur (Santé publique France préfère ceux du repassage ou des plantes aux brumisateurs sous pression, trop coûteux).
  • Poser près du téléphone une feuille bien visible avec les coordonnées des personnes référentes : famille, médecin traitant, auxiliaire de vie, service de soins.
  • Rassembler au même endroit les dernières ordonnances, analyses et comptes rendus.
  • Glisser des sorbets au congélateur (plus riches en eau que les glaces).

Ces papiers ont l'air administratifs — le jour où les secours arrivent, ils donnent en trente secondes les traitements et la personne à prévenir.

Ces préparatifs ne relèvent plus de l'exception : l'été 2024 s'est classé au 8e rang des plus chauds depuis 1900 (derrière notamment 2003 et 2022), selon Météo-France cité par Santé publique France. Si ces étés brûlants nourrissent chez vous une inquiétude plus large, lisez notre guide sur l'éco-anxiété et les moyens d'agir à son échelle.

Petite boîte à pilules ouverte, tenue d'une main, à côté d'un verre d'eau et d'un smartphone
Pilulier, verre d'eau, téléphone à portée de main : le nécessaire de la journée rassemblé au même endroit.

Le registre des personnes vulnérables de la mairie : qui peut s'inscrire et comment

Chaque mairie tient un registre nominatif des personnes âgées et handicapées qui vivent chez elles et souhaitent être contactées en cas de risque exceptionnel — la canicule en fait partie. Créé après la canicule de 2003, il obéit aujourd'hui aux articles R121-2 à R121-12 du Code de l'action sociale et des familles. Son seul objet : permettre aux services sociaux et sanitaires de joindre les inscrits dans le cadre du plan d'alerte et d'urgence.

Peuvent y figurer, à condition de vivre à leur domicile :

  • les personnes de 65 ans et plus ;
  • les personnes de plus de 60 ans reconnues inaptes au travail ;
  • les adultes handicapés qui perçoivent certaines prestations ou une pension d'invalidité.

L'inscription est volontaire — personne n'est inscrit d'office. La personne elle-même (ou la personne chargée de sa protection juridique) peut la demander par tout moyen : formulaire de la mairie, courrier, appel, courriel. Si c'est vous, l'enfant, qui faites la démarche, la règle change. L'article R121-6 du Code de l'action sociale et des familles précise : « Lorsqu'elle émane d'un tiers, la demande d'inscription est faite par écrit. »

Le registre contient peu de choses — identité, adresse, téléphone, service à domicile, personne à prévenir — et ceux qui y ont accès sont tenus au secret professionnel. Le maire accuse réception sous huit jours. Il informe la personne qu'elle peut s'opposer à son inscription, ou demander sa radiation, à tout moment.

Ce que votre parent y gagne ? Selon Santé publique France, se signaler à la mairie permet aux services sociaux d'organiser des visites régulières (par des bénévoles ou des professionnels) en cas de forte chaleur. Les modalités concrètes varient d'une commune à l'autre — demandez-les au moment de l'inscription.

Pendant la canicule : les gestes à domicile, du matin au soir

Les consignes de Santé publique France suivent une logique simple : empêcher la chaleur d'entrer, aider le corps à l'évacuer, ne pas s'exposer pour rien — ici sur une journée type.

Tôt le matin. Ouvrir grand et provoquer des courants d'air tant que l'air extérieur est plus frais que l'intérieur. C'est aussi le moment de sortir — avant 11 heures.

Dès que l'extérieur devient plus chaud. Fermer fenêtres, volets et rideaux des façades au soleil. Oublier le four et les appareils qui chauffent. Rester dans la pièce la plus fraîche et renoncer aux activités fatigantes (courses, jardinage, bricolage).

Aux heures chaudes. Si le logement ne peut pas être rafraîchi, passer au moins deux ou trois heures par jour dans un endroit frais, voire climatisé (grand magasin, cinéma). Porter des vêtements amples, légers et clairs, en coton. Santé publique France note d'ailleurs que les personnes âgées craignent souvent d'ôter leur gilet — celui de Jacqueline n'avait rien d'exceptionnel.

Plusieurs fois par jour. Se mouiller la peau : un gant humide sur le visage, le cou, les bras et les jambes, de l'eau vaporisée, et (si la mobilité le permet) une douche fraîche sans se sécher. Puis favoriser l'évaporation par un léger courant d'air. Chez une personne qui transpire peu, le ventilateur sert donc surtout sur une peau humidifiée.

Le soir et la nuit. Rouvrir dès que la température extérieure repasse sous celle du logement. Reporter les sorties après 21 heures.

Ventilateur de table métallique, vu de face sur fond blanc
Le ventilateur rafraîchit en accélérant l'évaporation : il donne le meilleur de lui-même sur une peau humidifiée.

Faire boire une personne âgée sans tomber dans l'excès

« Boire sans attendre d'avoir soif » — tout le monde connaît la consigne. C'est justement celle que les personnes âgées suivent le moins, puisque la soif ne vient pas. Le portail national d'information pour les personnes âgées le dit en une phrase : « La sensation de soif diminue avec l'âge. » Santé publique France donne un repère — environ 1,5 litre d'eau par jour — à condition de continuer à manger normalement.

Pourquoi manger ? Parce que la sueur fait perdre de l'eau — et du sel. Une personne âgée qui boit beaucoup sans s'alimenter risque une hyponatrémie de dilution (une baisse du taux de sodium dans le sang). Quand la fonction rénale est altérée, Santé publique France estime même qu'il s'agit davantage de prévenir cette hyponatrémie que la déshydratation. D'où la consigne : fractionner les repas si l'appétit manque, garder du pain et des soupes au menu.

Varier les sources d'eau aide beaucoup chez quelqu'un qui « n'aime pas l'eau ». Santé publique France cite le thé ou le café frais (avec modération), le sirop très dilué, les soupes froides, les compotes, les sorbets, les yaourts — et les fruits et légumes riches en eau : pastèque, melon, fraises, pêches, tomates, concombre. Un détail que j'aime beaucoup : un yaourt hydrate aussi bien qu'un verre d'eau.

Deux pièges demandent de l'attention. Les boissons glacées : la soif s'atténue plus vite quand on boit très froid (mieux vaut frais que glacé). L'alcool, qui altère la lutte contre la chaleur et favorise la déshydratation. Reste un sujet délicat, que la fiche invite à aborder franchement — l'incontinence urinaire, qui pousse certaines personnes âgées à limiter ce qu'elles boivent sans oser le dire.

Verre d'eau entouré de fruits d'été — figues, citrons, pomme, prunes — sur un tissu de pique-nique
Un verre d'eau et des fruits à portée de main : manger aussi hydrate, à condition de garder ce qui plaît.

Protéger un parent à distance : appels, relais et visites

Vous ne pouvez pas toujours être sur place — et ce n'est pas un manquement. Ce qui protège votre parent pendant une canicule, c'est un réseau : des appels réguliers, une ou deux personnes capables de passer vite, des professionnels prévenus. Santé publique France range l'isolement social parmi les facteurs de risque individuels — chaque lien compte.

Le ministère de la Santé en fait une consigne à part entière dans ses recommandations en cas de vague de chaleur, mises à jour le 17 juin 2025 : « S’organiser avec les membres de sa famille, ses voisins pour rester en contact tous les jours avec les personnes âgées, isolées ou fragiles. Ce geste d’aide mutuelle peut s’avérer décisif. »

Les appels d'abord. Pendant la vague de chaleur, appelez au moins une fois par jour, à heure fixe. Et remplacez « ça va ? » (la réponse sera toujours oui) par des questions qui appellent des faits.

  • « Qu'avez-vous bu depuis ce matin ? »
  • « Il fait combien, dans la chambre ? »
  • « Les volets sont fermés côté soleil ? »
  • « Qu'avez-vous mangé à midi ? »
  • « Vous êtes allée aux toilettes aujourd'hui ? »

La dernière question n'a rien de déplacé : l'absence d'urine depuis cinq heures est l'un des premiers signes d'alerte. Écoutez aussi la voix : une élocution plus lente, des réponses à côté, une confusion inhabituelle — envoyez quelqu'un tout de suite.

Les relais comptent autant : un voisin avec un double des clés, un gardien, une aide à domicile, l'infirmière qui passe déjà. Prévenez-les que vous comptez sur eux et laissez-leur votre numéro. Avec l'accord de sa mère, la fille de Jacqueline a envoyé sa demande écrite à la mairie dès le lendemain ; nous avons convenu que je frapperais chez sa mère chaque fin d'après-midi, tant que durerait la chaleur.

Enfin, les ressources publiques. Canicule info service répond au 0800 06 66 66 — un numéro ouvert uniquement pendant les périodes de fortes chaleurs, gratuit depuis un poste fixe, de 9 h à 19 h. Dans les départements touchés, la préfecture ouvre aussi un numéro d'information (lieux publics rafraîchis, notamment).

Avec des frères et sœurs, répartissez appels et passages à l'avance. Quand l'organisation crispe, les principes de communication qui marchent vraiment dans le couple se transposent assez bien à une fratrie. Et si vous portez tout, seule, surveillez aussi votre fatigue : notre état des lieux de la santé mentale des femmes et des solutions concrètes aide à repérer le moment où il faut demander du relais.

Femme d'une quarantaine d'années au téléphone près d'une porte vitrée, le regard préoccupé
Un appel quotidien à heure fixe, avec des questions précises, quand on vit loin de son parent.

Les signes d'alerte : déshydratation, épuisement, coup de chaleur

Chez une personne âgée, les signes liés à la chaleur sont souvent discrets — voire trompeurs. Santé publique France retient quatre premiers signaux (un seul suffit à alerter) : une perte de poids, des crampes, l'absence d'urine depuis cinq heures, un malaise ou un étourdissement au lever. Le portail national pour les personnes âgées y ajoute des urines foncées, une confusion, une agitation, une fatigue ou des chutes répétées.

Le tableau suivant reprend les trois situations décrites par l'Assurance maladie dans sa page sur les soins urgents en cas de canicule.

SituationSignes décrits par l'Assurance maladieQue faire
Déshydratation.Au début : soif, lèvres sèches, fatigue anormale. Ensuite : soif intense, bouche sèche, yeux creusés, peau froide et pâle, urines rares, désorientation, vertiges.Faire boire, installer au frais, rafraîchir. Le 15 en cas de troubles de la conscience, de refus ou d'impossibilité de boire, ou de coloration anormale de la peau.
Épuisement dû à la chaleur.Faiblesse, maux de tête, troubles de la vision, vertiges, nausées ou vomissements, respiration rapide, transpiration excessive, changement de comportement. Température entre 38 et 40 °C, parfois normale chez la personne âgée.Allonger au frais, mouiller et éventer la peau, faire boire, fractionner les repas, et consulter rapidement le médecin traitant.
Coup de chaleur.Température égale ou supérieure à 40 °C, troubles de la conscience marqués (perte de connaissance, convulsions, délire, voire coma), chute importante de la tension artérielle.Appeler immédiatement le 15 ou le 112.

Une nuance importante : Santé publique France rappelle aux médecins que les signes de déshydratation sont « peu spécifiques » chez la personne âgée. Un parent plus confus, plus somnolent — ou qui chute sans raison apparente — pendant une canicule est possiblement déshydraté. Selon l'ANSM, un arrêt de la transpiration peut s'ajouter aux signes du coup de chaleur.

Thermomètre médical numérique tenu en main, affichant 38,4 °C
Entre 38 et 40 °C avec faiblesse, vertiges ou nausées, on pense à l'épuisement dû à la chaleur. À 40 °C et plus, peau sèche, c'est le 15.

Coup de chaleur : quand appeler le 15 et que faire en attendant

Le coup de chaleur est une urgence vitale, pas une fatigue sévère. L'ANSM précise qu'il s'installe très vite (en une à six heures) et qu'il peut être fatal en moins de 24 heures sans prise en charge rapide. Il associe une hyperthermie brutale — au-delà de 40 °C — à des troubles neurologiques : délire, hallucinations, convulsions, coma.

Appelez le 15 (ou le 112) sans attendre si votre parent a une température très élevée, une peau chaude et sèche, s'il est confus, tient des propos incohérents, ne répond plus normalement ou convulse. En cas de doute, appelez quand même : c'est le médecin régulateur qui évalue la situation — pas vous.

En attendant les secours, l'Assurance maladie recommande de :

  • mettre la personne dans un endroit frais ;
  • lui retirer ses vêtements ;
  • l'asperger d'eau fraîche ou poser des linges mouillés sur son corps ;
  • faire circuler l'air (ventilateur, éventail) ;
  • lui donner à boire.

Une précaution de bon sens s'ajoute à cette liste : on ne fait boire qu'une personne bien consciente, qui avale sans difficulté.

Le lendemain, la fille de Jacqueline m'a dit qu'elle s'en voulait de ne rien avoir « senti » au téléphone. Elle n'avait rien à sentir — sa mère elle-même ne sentait rien. La protection d'un parent âgé repose sur des gestes et des questions précises, pas sur l'intuition.

Alors ce soir, avant la prochaine vague de chaleur, faites trois choses. Notez le numéro d'un voisin de votre parent. Vérifiez que la feuille des contacts est bien près de son téléphone. Et après en avoir parlé avec lui, envoyez à sa mairie, par écrit, la demande d'inscription au registre.

Questions fréquentes

À partir de quel âge est-on considéré comme à risque pendant une canicule ?

Le registre de la mairie s'adresse aux 65 ans et plus vivant à domicile (et aux plus de 60 ans reconnus inaptes au travail). Le risque grimpe avec l'âge : en 2024, près des trois quarts des décès attribués à la chaleur concernaient des 75 ans et plus. Maladies chroniques, perte d'autonomie, médicaments et isolement ajoutent chacun un risque.

Mon père refuse de s'inscrire sur le registre de la mairie : que faire ?

L'inscription est volontaire : votre père peut s'y opposer ou demander sa radiation à tout moment. Respectez son choix, et tissez un filet autrement — un appel quotidien à heure fixe, un voisin avec un double des clés, l'aide à domicile si elle existe.

Combien d'eau une personne âgée doit-elle boire pendant une canicule ?

Santé publique France donne un repère d'environ 1,5 litre d'eau par jour, sans attendre d'avoir soif, en continuant à manger normalement pour compenser le sel perdu. Soupes, compotes, yaourts et fruits riches en eau comptent aussi. Si un médecin a prescrit une restriction d'eau, c'est à lui d'indiquer comment l'adapter.

Un ventilateur suffit-il à protéger une personne âgée de la chaleur ?

Non. Le ventilateur aide surtout en accélérant l'évaporation de l'eau sur la peau — Santé publique France conseille de l'associer à des linges humides ou à de l'eau vaporisée. Si le logement reste très chaud, rien ne remplace deux ou trois heures par jour dans un lieu frais ou climatisé.

Faut-il arrêter ou réduire certains médicaments pendant une canicule ?

Non, pas de sa propre initiative. Diurétiques, traitements de la tension ou psychotropes demandent une vigilance accrue — mais une réduction ou un arrêt ne se décide jamais d'emblée ni systématiquement. Demandez un point au médecin traitant ou au pharmacien, avant l'été si possible.

Que faire si mon parent ne répond pas au téléphone pendant une vague de chaleur ?

Rappelez une fois, puis activez votre relais le plus proche : le voisin ou le gardien qui a un double des clés. Si personne ne peut passer rapidement et que vous craignez un malaise, n'attendez pas le lendemain. Appelez le 15 ou le 112 en précisant qu'il s'agit d'une personne âgée seule, sans nouvelles, pendant une canicule.

Sources