C'était un soir de mars 2023, j'avais décidé de regarder un film seule avec une bouteille de rouge entamée, et j'ai passé quarante minutes à faire défiler les catalogues de streaming. Il y avait des centaines de titres, et aucun ne me donnait envie. À un moment, j'ai tapé « réalisatrices » dans la barre de recherche, par curiosité. La page s'est remplie de films que je connaissais de nom, sans les avoir jamais vus. J'ai cliqué sur La Leçon de piano de Jane Campion, Palme d'or trente ans plus tôt. J'ai pleuré, et ce n'était pas de la tristesse : plutôt de la colère d'avoir attendu si longtemps.
Cette sélection, je l'ai construite sur deux ans de visionnages, sans quota ni case à cocher : chaque film y est parce qu'il vaut la soirée, et chacun a été réalisé par une femme dont on devrait toutes et tous connaître le nom.
Pourquoi parler de réalisatrices maintenant
Le chiffre d'abord, parce qu'il est parlant : en 2023, 25 % des films d'initiative française agréés ont été réalisés uniquement par des femmes, selon les chiffres clés de l'Observatoire de l'égalité femmes-hommes du CNC. Un film sur quatre. Du côté des plus gros succès du box-office américain, la part tombe encore : le rapport Inclusion in the Director's Chair de l'USC Annenberg Inclusion Initiative compte 12 % de femmes parmi les cinéastes des 100 plus grosses recettes du box-office nord-américain de 2023, et 6 % sur dix-sept ans, de 2007 à 2023. Ce n'est pas faute de talent.
Et le calendrier s'y prête. Le Festival de Cannes a ouvert sa 78e édition cette semaine avec Partir un jour, premier long-métrage d'Amélie Bonnin, et la liste officielle de la compétition 2025 compte sept films de réalisatrices en lice pour la Palme d'or, dont Alpha de Julia Ducournau, Die My Love de Lynne Ramsay et La Petite Dernière de Hafsia Herzi. Sept. Quand on sait que trois femmes seulement ont remporté la Palme d'or de toute l'histoire du Festival, ça donne envie de réviser ses classiques avant le palmarès.
L'histoire du cinéma est pleine de réalisatrices ignorées, mal distribuées, ou dont les œuvres ont été attribuées à des collaborateurs masculins. Alice Guy, qui tournait des films pour Gaumont avant la fin du XIXe siècle, a mis des décennies à être reconnue. Ida Lupino a dû cofonder sa propre société de production à la fin des années 1940 pour tourner ses films à Hollywood.
Parler de réalisatrices en 2025, c'est surtout tomber sur des façons de raconter qu'on croise trop rarement : Akerman qui filme plus de trois heures de gestes ménagers, Sciamma qui fait d'un regard toute une histoire d'amour. Ici, le critère est la personne derrière la caméra, pas le sujet du film : pour les films qui parlent de corps, de pouvoir et de droits, ma sélection de films féministes prend le relais.
Les films fondateurs de réalisatrices, de Germaine Dulac à Chantal Akerman
La Souriante Madame Beudet — Germaine Dulac (1923)
Trente-six minutes, muet, et une héroïne que la fiche du film à la Cinémathèque française décrit « avide de liberté », face à un mari brutal. Monsieur Beudet a une manie : poser sur sa tempe un revolver vide, pour plaisanter. Un soir, sa femme le charge. Dulac filme les rêves de Madame Beudet autant que ses journées, et le film est souvent cité parmi les premiers films féministes du cinéma. Si tu n'as jamais vu de muet, commence par celui-là.
Meshes of the Afternoon — Maya Deren (1943)
Court-métrage expérimental, un quart d'heure, noir et blanc. Une femme, une maison, un couteau, une clé, un miroir. Deren a posé des bases du cinéma d'avant-garde américain, et on sent son ombre jusque chez David Lynch. Le film se trouve facilement en ligne.
Le Bonheur — Agnès Varda (1965)
On surnomme souvent Varda la grand-mère de la Nouvelle Vague, alors qu'elle venait plutôt du groupe dit Rive gauche, avec Resnais et Marker. Le Bonheur est son film le plus dérangeant : un mari comblé qui aime deux femmes à la fois, filmé dans des couleurs pastel éblouissantes. Plus tu le regardes, moins tu sais si tu dois être horrifiée ou touchée. C'est voulu.
La Leçon de piano — Jane Campion (1993)
Palme d'or à Cannes en 1993 : pour la première fois de l'histoire du Festival, la Palme revient à une réalisatrice. Il faudra attendre près de trente ans et Julia Ducournau pour la deuxième. Ada, muette depuis l'enfance, arrive en Nouvelle-Zélande avec son piano. Ce qui se passe ensuite, c'est du cinéma pur : désir, pouvoir, silence, peau. Holly Hunter, Harvey Keitel, Anna Paquin enfant.
Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles — Chantal Akerman (1975)
Plus de trois heures sur une veuve qui fait le ménage, cuisine des pommes de terre, reçoit des clients (elle se prostitue). Aucun effet spectaculaire. Aucun dialogue mémorable. Et pourtant : en 2022, plus de 1 600 critiques, programmateurs, conservateurs et universitaires l'ont placé en tête du classement Sight and Sound des plus grands films de tous les temps. C'est la première fois en soixante-dix ans qu'un film de réalisatrice arrive premier. Akerman avait à peine 25 ans quand elle l'a tourné.
Le cinéma français par des femmes
Claire Denis — Beau Travail (1999) et Trouble Every Day (2001). Denis fait partie des cinéastes français les plus importants, tous genres confondus : Beau Travail est d'ailleurs septième du classement Sight and Sound 2022 des plus grands films de tous les temps. Une relecture de Billy Budd de Melville, avec des légionnaires à Djibouti — l'un des films les plus beaux jamais tournés. La dernière scène, avec Denis Lavant, est inoubliable.
Céline Sciamma — Portrait de la jeune fille en feu (2019). Prix du scénario à Cannes, nommé aux BAFTA, acclamé partout. Une peintre et son modèle dans la Bretagne du XVIIIe siècle. Un film sur le regard, le désir, la création — filmé avec une précision visuelle qui te coupe le souffle. L'un des plus grands films d'amour des vingt dernières années.
Mia Hansen-Løve — L'Avenir (2016). Isabelle Huppert en professeure de philo qui voit sa vie se restructurer quand son mari la quitte et que sa mère meurt. Hansen-Løve tourne des films sur la vie ordinaire avec une grâce absolue. Bergman Island (2021) est aussi très beau.
Julia Ducournau — Grave (2016) et Titane (2021, Palme d'or). Le body horror français, version viscérale. Ducournau s'attaque au corps, aux transformations, aux identités. Pas pour les âmes sensibles — mais pour tout le monde, franchement. Elle est de retour en compétition à Cannes cette année avec Alpha.
Justine Triet — Anatomie d'une chute (2023, Palme d'or). Une écrivaine jugée pour la mort de son mari, un procès où le couple se déshabille réplique après réplique. Triet est devenue la troisième femme palmée de l'histoire, deux ans après Ducournau. Si tu ne l'as pas encore vu, c'est le film parfait pour un dimanche pluvieux.
Audrey Diwan — L'Événement (2021, Lion d'or à Venise). Adaptation du récit d'Annie Ernaux sur l'avortement clandestin dans la France des années 60. Diwan compte les semaines à l'écran et ne détourne jamais la caméra. Et si le livre t'attire autant que le film, notre sélection de romans de femmes à avoir dans sa bibliothèque prolonge le voyage côté lecture.
Genre, action et thriller au féminin
Un préjugé tenace : les réalisatrices feraient surtout des films « intimistes ». Faux.
Kathryn Bigelow est la première femme à avoir remporté l'Oscar de la meilleure réalisation, en 2010, pour Démineurs (The Hurt Locker) — un film de guerre frontal, tendu, masculin dans ses codes mais brillant dans sa déconstruction. Chloé Zhao (Nomadland) et Jane Campion l'ont rejointe depuis. Zero Dark Thirty (2012), sur la traque de Ben Laden, est tout aussi fort, et plus controversé.
Lynne Ramsay — We Need to Talk About Kevin (2011) et You Were Never Really Here (2017). Du thriller psychologique ultra-sensoriel. Ramsay ne filme pas comme les autres — chaque image est composée comme une peinture, la violence est souvent hors champ, le trauma est dans les détails. Joaquin Phoenix donne dans You Were Never Really Here ce qui est peut-être sa meilleure performance.
Ida Lupino — Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker, 1953). Deux amis partis pêcher en Basse-Californie prennent un auto-stoppeur : c'est un tueur en cavale, et il les garde en otages jusqu'au bout de la route. Un film noir sec, signé par la cinéaste qui avait dû cofonder sa propre société pour tourner.
Jennifer Kent — Mister Babadook (The Babadook, 2014). Depuis la mort de son mari, Amelia n'arrive plus à tenir son fils Samuel, jusqu'au jour où un livre de contes sur un monstre en chapeau haut-de-forme apparaît dans la maison. Le premier long-métrage de l'Australienne est un vrai film d'horreur, qui fait peur, et un portrait du deuil d'une rare dureté. Regarde-le lumière allumée (je ne plaisante qu'à moitié).
Documentaires essentiels réalisés par des femmes
Le documentaire a souvent laissé aux réalisatrices plus de liberté — des budgets plus modestes, moins de studios pour décider à leur place. En tout cas, c'est là que j'ai trouvé certains des films qui m'ont le plus secouée.
Mariana Otero — Histoire d'un secret (2003). Sa mère, peintre, est morte en 1968 des suites d'un avortement clandestin, et la vraie cause du décès lui a été cachée pendant vingt-cinq ans. Otero enquête sur sa propre famille. Du documentaire intime et bouleversant.
Kirsten Johnson — Cameraperson (2016). Une cheffe opératrice monte des images tournées pendant des années, aux quatre coins du monde, pour les films des autres. Le film raconte ce que ça fait de tout voir derrière une caméra, sans pouvoir intervenir.
Waad al-Kateab — Pour Sama (For Sama, 2019, coréalisé avec Edward Watts). Œil d'or à Cannes, BAFTA du meilleur documentaire, nommé aux Oscars. Tourné dans Alep assiégée et adressé à sa fille. Une lettre d'amour filmée en enfer.
Ava DuVernay — 13th (2016, produit par Netflix). L'histoire de l'incarcération de masse des Afro-Américains depuis l'abolition de l'esclavage. Le titre renvoie au 13e amendement de la Constitution américaine, qui a aboli l'esclavage sauf en punition d'un crime : tout le film tire ce fil.
Films récents de réalisatrices à voir (2018-2024)
Ces dernières années ont vu une vraie montée en puissance — en visibilité et en reconnaissance internationale, avec des Palmes, des Lions d'or et des Oscars.
Promising Young Woman — Emerald Fennell (2020)
Oscar du meilleur scénario original. Une jeune femme qui ne s'est jamais remise d'un drame et qui décide de rendre les coups. Un thriller-comédie féministe qui joue avec les codes du genre et te retourne. Carey Mulligan est parfaite. La fin est clivante — certains l'adorent, d'autres la détestent. Je suis dans le premier camp.
The Power of the Dog — Jane Campion (2021)
Netflix. Oscar de la meilleure réalisation pour Campion, près de trente ans après sa Palme. Un rancher brutal dans le Montana, son frère doux, une femme fragilisée, un jeune homme qui arrive. Ce que Campion fait avec la masculinité toxique et le désir réprimé est du niveau de ses meilleurs films.
Aftersun — Charlotte Wells (2022)
Premier long-métrage. Paul Mescal et Frankie Corio en père et fille pendant des vacances en Turquie. En apparence, rien. En profondeur : un portrait de la dépression d'un père qui te poursuit pendant des semaines. Le rôle a valu à Paul Mescal sa première nomination à l'Oscar du meilleur acteur.
Past Lives — Celine Song (2023)
Une histoire d'amour entre une Coréenne installée à New York et son premier amour resté à Séoul. Le film tient en trois rencontres étalées sur vingt-quatre ans. Nommé à l'Oscar du meilleur film, et c'était mérité.
All We Imagine as Light — Payal Kapadia (2024)
Grand Prix à Cannes en 2024. Deux infirmières à Mumbai : un film sur la solitude, la féminité, la ville. C'est la cinéaste dont j'attends le prochain film avec le plus d'impatience.
Quel film de réalisatrice choisir selon ton humeur
- Envie de pleurer devant quelque chose de beau → Past Lives (Celine Song) ou Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma)
- Envie d'être bousculée, mise mal à l'aise → Promising Young Woman (Emerald Fennell) ou Titane (Julia Ducournau)
- Envie de grande histoire, de souffle épique → La Leçon de piano ou The Power of the Dog (Jane Campion)
- Envie d'un film de procès qui te tient jusqu'au bout → Anatomie d'une chute (Justine Triet)
- Envie d'un film pudique qui reste longtemps → Aftersun (Charlotte Wells)
- Envie d'un documentaire qui secoue → Pour Sama (Waad al-Kateab) ou 13th (Ava DuVernay)
- Envie de découvrir une cinéaste complète → Cléo de 5 à 7 puis Le Bonheur (Agnès Varda)
- Envie d'un thriller haletant → We Need to Talk About Kevin (Lynne Ramsay)
Et si le canapé finit par te lasser, nos idées de sorties du week-end qui changent du resto-ciné te donneront de quoi varier les soirées.
Où trouver les films de réalisatrices : MUBI, HENRI, Letterboxd
MUBI est LA plateforme que j'ouvre en premier pour le cinéma d'auteur : le catalogue tourne, mais Akerman, Denis ou Varda y reviennent régulièrement.
Letterboxd regorge de listes d'utilisateurs consacrées aux réalisatrices, avec des critiques souvent plus fines qu'on ne l'imagine.
Les Cahiers du cinéma (France) et Sight and Sound (Royaume-Uni) sont les deux références pour la critique ciné sérieuse — les deux publient régulièrement des dossiers sur les réalisatrices.
HENRI, la plateforme en ligne de la Cinémathèque française, propose des films rares en ligne : le bon endroit pour partir à la recherche des pionnières du muet.
Et si tu as envie d'en parler après, le principe d'un club de lecture marche très bien pour un ciné-club entre amis : notre guide pour créer et animer un club de lecture s'adapte sans effort aux films.
Questions fréquentes
Quelles réalisatrices ont remporté l'Oscar de la meilleure réalisation et la Palme d'or ?
Trois femmes ont remporté l'Oscar de la meilleure réalisation : Kathryn Bigelow pour Démineurs en 2010, Chloé Zhao pour Nomadland en 2021 et Jane Campion pour The Power of the Dog en 2022. Trois ont remporté la Palme d'or : Jane Campion pour La Leçon de piano en 1993, Julia Ducournau pour Titane en 2021 et Justine Triet pour Anatomie d'une chute en 2023. Jane Campion est la seule à avoir obtenu les deux.
Pourquoi y a-t-il si peu de réalisatrices sur les gros films ?
Les facteurs le plus souvent avancés : des habitudes d'embauche qui confient les gros budgets à des profils déjà établis, souvent masculins, peu de femmes aux postes qui décident du financement, et des stéréotypes tenaces sur ce que « les femmes savent filmer » (l'intime, pas l'action). En France, l'édition 2024 de l'Observatoire de l'égalité femmes-hommes du CNC relève, au cinéma comme en fiction télé, un moindre accès des réalisatrices aux œuvres à gros budget. Aux États-Unis, l'USC Annenberg Inclusion Initiative suit la part des réalisatrices sur les 100 plus gros succès du box-office nord-américain de chaque année depuis 2007.
Y a-t-il des festivals ou prix dédiés aux réalisatrices ?
Oui, plusieurs. En France, le Festival international de films de femmes de Créteil est l'un des plus anciens du genre. À New York, il y a l'Athena Film Festival. Côté prix, le Women Film Critics Circle aux États-Unis. Mais la tendance va plutôt vers la place des réalisatrices dans les sélections principales des grands festivals : à Cannes cette année, sept films de la compétition sont signés par des femmes.
Où regarder des films de réalisatrices en streaming ?
MUBI est la référence pour le cinéma d'auteur. Netflix a produit The Power of the Dog de Jane Campion et 13th d'Ava DuVernay. Pour les raretés et les pionnières, HENRI, la plateforme en ligne de la Cinémathèque française, vaut le détour. Et Meshes of the Afternoon de Maya Deren se trouve facilement en ligne.
Quel est le plus gros succès commercial d'une réalisatrice ?
Pour un film réalisé par une femme seule, c'est Barbie de Greta Gerwig (2023) : plus de 1,44 milliard de dollars de recettes mondiales selon Box Office Mojo. En comptant les coréalisations, La Reine des neiges 2 (2019), coréalisé par Jennifer Lee et Chris Buck, fait à peine mieux, avec plus de 1,45 milliard de dollars selon les chiffres de Box Office Mojo pour La Reine des neiges 2. Mamma Mia! de Phyllida Lloyd (2008) et Wonder Woman de Patty Jenkins (2017) avaient déjà prouvé, avant ces deux-là, qu'un film réalisé par une femme pouvait remplir les salles du monde entier.
Agnès Varda faisait-elle partie de la Nouvelle Vague ?
Varda est souvent associée à la Nouvelle Vague — et son film La Pointe courte (1955) est considéré par beaucoup de critiques comme un précurseur direct du mouvement. Mais elle n'en a jamais vraiment fait partie : trop indépendante, trop personnelle, loin des réseaux des Cahiers du cinéma, dominés par des hommes. La critique l'a plutôt rangée dans le groupe dit « Rive gauche », avec Alain Resnais et Chris Marker. La nuance compte.
Les films réalisés par des femmes sont-ils « meilleurs » pour les femmes ?
Pas nécessairement — et ce serait réducteur de le penser. Ce que les films de réalisatrices offrent souvent, c'est un regard différent sur des expériences universelles, et parfois des personnages féminins qui échappent aux clichés. Mais un homme peut aimer profondément Portrait de la jeune fille en feu, et une femme peut trouver Jeanne Dielman too much. Ce sont des films pour tout le monde. Point.
Sources
- CNC — Observatoire de l'égalité femmes-hommes : chiffres clés (mars 2024)
- CNC — Observatoire de l'égalité femmes-hommes (édition 2024)
- USC Annenberg Inclusion Initiative — Inclusion in the Director's Chair (janvier 2024)
- Festival de Cannes — La Palme d'or
- Festival de Cannes — Les films de la Sélection officielle 2025
- BFI — Résultats du classement Sight and Sound 2022
- Box Office Mojo — Barbie (2023)
- Box Office Mojo — Frozen II (2019)
- Cinémathèque française — La Souriante Madame Beudet (Germaine Dulac, 1923)