Salle de cinéma vide aux rangées de fauteuils rouges, face à un grand écran blanc

Films féministes incontournables : le cinéma qui fait avancer les choses

87 euros. C'est ce que j'ai payé pour six mois de pilule contraceptive, le mois où j'avais changé de mutuelle. Le remboursement n'avait pas encore suivi. 87 euros. J'avais 26 ans, un CDI mais pas encore de confort financier, et ce chiffre m'a clouée sur place devant le comptoir de la pharmacie. Ce soir-là, j'ai regardé 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu pour la première fois — un film roumain de 2007 sur un avortement clandestin. Et là, ça a fait tilt : ces histoires — le corps, le pouvoir, le droit de décider — avaient leur place exactement là, à l'écran.

Cette sélection réunit des films qui parlent de pouvoir, de corps et de travail. Pour chacun, tu trouveras le contexte et, quand on peut le documenter, ce qu'il a fait bouger hors de la salle. Le 8 mars est passé, les discours aussi. Les films, eux, restent — et tu peux en voir un ce soir.

Qu'est-ce qu'un film féministe, vraiment ?

Un film féministe interroge les structures de pouvoir genrées : il les montre, les critique ou en propose d'autres. Une héroïne qui se bat ne suffit pas.

Cette grille de lecture ne date pas d'hier. Les études de cinéma l'utilisent depuis l'essai de Laura Mulvey « Visual Pleasure and Narrative Cinema », paru dans la revue Screen à l'automne 1975. On colle pourtant l'étiquette « féministe » à tout film où une femme cogne, gagne ou quitte un homme. Ça suffit ? Non. Ce qui compte, c'est ce que le film fait du pouvoir, et la façon dont il filme les femmes qui le subissent.

Un film peut être réalisé par un homme et être féministe (Thelma & Louise de Ridley Scott). Un film peut être réalisé par une femme et reproduire des stéréotypes. Le féminisme au cinéma est une question de regard : ce qu'on décide de montrer, et comment. C'est le seul critère de cette liste — le propos du film, pas le genre de la personne derrière la caméra.

Salle de cinéma vide aux rangées de fauteuils rouges, face à un grand écran blanc
Le cinéma féministe ne se réduit pas aux héroïnes fortes — c'est une question de regard et de structures représentées.

Films féministes de référence, de Norma Rae à Portrait de la jeune fille en feu

Thelma & Louise — Ridley Scott (1991)
Le plus cité, et pour de bonnes raisons. Deux femmes fuient un système qui les a broyées et prennent la route. La liberté, la violence, la solidarité entre elles : ce road trip reste aussi pertinent plus de trente ans plus tard. Susan Sarandon et Geena Davis sont parfaites. La fin est un choix courageux pour un film grand public.

Norma Rae — Martin Ritt (1979)
Sally Field en ouvrière textile qui monte un syndicat dans le Sud des États-Unis, dans les années 1970. Elle y a gagné l'Oscar de la meilleure actrice, et ce n'était pas volé. La scène où elle se dresse sur sa table de travail avec un carton « UNION », tu la reconnaîtras tout de suite — et elle a une origine réelle. En 1973, Crystal Lee Sutton, 33 ans, pliait des serviettes chez J.P. Stevens, en Caroline du Nord, pour 2,65 dollars de l'heure (mère de trois enfants, seize ans d'usine derrière elle). Licenciée pour son engagement syndical, elle est montée sur une table avec son carton. Autour d'elle, les machines se sont arrêtées. En 1974, le syndicat a obtenu le droit de représenter 3 000 salariés dans sept usines de Roanoke Rapids.

Silkwood — Mike Nichols (1983)
Meryl Streep en Karen Silkwood, technicienne dans une usine de plutonium de l'Oklahoma, qui dénonce les négligences de son employeur. Les faits sont réels — et ils font encore froid dans le dos. Le 13 novembre 1974, Karen Silkwood, 28 ans, meurt dans un accident de voiture alors qu'elle allait retrouver un représentant syndical et un journaliste du New York Times. Son père a ensuite poursuivi Kerr-McGee, qui a fini par transiger pour 1,3 million de dollars.

Portrait de la jeune fille en feu — Céline Sciamma (2019)
Un film sur le regard. Qui a le droit de regarder, qui est regardée — et ce que devient le désir entre deux femmes quand la société le nie. La scène autour du feu est peut-être la plus belle métaphore féministe de la décennie. Si tu ne l'as jamais vu, c'est lui que je te mettrais entre les mains en premier.

Deux femmes dans un cabriolet décapoté, la conductrice vue de dos, la passagère penchée sur le dossier, le menton posé sur ses bras
Deux femmes en cabriolet, prêtes à partir : plus de trente ans après, Thelma & Louise (1991) a fixé cette image de la liberté prise au volant.

Films féministes en français : L'Événement, La Vie d'Adèle, Jeanne Dielman

L'Événement — Audrey Diwan (2021)
Adapté du livre d'Annie Ernaux (si tu ne l'as jamais lue, elle figure dans notre sélection de romans de femmes à avoir dans sa bibliothèque). France, 1963. Anne, étudiante brillante, tombe enceinte et cherche à avorter à une époque où c'est illégal. Lion d'or à Venise en 2021. Diwan filme le corps de si près que ça met mal à l'aise — c'est voulu. Le film sort en salles en France le 24 novembre 2021. Six jours plus tard, l'Assemblée nationale adopte en deuxième lecture la loi qui a porté le délai légal d'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse. Elle est promulguée le 2 mars 2022. Voir Anne se battre seule pendant que les députés débattaient encore de l'IVG, ça donnait au film une résonance particulière.

La Vie d'Adèle — Abdellatif Kechiche (2013)
Palme d'or à Cannes. Une adolescente se découvre et tombe amoureuse d'une autre femme. Le film est controversé : pour le regard très masculin porté sur ses scènes de sexe, et parce que les deux actrices ont critiqué publiquement les conditions de tournage. Il reste un film rare sur le désir féminin, et il a porté une histoire d'amour entre deux femmes au sommet du palmarès cannois. À regarder avec un œil critique sur sa propre fabrication.

Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles — Chantal Akerman (1975)
Akerman filme le travail domestique d'une femme avec l'attention qu'on réservait aux batailles ou aux discours politiques. C'est un acte politique en soi. Près de cinquante ans plus tard, la critique lui a donné raison. En décembre 2022, le classement décennal Sight and Sound du British Film Institute l'a hissé à la première place des plus grands films de tous les temps. C'est une première pour un film réalisé par une femme en 70 ans d'histoire du classement (il était 36e en 2012). Attention quand même — ce n'est pas un film grand public : 3 h 21 de plans fixes.

Jeune femme filmant en extérieur avec une caméra sur trépied, équipée d'un micro et d'une lampe
Une caméra posée au plus près du sujet : L'Événement et Jeanne Dielman filment le corps et les gestes d'une femme sans détourner le regard.

Rage et résilience : films qui font avancer les choses

Promising Young Woman — Emerald Fennell (2020)
Oscar du meilleur scénario original. Cassie n'est plus tout à fait la même depuis qu'un drame est arrivé, des années plus tôt. Le film parle du consentement, de la complicité masculine et de la façon dont on traite les victimes. Il le fait avec une précision chirurgicale et un sens du style qui rendent l'argument très difficile à balayer.

Monster — Patty Jenkins (2003)
Aileen Wuornos a tué sept hommes en 1989 et 1990, avant d'être exécutée en Floride en 2002. Pour l'incarner, Charlize Theron s'est transformée physiquement — méconnaissable, vraiment — et elle a remporté l'Oscar de la meilleure actrice. Le film ne cherche pas d'excuse à ses crimes — tu ne trouveras aucune complaisance ici. Il montre une femme que la rue et la justice ont usée jusqu'à la rupture.

The Handmaid's Tale, saison 1 — série créée par Bruce Miller d'après Margaret Atwood (Hulu, 2017)
Une série et pas un film, je sais. Elle montre une Amérique où les femmes fertiles sont réduites à des reproductrices. Reed Morano a réalisé les premiers épisodes, et les capes rouges à coiffe blanche des servantes sont vite sorties de l'écran (même sans avoir vu la série, tu les reconnais). Le 20 mars 2017, des militantes habillées en servantes assistent en silence, au Sénat du Texas, à un débat sur deux textes liés à l'avortement. Heather Busby, de NARAL Pro-Choice Texas, avait eu l'idée en voyant des comédiens promouvoir la série au festival South by Southwest. La tenue s'est ensuite montrée dans l'Ohio, le Missouri, à New York et à Washington. La suite de la série est inégale, mais la première saison est du cinéma politique au sens fort.

North Country — Niki Caro (2005)
Inspiré de l'histoire de Lois Jenson, embauchée en 1975 dans une mine de fer du Minnesota. Charlize Theron encore, face à des collègues qui harcèlent les rares femmes du site — tu vas serrer les dents. Le procès est réel. Jenson v. Eveleth Taconite est devenu le premier recours collectif pour harcèlement sexuel jugé par un tribunal fédéral américain. Il a fallu attendre fin 1998 pour un accord : 3,5 millions de dollars, partagés entre quinze plaignantes. Vingt-trois ans après l'embauche de Lois Jenson.

Manifestante tenant une pancarte en carton : « Le féminisme n'a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours »
La colère de la rue et celle de l'écran se répondent : de Thelma & Louise à Promising Young Woman, un cinéma de la rage et de la résilience.

Films féministes sur le corps, le désir et l'avortement

4 mois, 3 semaines, 2 jours — Cristian Mungiu (2007)
Le film de mon soir à 87 euros. Bucarest : Otilia et Gabita, deux étudiantes, ont rendez-vous dans une chambre d'hôtel avec un certain M. Bebe, qui doit faire avorter Gabita en secret. La fiche du film sur le site du Festival de Cannes le résume en quelques lignes, sans rien dire de la tension qui tient jusqu'au dernier plan. Le film remporte la Palme d'or de la 60e édition, en 2007, et c'est Jane Fonda qui la remet à Mungiu (oui, la Jane Fonda de 9 to 5).

Mustang — Deniz Gamze Ergüven (2015)
Turquie. Cinq sœurs, une journée innocente au bord de la mer avec des garçons, et la réaction de leur famille. Le corps des filles y devient un espace de contrôle familial et social. C'est l'un des plus beaux films de la décennie, nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Never Rarely Sometimes Always — Eliza Hittman (2020)
Une adolescente de Pennsylvanie doit aller jusqu'à New York pour avorter. Aucun discours, aucune explication : juste la réalité documentaire de ce que ça implique. La scène dans le centre de planning familial — les questions, les « never, rarely, sometimes, always » — est l'une des plus fortes du cinéma américain récent.

Le sujet n'a rien perdu de son actualité. Depuis la loi constitutionnelle du 8 mars 2024, c'est écrit dans l'article 34 de la Constitution : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ». Et ailleurs ? Pour le tableau pays par pays, lis notre état des lieux des droits des femmes dans le monde, avancées et reculs compris.

Contre le système : films qui dénoncent les structures

La Favorite — Yorgos Lanthimos (2018)
Angleterre, début du XVIIIe siècle. Trois femmes, une reine, la cour. Lanthimos montre le pouvoir féminin comme un jeu brutal — manipulation, désir, survie. Olivia Colman, Rachel Weisz et Emma Stone sont toutes les trois extraordinaires (mention spéciale aux lapins de la reine), et aucune n'est là pour être aimable. Tant mieux.

9 to 5 — Colin Higgins (1980)
Dolly Parton, Jane Fonda, Lily Tomlin : trois employées de bureau qui finissent par séquestrer leur patron sexiste. C'est une comédie, et c'est aussi l'un des films les plus précis sur le sexisme au travail. La scène où le patron énumère ses travers (sexiste, égocentrique, menteur, hypocrite) et où Violet confirme d'un seul mot vaut à elle seule le visionnage. Le film vient d'un vrai mouvement, lancé au début des années 1970 par 9to5, un groupe de secrétaires de Boston. Elles réclament de meilleurs salaires, des promotions et la fin du harcèlement sexuel — la base, en somme. Quarante-cinq ans plus tard, le film n'a pas autant vieilli qu'il aurait dû : l'état des lieux de l'égalité femmes-hommes au travail en 2025 le montre.

Bombshell — Jay Roach (2019)
L'affaire Roger Ailes à Fox News. Le patron de l'une des chaînes d'information les plus puissantes des États-Unis est accusé de harcèlement par des présentatrices. Nicole Kidman, Charlize Theron et Margot Robbie jouent trois femmes qui décident, ou non, de parler. Le film démonte la mécanique du silence institutionnel, scène après scène — tu ne regarderas plus une chaîne d'info de la même façon.

She Said — Maria Schrader (2022)
Jodi Kantor et Megan Twohey, les deux journalistes du New York Times qui ont révélé l'affaire Weinstein. Un thriller journalistique dans la veine de Spotlight, sur ce qu'il faut pour briser des décennies de prédation protégée par le pouvoir. Leurs articles d'octobre 2017 ont valu au New York Times, avec le New Yorker de Ronan Farrow, le prix Pulitzer 2018 du service public. Le jury y salue un journalisme qui a déclenché une prise de conscience mondiale des violences sexuelles faites aux femmes.

The Assistant — Kitty Green (2019)
Une jeune assistante dans une boîte de production (on pense forcément à Weinstein) commence à voir les signes. Le film ne montre jamais directement la violence. Il montre la mécanique qui la rend possible, et ce que coûte le simple fait de poser une question.

Femme vue de dos, seule devant un ordinateur portable dans un bureau plongé dans le noir, éclairée par une lampe
Tard le soir, seule sous une lampe : She Said, The Assistant et Bombshell montrent comment le silence s'organise dans les institutions.

Films féministes sur l'Arabie saoudite, l'Iran et le Sénégal

Wadjda — Haifaa Al-Mansour (2012)
Wadjda, 10 ans, rêve d'un vélo vert, alors que le vélo est mal vu pour les filles. Haifaa Al-Mansour fait passer un propos politique par une histoire d'enfant. C'est le premier long-métrage tourné entièrement en Arabie saoudite, un pays qui n'avait alors presque aucune salle de cinéma, et sa réalisatrice est saoudienne. En 2013, il devient la toute première candidature du pays à l'Oscar du film en langue étrangère.

Persepolis — Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud (2007)
Adapté des bandes dessinées autobiographiques de Satrapi sur son enfance en Iran pendant la révolution islamique. Noir et blanc, dessin épuré, et une fille qui grandit pendant que son pays rétrécit ses possibilités. C'est l'un des grands films d'animation politiques. Et il n'a pas pris une ride.

Atlantique — Mati Diop (2019)
Sénégal. Des ouvriers partent en mer vers l'Europe et disparaissent. Leurs esprits reviennent dans le corps des femmes qui les aimaient (un film de fantômes, oui, et l'un des plus concrets de cette liste). Grand Prix du Festival de Cannes en 2019. Cette année-là, Mati Diop devient la première réalisatrice noire africaine en lice pour la Palme d'or, en 72 ans de festival. Il était temps.

Femmes d'origines différentes serrées les unes contre les autres, une main posée sur l'épaule de leur voisine
Wadjda, Persepolis, Atlantique : trois films qui racontent la vie de femmes en Arabie saoudite, en Iran et au Sénégal.

Ce que les films féministes ont changé : débats et classements

Mesurer l'effet d'un film sur les mentalités, personne ne sait le faire proprement. Ce qu'on peut documenter, c'est le débat qu'un film déclenche. Time a consacré à Thelma & Louise sa couverture du 24 juin 1991, en racontant le débat enflammé que le film déclenchait. She Said, lui, raconte l'enquête journalistique qui a précédé la vague MeToo.

Les classements bougent aussi. En 2022, les critiques interrogés pour le classement Sight and Sound du British Film Institute ont placé Jeanne Dielman de Chantal Akerman en tête de tous les films de l'histoire. Aucun film de réalisatrice n'y était arrivé avant.

Le cinéma féministe ne convainc pas les non-convaincus en un film. Il met des mots sur des mécanismes, et parfois il montre qu'on peut vivre autrement. Il arrive même que ça change quelque chose — ne serait-ce que la conversation que tu auras en sortant de la salle.

Questions fréquentes

Un film réalisé par un homme peut-il être féministe ?

Oui. Le féminisme au cinéma est une question de regard, de traitement et de ce qu'on décide de montrer — pas de la biographie du réalisateur. Thelma & Louise (Ridley Scott), 9 to 5 (Colin Higgins) ou La Favorite (Yorgos Lanthimos) le prouvent : le critère est la perspective adoptée, pas le genre du cinéaste.

Quel est le test de Bechdel et est-il vraiment utile ?

Le test de Bechdel (ou test de Bechdel-Wallace) pose une question simple. Un film contient-il au moins deux personnages féminins nommés, qui parlent entre elles d'autre chose qu'un homme ? Il a été popularisé par un strip de 1985 intitulé The Rule, dans la bande dessinée d'Alison Bechdel Dykes to Watch Out For. Il est utile comme point de départ, mais limité : un film peut le réussir et être sexiste, un film peut l'échouer et être féministe. C'est un outil de conversation, pas un verdict.

Qu'est-ce que le « male gaze » au cinéma ?

Le concept de « male gaze » (regard masculin) vient de Laura Mulvey, dans « Visual Pleasure and Narrative Cinema », publié en 1975 dans la revue britannique Screen. Il décrit la tendance du cinéma dominant à adopter le point de vue d'un spectateur masculin hétérosexuel. Concrètement, la caméra cadre le corps des personnages féminins plutôt que leur regard. Les angles les objectifient — et les récits les définissent par rapport aux hommes. Repérer le male gaze te permet d'analyser comment un film construit le genre.

Où trouver ces films féministes en streaming en France ?

Les catalogues changent chaque mois : vérifie sur JustWatch avant de prévoir ta soirée. Le site indique si un titre est sur une plateforme par abonnement ou seulement en location. Pour le cinéma d'auteur, MUBI reste la plateforme la plus naturelle à explorer.

Le film « Promising Young Woman » est-il vraiment féministe ?

Il est débattu — et c'est intéressant. Ses défenseurs disent qu'il nomme les mécanismes de complicité masculine et traite la question du trauma de façon non conventionnelle. Ses détracteurs jugent sa conclusion ambiguë, voire problématique. Il vaut la peine d'être vu précisément parce qu'il ne donne pas de réponses faciles.

Y a-t-il des films féministes à regarder avec des adolescents ?

Oui. Wadjda d'abord : une héroïne de 10 ans, un vélo, et de quoi discuter longtemps. Persepolis à partir de 13-14 ans, à mon avis. Mustang plutôt à partir de 15 ans, à cause des thèmes de mariage forcé — et à discuter ensuite. 9 to 5 pour quelque chose de plus léger. Pour les plus jeunes, un film d'animation comme Rebelle (Pixar, 2012) propose une héroïne qui refuse le mariage arrangé.

Qu'est-ce que le cinéma féministe intersectionnel ?

Le féminisme intersectionnel (concept développé par la juriste Kimberlé Crenshaw) reconnaît que les oppressions se cumulent — genre, race, classe, handicap, orientation sexuelle. Le cinéma féministe intersectionnel représente ces imbrications. Quelques exemples : Atlantique (Mati Diop) sur les femmes africaines et l'immigration, Moonlight (pas strictement féministe, mais intersectionnel sur la masculinité noire), ou les œuvres d'Ava DuVernay qui croisent race et genre.

Pourquoi le film « Jeanne Dielman » est-il considéré comme féministe ?

Jeanne Dielman est féministe dans son geste de cinéma même. Chantal Akerman filme le travail domestique d'une femme — éplucher des pommes de terre, faire la vaisselle, se laver les mains. Elle lui donne la même attention et les mêmes plans fixes qu'on réservait aux grandes actions « historiques ». Dire que ces gestes comptent et méritent l'écran, c'est un acte politique. Une vie ordinaire de femme vaut qu'on la regarde pendant plus de trois heures. Et quand la routine déraille, en un seul acte, l'effet est dévastateur. En 2022, les critiques interrogés par Sight and Sound l'ont classé meilleur film de tous les temps.

Sources