Femme en robe rouge et chapeau à large bord qui monte un grand escalier de pierre

Met Gala : le thème, le dress code et les invitations expliqués

Mardi 6 mai, 7 h 04. Ton réveil n'a pas encore sonné. Ton téléphone, lui, ne dort plus depuis une heure : 52 messages non lus dans le groupe WhatsApp des copines. Tu ouvres un œil. Rihanna, ventre arrondi sous une mini-veste, chapeau large comme une roue de vélo. Un homme avec — tu relis deux fois — un piano sur le dos. Une robe blanche dont la traîne dévale tout l'escalier. Puis la question, tapée à 6 h 58 : « Attendez, c'était quoi le thème ??? »

Dans mon groupe à moi, c'est Pauline qui l'a posée (trois points d'interrogation, donc vraiment perdue). Clara a répondu « les costumes ». Sophie a répondu « le dandysme ». J'ai répondu « les deux » — ce qui était exact et ne l'aidait pas du tout. Pendant ce temps, le fil défilait — des capes, des cannes, onze chapeaux, un cigare. Quatre personnes réveillées. Zéro grille de lecture.

C'est tout le paradoxe du Met Gala vu de France. L'événement se joue le lundi soir à New York (donc en pleine nuit pour nous), et on le découvre au petit-déjeuner, en vrac, sans la notice. Résultat : on note des tenues comme on noterait des copies sans avoir lu le sujet. Or le Met Gala a un sujet — deux, même — des règles strictes et une raison d'être que presque personne ne connaît.

Je n'ai jamais monté ces marches (et je ne les monterai sans doute jamais : je regarde les défilés en livestream, pas du premier rang). Mais à force de décortiquer les photos chaque premier lundi de mai, j'ai compris comment la machine tourne. Voici le mode d'emploi — puis une méthode pour lire une tenue, avec l'édition du 5 mai 2025 comme cas pratique.

Jeune femme allongée dans son lit au petit matin, qui regarde l'écran de son téléphone
Le mardi matin, le Met Gala arrive par le téléphone : des dizaines de photos, et pas la moindre notice.

Le Met Gala, c'est quoi exactement ?

Le Met Gala est d'abord une collecte de fonds. Son nom officiel — le Costume Institute Benefit — dit tout : c'est la soirée de bienfaisance du Costume Institute, le département mode du Metropolitan Museum of Art de New York. Selon le communiqué du Met qui présente l'édition 2025, le gala a lieu chaque premier lundi de mai. Il fournit au département sa principale source de financement annuel (expositions, publications, acquisitions, fonctionnement, travaux).

Les stars ne montent donc pas les marches pour une remise de prix. Il n'y a ni trophée, ni jury, ni catégorie « meilleure robe ». Elles viennent inaugurer une exposition : chaque gala ouvre la grande exposition de printemps du Costume Institute, et c'est elle qui donne son thème à la soirée.

Pourquoi un musée a-t-il besoin d'une soirée pareille ? Parce que sa collection de mode est immense — et fragile. Le Costume Institute conserve plus de 33 000 objets : sept siècles de vêtements et d'accessoires pour hommes, femmes et enfants, du XVe siècle à nos jours. Les textiles sont trop sensibles pour être montrés en permanence — l'exposition de printemps est donc le moment où une partie de la collection sort des réserves.

On parle souvent des « Oscars de la mode » (le Met cite aussi les surnoms d'Oscars de la côte Est et de Super Bowl de la mode). La comparaison tient pour l'écho médiatique, pas pour le fonctionnement. Aux Oscars, on récompense des films. Au Met, on finance un musée — et chaque invité répond à une consigne vestimentaire. Rien à voir non plus avec le fonctionnement des Fashion Weeks, où l'on montre une collection aux acheteurs.

Façade à colonnes corinthiennes du Metropolitan Museum of Art, sous un ciel bleu
La façade du Metropolitan Museum, sur la Cinquième Avenue : le seul tapis rouge qui mène à une exposition.

D'où vient le Met Gala ?

Le Met Gala est né en 1948, sous la forme d'un souper de minuit à 50 dollars la place. L'historique publié par le Met en attribue l'idée à Eleanor Lambert, reine des relations presse de la mode new-yorkaise. Elle l'avait baptisé la fête de l'année. Le but n'a pas changé — financer le Costume Institute et fêter son exposition annuelle.

Le Costume Institute, lui, naît en 1937 sous le nom de Museum of Costume Art, puis rejoint le Metropolitan en 1946 — avec l'argent de l'industrie de la mode. Dès l'origine, la mode paie donc pour entrer au musée — et le Costume Institute devient un département à part entière en 1959.

Le tournant mondain arrive avec Diana Vreeland, arbitre du goût légendaire, consultante du Costume Institute de 1972 à sa mort, en 1989. Sous son règne, le gala devient une grande fête pour le monde mondain et celui de l'art. Jacqueline Kennedy Onassis le copréside en 1977 et 1978, Pat Buckley de 1979 à 1995.

En 1995, Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue, prend la coprésidence (elle siège aujourd'hui aussi au conseil d'administration du Met). Elle ne l'a plus lâchée, à deux exceptions près (1996 et 1998). Sous sa houlette, la soirée mondaine attire le cinéma, la musique, le sport et les affaires — au point de devenir, selon le musée, l'une des collectes de fonds les plus visibles au monde. En 2014, les espaces rénovés du département ont même rouvert sous le nom d'Anna Wintour Costume Center.

Seule vraie interruption récente : en 2020, la soirée a été mise en suspens (crise sanitaire), et l'édition 2021 s'est tenue en septembre. Côté public, le pari paie : Heavenly Bodies (2018, la mode et l'imaginaire catholique) a attiré plus de 1,65 million de visiteurs. C'est l'exposition la plus visitée de l'histoire du Met.

Thème et dress code : quelle différence ?

Le thème, c'est le titre de l'exposition. Le dress code, c'est la consigne donnée aux invités. Cette distinction explique à elle seule la moitié des débats du mardi matin. En 2025, le thème s'appelle Superfine: Tailoring Black Style. Le dress code : « Tailored for You » — littéralement, taillé pour toi.

Le Met décrit la mécanique noir sur blanc. Chaque année, le dress code s'inspire du thème de l'exposition et renvoie à des idées qu'elle explore. Celui de 2025 fait signe vers le costume et le vestiaire masculin (silhouettes, tissus, accessoires). Il doit guider les invités tout en les poussant à interpréter — guider sans enfermer, tout le sel du Met Gala est là.

Pourquoi deux étiquettes ? Le thème donne le fond (une histoire, une époque, une idée) ; le dress code donne une porte d'entrée concrète aux stylistes. En 2025, la porte était large — un costume, une veste, une cravate, une canne, un chapeau.

L'édition 2024 montre ce qui arrive quand les deux étiquettes tirent chacune de leur côté. L'exposition, Sleeping Beauties: Reawakening Fashion, réunissait environ 250 pièces d'archives, certaines si fragiles qu'elles ne pourront plus jamais être portées. Le dress code, The Garden of Time, venait d'une nouvelle de J. G. Ballard parue en 1962 (le temps, la fragilité, les fleurs). Dans l'interview donnée à l'émission Today le jour du gala 2024, Anna Wintour a reconnu avoir semé beaucoup de confusion avec ce duo. Et elle s'en est excusée.

Qui décide ? Le musée. Le thème 2025 a été choisi principalement par Andrew Bolton, conservateur en chef du Costume Institute, selon le magazine Time. Et tout se prépare très tôt : d'après Anna Wintour, les équipes travaillent sur chaque gala deux ou trois ans à l'avance.

Main de tailleur qui prend les mesures d'une veste de costume noire sur un buste, chemise et cravate déjà en place
Tailored for You : le dress code 2025 renvoie au sur-mesure, de la coupe au choix du tissu.

Superfine, le thème 2025 : c'est quoi, le dandysme noir ?

Superfine: Tailoring Black Style raconte l'histoire du style noir, du XVIIIe siècle à aujourd'hui, à travers une figure : le dandy. L'exposition s'inspire d'un livre de 2009, Slaves to Fashion: Black Dandyism and the Styling of Black Diasporic Identity. Son autrice, Monica L. Miller, dirige les Africana Studies du Barnard College (université Columbia). Elle est commissaire invitée, aux côtés d'Andrew Bolton.

Le dandysme noir, alors ? La fiche explicative de Radio-Canada y voit une « réponse culturelle et politique à des siècles d’oppression des Noirs ». Apparu dès l'esclavage comme un geste d'affirmation, le mouvement se développe dans le Harlem des années 1920 — le costume impeccable y devient un symbole de résistance et de dignité. Dans le communiqué du Met, Monica L. Miller résume : le dandysme peut paraître frivole, mais il bouscule souvent les hiérarchies sociales et culturelles.

Et le titre ? Superfine désigne d'abord une qualité de tissu (la laine superfine). La commissaire lui donne un second sens : une attitude, le fait de se sentir particulièrement bien dans son corps, dans des vêtements qui disent qui l'on est. Porter du superfine et être superfine : c'est ainsi qu'elle résume l'exposition.

L'exposition est présentée au Met Fifth Avenue du 10 mai au 26 octobre 2025 (galerie 999, deuxième étage). Elle compte douze sections, chacune consacrée à un trait de ce style : Ownership, Presence, Distinction, Disguise, Freedom, Champion, Respectability, Jook, Heritage, Beauty, Cool et Cosmopolitanism. Le cadre vient d'un essai de l'écrivaine Zora Neale Hurston paru en 1934.

Les six premières sections sont surtout historiques ; les six suivantes couvrent le XXe siècle et notre époque. On y croise Julius Soubise, dont le style bousculait les normes du Londres du XVIIIe siècle. Ou Ellen et William Craft — un couple réduit en esclavage, enfui de Géorgie jusqu'à Philadelphie en 1848 — dans la section Disguise, consacrée au vêtement qui cache autant qu'il révèle. Une tête de mannequin s'inspire même d'André Grenard Matswa, considéré comme le premier sapeur d'une communauté née au Congo dans les années 1920 (oui, la Sape).

Andrew Bolton souligne un autre point : c'est la première exposition du département consacrée au vestiaire masculin depuis plus de vingt ans. La précédente, Men in Skirts, date de 2003, rappelle le décryptage du Met Gala 2025 par Numéro. Selon Andrew Bolton, cité par Numéro, c'est la disparition d'André Leon Talley — figure de Vogue US, mort en 2022 — qui a allumé l'étincelle du projet.

Le contexte politique pèse lourd. Le thème tombe au moment où Donald Trump, revenu au pouvoir, supprime les fonds fédéraux des initiatives en faveur de la diversité, rappelle la dépêche de l'AFP reprise par Le Devoir. Anna Wintour y déclare que l'exposition, planifiée « il y a de nombreuses années », « prend une nouvelle importance et une nouvelle raison d’être ».

Portrait en noir et blanc d'un jeune homme noir en veste de costume sombre, chemise blanche et nœud papillon, le regard tourné de côté
Veste sombre, chemise blanche, nœud papillon : dans le dandysme noir, le soin du détail vestimentaire est une manière d'affirmer qui l'on est.

Qui est invité au Met Gala, et qui paie ?

On n'achète pas une place au Met Gala : on y est invité. Les billets ne sont pas vendus au public, et la liste reste secrète jusqu'à l'arrivée des célébrités sur le tapis, rappelle un article de Today consacré au prix d'une place au Met Gala. Invitation ne veut pas dire gratuité — bien au contraire.

En 2025, une place individuelle coûte 75 000 dollars — un montant confirmé par le Met à CBS News (le New York Times avance le même, selon l'AFP). En 2024, une table de dix partait de 350 000 dollars. Ce sont en général des entreprises, surtout des maisons de mode, qui achètent les tables et y placent les célébrités de leur choix, d'après l'Associated Press. Traduction : une actrice habillée par une maison a de bonnes chances de dîner à sa table.

Combien sont-ils ? Environ 450, selon Vogue cité par Today (l'Associated Press parlait de 400 personnes en 2024). Chaque nom est arrêté des mois à l'avance — le plan de table commence dès décembre.

Chaque édition a ses coprésidents, qui servent d'ambassadeurs. En 2025, autour d'Anna Wintour : l'acteur Colman Domingo, le pilote Lewis Hamilton, le rappeur A$AP Rocky et Pharrell Williams. Ce dernier dirige les collections homme de Louis Vuitton — la maison qui a rendu possibles l'exposition et le gala. LeBron James devait être président d'honneur. Blessé au genou, il a déclaré forfait.

En 2025, le Met a relancé une vieille tradition, le comité d'hôtes (host committee) : une vingtaine de personnalités, d'André 3000 à Simone Biles en passant par Chimamanda Ngozi Adichie, Grace Wales Bonner ou Olivier Rousteing. Le dîner était confié au chef Kwame Onwuachi, qui a grandi dans le Bronx.

La soirée rapporte gros : le directeur du Met, Max Hollein, annonçait 31 millions de dollars pour 2025 — un record dans l'histoire du gala, selon les chiffres du musée repris par Today.

Quelles sont les règles du Met Gala ?

La règle la plus célèbre tient en un mot : pas de téléphone. Une fois à l'intérieur, les invités doivent respecter une politique sans téléphone, et très peu de photos sont autorisées, rapporte Today. Anna Wintour défend ce choix au nom de la conversation. Ce qu'elle aime, disait-elle en 2024, c'est entendre des invités raconter après le dîner qu'ils ont eu des échanges formidables. La preuve — selon elle — que la vie existe sans photo au téléphone.

Deuxième règle, plus inattendue : ni oignon, ni ail, ni ciboulette au menu. Interrogée en direct sur Today en mai 2024, Anna Wintour a confirmé ce bannissement. Son explication ? Elle n'aime pas particulièrement ces trois ingrédients. (Côté pratique, personne ne rêve d'un voisin de table qui sent l'ail quand on porte trois mois de broderies.)

Troisième règle : le secret. La liste des invités reste confidentielle jusqu'au tapis, et l'intérieur du musée échappe presque entièrement aux objectifs. Ce que tu vois le mardi matin, c'est donc surtout l'escalier — en 2025, un tapis bleu nuit parsemé de jonquilles, sous une pluie diluvienne, raconte Numéro.

La quatrième règle n'est écrite nulle part, mais tout le monde la connaît : on joue le jeu. Le dress code n'est pas une suggestion. Un smoking noir tout simple quand la consigne demande une interprétation ? À côté de la plaque dès le lendemain — pour la presse, les réseaux et ton groupe WhatsApp.

Table dressée avec bougies hautes, verres à pied et un bouquet aux tons cuivrés
Le dîner du Met Gala se déroule loin des objectifs : pas de téléphone, et ni oignon, ni ail, ni ciboulette au menu.

Comment lire une tenue du Met Gala en cinq questions ?

Une tenue du Met Gala se lit comme une réponse au thème et au dress code. Voici la grille que je sors chaque mardi matin — cinq questions, dans cet ordre, avant de décider si j'aime ou pas.

1. Qu'est-ce que la tenue cite ?

Au Met, presque toutes les tenues réussies renvoient à quelqu'un ou à quelque chose. En 2025, la référence la plus partagée était une personne, André Leon Talley (la cape de Colman Domingo, l'éventail de Tessa Thompson). Si tu ne vois pas la référence, cherche-la. C'est souvent là que la tenue prend son sens.

2. La tenue répond-elle au dress code ?

« Tailored for You » demandait du tailoring. Une robe du soir sans rien de coupé, de structuré ou d'emprunté au vestiaire masculin répond mal à la consigne — même sublime en photo. L'inverse existe : un costume parfait qui ne raconte rien coche la case sans répondre au thème.

3. Qui l'a faite ?

Le nom du créateur fait partie du message. En 2025, choisir Grace Wales Bonner, Ruth E. Carter ou Ugo Mozie, c'était mettre en avant des créateurs noirs le soir d'une exposition sur le style noir. Une grande maison qui habille dix invités — c'est autre chose — raconte surtout sa propre puissance.

4. Quel détail porte le sens ?

Souvent un accessoire : des cauris brodés, une broche, une canne, des noms sur une traîne, un éventail. Zoome. Sur une photo en pied, le détail disparaît. C'est pourtant lui qui sépare un beau costume d'une vraie réponse au thème.

5. Qu'est-ce que la tenue dit de la personne ?

Les meilleures tenues relient le thème à une histoire personnelle : une histoire de famille (les noms brodés sur la traîne de Diana Ross), des origines (le boubou en jacquard de Guillaume Diop). Quand la réponse est « rien », la tenue peut être très belle et rester muette.

Cinq cases cochées, c'est un grand moment de Met Gala. Deux cases, ça peut être magnifique — pas une grande tenue de Met Gala. Nuance.

Met Gala 2025 : quelles tenues ont vraiment joué le thème ?

Colman Domingo a livré la lecture la plus complète — à mes yeux, en tout cas. Coprésident de la soirée, il est arrivé en Valentino sur mesure, drapé dans une cape bleu électrique plissée. C'était un hommage à André Leon Talley, premier directeur de la création afro-américain de Vogue, rappelle l'AFP. Puis la cape est tombée sur un trois-pièces mêlant pois, fleurs et carreaux. Référence, dress code, détail, mise en scène — tout y est.

Lewis Hamilton, tout juste rentré du Grand Prix de Miami, portait un ensemble blanc de Grace Wales Bonner. Numéro y lit plusieurs messages. Les cauris brodés renvoient aux anciennes monnaies d'Afrique de l'Ouest — les perles, aux objets de culte. L'ensemble évoque les portraits d'hommes noirs vêtus de blanc peints par Barkley L. Hendricks (la question 4 de la grille, au millimètre).

Diana Ross a transformé sa traîne en arbre généalogique : une robe blanche d'Ugo Mozie, prolongée de cinq mètres de tissu brodé des noms de ses enfants et petits-enfants. Pour moi, c'est la réponse la plus émouvante de la soirée à la question 5. Zendaya, elle, a joué la sobriété apparente dans un costume crème de Louis Vuitton signé Pharrell Williams, avec des clins d'œil au zoot suit des années 1940 et au fedora de Diana Ross dans Mahogany — deux lectures que Numéro détaille.

Teyana Taylor avait confié sa tenue à Ruth E. Carter, costumière oscarisée : chaînes argentées, gilet cintré, canne, chapeau à plume, cape rougeoyante dessinée de roses. Mon avis : la tenue la plus lisible de la soirée, parce que chaque accessoire répond à une question de la grille. Gigi Hadid portait une robe Miu Miu inspirée, selon Numéro, d'une création de Zelda Wynn Valdés pour Joséphine Baker. Côté français, le danseur étoile Guillaume Diop — nouveau venu au gala — portait une cape Valentino en jacquard qui évoque un boubou, en référence à ses origines sénégalaises.

Les autres images qui ont inondé les téléphones ? Doechii en Louis Vuitton, veste courte, short et gros cigare. André 3000, la réplique d'un piano sur le dos, « tel un fardeau », écrit l'AFP. Et Rihanna, arrivée très en retard en Marc Jacobs, qui a profité de la soirée pour dévoiler sa troisième grossesse (A$AP Rocky l'a confirmée sur les marches).

InvitéCréateurCe que la tenue raconte
Colman DomingoValentinoHommage à André Leon Talley.
Lewis HamiltonWales BonnerCauris, perles, portraits de Barkley L. Hendricks.
Diana RossUgo MozieTraîne brodée des noms de sa famille.
ZendayaLouis VuittonZoot suit et fedora de Mahogany.
Teyana TaylorRuth E. CarterCanne, chapeau à plume, cape aux roses.
Guillaume DiopValentinoUn boubou en jacquard, ses origines sénégalaises.
Tapis rouge déroulé sur un escalier intérieur, entre rampes de verre et lumière chaude
Au Met, tout se joue sur l'escalier : c'est presque la seule partie de la soirée que les photographes voient.

Met Gala 2025 : prudence, tenues muettes et polémique, qu'a révélé le thème ?

Tout le monde n'a pas joué le jeu avec la même audace. Pour Numéro, « le tapis bleu a parfois joué la carte de la prudence » : Thom Browne et Marc Jacobs ont largement dominé la soirée, alors qu'on aurait aimé voir, écrit le magazine, « plus de visages racisés derrière les silhouettes ». Quelques exceptions : Wales Bonner pour Lewis Hamilton, Willy Chavarria pour Maluma, Priya Ahluwalia pour Aimee Lou Wood.

Mon avis ? La vraie fausse note de 2025 n'était pas la robe du soir. C'était le costume noir impeccable et muet — celui qui coche « tailoring » sans rien dire du thème. Avant la soirée, des fans craignaient déjà que le dress code serve d'excuse au costume ennuyeux (le magazine Wallpaper s'en faisait l'écho). Sur un thème aussi chargé d'histoire, un smoking bien coupé et rien d'autre, c'est une copie blanche rendue avec une belle écriture.

La polémique de la soirée est venue de Lisa, chanteuse du groupe de K-pop Blackpink, habillée en Louis Vuitton. Selon le récit de la polémique publié par Today, des internautes ont cru reconnaître Rosa Parks parmi les portraits en dentelle de la culotte qui dépassait de son body, et beaucoup ont jugé le choix irrespectueux. Louis Vuitton a répondu que cette dentelle reprend une œuvre de l'artiste américain Henry Taylor, qui représente des personnes ayant compté dans sa vie. Leçon de la question 4 : sur un tapis aussi scruté, un détail mal lu peut éclipser toute une tenue — et l'endroit où l'on place un portrait compte autant que le portrait lui-même.

Quelles tenues ont fait l'histoire du Met Gala ?

Le Met Gala doit sa notoriété mondiale à quelques entrées que tout le monde a en tête. Le Met lui-même garde un faible pour la cape dorée de Guo Pei portée par Rihanna en 2015, pour l'exposition China: Through the Looking Glass. Une couturière chinoise pour un thème sur la Chine, une silhouette impossible à oublier, un mème planétaire : la grille fonctionnait déjà.

Les coulisses de ce gala 2015 ont fait l'objet d'un documentaire. Son titre ? The First Monday in May — le premier lundi de mai. La date est devenue une marque. Parmi les autres souvenirs que le musée met en avant : Sarah Jessica Parker en Oscar de la Renta (2014), Pharrell Williams et Helen Lasichanh en Comme des Garçons (2017), Madonna descendant l'escalier du Grand Hall en chantant Like a Prayer (2018). Et Billy Porter, arrivé en 2019 comme personne d'autre pour Camp: Notes on Fashion.

Comment appliquer la méthode du Met Gala à tes propres dress codes ?

Tu vas forcément recevoir une invitation avec une consigne — « tenue de cocktail », « chic et champêtre », « années folles », « black tie ». La méthode du Met marche parfaitement pour ça.

D'abord, sépare le thème de la consigne. Un mariage « chic et champêtre » a un thème (la campagne, la fête) et une consigne (être élégante sans talons aiguilles dans l'herbe). Ensuite, choisis une seule référence — un seul film, par exemple, comme le costume crème de Zendaya qui faisait écho à Diana Ross dans Mahogany. Puis un seul détail qui la porte, pas trois. Enfin, pose-toi la question 5 : qu'est-ce que ta tenue dit de toi ?

J'ai appris cette dernière question à mes dépens. En 2019, j'ai acheté une robe pour un mariage. Elle cochait le dress code, elle était jolie, elle était de saison. Elle ne disait strictement rien de moi. Je ne l'ai jamais remise (elle attend toujours au fond du placard qu'une occasion l'inspire). Une tenue qui obéit sans raconter, on l'oublie avant le dessert — la personne qui la porte comprise.

Le « Tailored for You » de 2025 se transpose très bien au quotidien. Un tailleur-pantalon bien coupé, une veste structurée sur une robe fluide, une chemise blanche et une broche : le tailoring passe partout, y compris à un mariage, si tu respectes les règles de la tenue d'invitée de mariage. Et pour l'esprit d'un look de tapis rouge sans le budget d'une maison de couture, nos astuces pour copier le style des stars avec un petit budget restent valables.

Portrait d'une femme en veste noire, chemise blanche et cravate, la main sur le col
Le tailoring au quotidien : une veste bien coupée, chemise blanche et cravate répondent à bien des dress codes.

La prochaine fois que ton groupe WhatsApp s'enflamme à 7 heures du matin, pose une seule question avant de voter pour la plus belle tenue : qu'est-ce qu'elle cite ? Le débat change de niveau en deux messages. Et le premier lundi de mai prochain, écris le thème et le dress code sur ton Post-it avant d'ouvrir la moindre photo.

Questions fréquentes

Quand a lieu le Met Gala ?

Le Met Gala se tient chaque année le premier lundi de mai, au Metropolitan Museum of Art de New York. L'édition 2025 a eu lieu le lundi 5 mai. Exceptions récentes : en 2020, la soirée a été mise en suspens à cause de la crise sanitaire ; en 2021, elle s'est tenue en septembre.

Combien coûte une place au Met Gala ?

En 2025, une place individuelle coûte 75 000 dollars, un montant confirmé par le Met à CBS News. En 2024, une table de dix partait de 350 000 dollars. Ces places ne sont pas en vente libre : il faut être invité, et ce sont souvent des maisons de mode qui achètent les tables.

Quelle est la différence entre le thème et le dress code du Met Gala ?

Le thème est le titre de l'exposition de printemps du Costume Institute. Le dress code est la consigne donnée aux invités, inspirée de ce thème. En 2025, le thème était Superfine: Tailoring Black Style, et le dress code « Tailored for You », centré sur le costume et le vestiaire masculin.

Qui choisit le thème du Met Gala ?

Le thème vient du Costume Institute. Celui de 2025 a été choisi principalement par Andrew Bolton, son conservateur en chef, avec Monica L. Miller comme commissaire invitée. Chaque édition se prépare deux à trois ans à l'avance.

Peut-on visiter l'exposition Superfine: Tailoring Black Style ?

Oui. L'exposition est présentée au Met Fifth Avenue, à New York, du 10 mai au 26 octobre 2025, dans la galerie 999 au deuxième étage.

À quoi sert l'argent récolté au Met Gala ?

L'argent finance le Costume Institute, le département mode du Metropolitan Museum : expositions, publications, acquisitions, fonctionnement et travaux. Le gala est sa principale source de financement annuel. L'édition 2025 a rapporté 31 millions de dollars, un record selon le musée.

Sources