Une seule page, pincée sur une planchette en plastique (le stylo est attaché par une cordelette, évidemment). Salle d'attente du cabinet, un jeudi de juin, 17 h 40 : vous remplissez les cases en écoutant d'une oreille la radio posée sur le comptoir de l'accueil. Nom, date de naissance, date des dernières règles. Puis arrive la ligne qui revient à chaque fois — « Contraception actuelle : pilule / stérilet / implant / préservatif / aucune ». Vous cochez « aucune ». Et vous savez déjà comment la suite va se jouer.
Dans le cabinet, la question tombera, avec les meilleures intentions du monde : « Pas de contraception ? Vous avez un projet de grossesse ? » Il y aura ce petit blanc, le temps de choisir entre expliquer que votre compagne s'appelle Solveig ou laisser flotter le malentendu. Parfois, la scène prend un tour plus embêtant. On vous glisse (ou une amie vous a assuré) qu'entre femmes, le frottis « n'est pas vraiment utile ». En préparant cet article, j'ai reçu plusieurs messages de lectrices qui racontaient ce moment presque mot pour mot.
Cette scène est loin d'être rare. Selon les premiers résultats de l'enquête Contexte des sexualités en France 2023 (Inserm, ANRS-MIE), 14,8 % des femmes de 18 à 29 ans déclarent avoir eu au moins une partenaire du même sexe. Pour la première fois, les jeunes femmes en déclarent davantage que les jeunes hommes du même âge (9,3 %). Toutes générations confondues, 8,4 % des femmes de 18 à 89 ans sont dans ce cas.
Juin — le mois des fiertés — est une bonne occasion de remettre les choses à plat. Ce guide s'adresse aux femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes — qu'elles se disent lesbiennes, bisexuelles, pansexuelles, ou qu'elles ne mettent aucun mot dessus. Il parle d'IST, de frottis, de digue dentaire et d'hygiène des sextoys, sans dramatiser. Parce que la prévention, bien comprise, sert d'abord le plaisir.
Entre femmes, « pas de risque » : une idée reçue tenace
L'idée circule depuis longtemps : sans pénis, pas de sperme, donc pas d'infection sexuellement transmissible (IST). C'est faux. Santé publique France l'écrit sans détour sur sa page consacrée à la santé sexuelle des femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes : « Toutes les IST se transmettent lors des rapports sexuels entre femmes, même s'il y a très peu de risque de transmission du VIH/sida. » La même page cite le papillomavirus (HPV), l'herpès et l'infection à chlamydia parmi les infections concernées.
Pourquoi cette idée reçue résiste-t-elle aussi bien ? Une partie de la réponse tient, je crois, à l'organisation même du suivi gynécologique. Pour beaucoup d'entre nous, la consultation de contraception sert de porte d'entrée : on y renouvelle une pilule, on y fait son frottis, on y pose les questions qu'on n'ose pas poser ailleurs. Sans ordonnance à renouveler, ce rendez-vous perd sa raison d'être la plus évidente — et le suivi s'étiole sans que personne ne l'ait décidé. (C'est une interprétation, pas une donnée mesurée.)
L'autre partie de la réponse tient aux soignants. Santé publique France le reconnaît sur la même page : « tous les professionnels de santé ne sont pas formés à la santé sexuelle des femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes ». Outre-Manche, le programme de dépistage du NHS (le service de santé britannique) a consacré une brochure entière au sujet. Il y note que des soignants ont parfois dit à des femmes lesbiennes qu'elles n'avaient pas besoin de dépistage, puisqu'elles n'avaient pas de rapports avec des hommes — et que des femmes l'ont entendu de la bouche d'autres lesbiennes.
Santé publique France le résume en une phrase, sur la même page — à garder en tête pendant toute la lecture : « Les femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes ont besoin d'un suivi gynécologique régulier, exactement comme les femmes qui ont des rapports sexuels avec des hommes. » Ce n'est pas une option de confort. C'est le même socle de prévention, adapté à vos pratiques.
Quelles IST se transmettent entre femmes, et par quels gestes ?
Une IST ne passe pas seulement par la pénétration. Elle circule avec les fluides (sécrétions vaginales, sang des règles). Certains virus, comme le HPV, passent même par simple contact de peau et de muqueuse — au cours de n'importe quelle activité sexuelle. Entre femmes, les voies de passage sont donc multiples : la bouche sur la vulve ou l'anus, les doigts qui vont d'un corps à l'autre, les sextoys partagés, le frottement de deux vulves l'une contre l'autre.
Le sexe oral mérite une attention particulière, parce qu'il occupe souvent une place centrale dans l'intimité entre femmes. La fiche de QuestionSexualité sur les IST transmises par la bouche dresse la liste des infections qui peuvent passer lors d'un rapport bouche-sexe. Elles sont six : hépatite B, syphilis, gonorrhée, chlamydiose, herpès et papillomavirus. Le baiser langoureux, lui, ne transmet pas d'IST — mais il peut transmettre l'herpès labial.
L'herpès illustre bien le piège. Le bouton de fièvre sur la lèvre est dû au virus de l'herpès, et l'herpès figure en toutes lettres parmi les IST qui passent par la bouche. Un cunnilingus pendant une poussée peut donc déposer le virus sur la vulve. Tant qu'un bouton est visible, mieux vaut réserver votre bouche à d'autres caresses (le cou, les épaules et les seins ne manquent pas d'arguments).
Les mains comptent aussi. Le programme de dépistage du NHS cite le transfert de sécrétions vaginales par les mains et les doigts parmi les façons d'être exposée au HPV, au même titre que le sexe oral et le partage de jouets sexuels. Un doigt qui caresse une vulve puis une autre transporte des sécrétions — et avec elles, d'éventuels germes.
Deux situations augmentent le risque. D'abord les règles : « le sang augmente les risques de transmission pour le VIH et les hépatites B et C », précise QuestionSexualité. Ensuite le tribadisme — la position du ciseau, où les deux vulves se frottent l'une contre l'autre —, pour lequel il n'existe aucun moyen de prévention. Santé publique France le déconseille donc pendant les règles, ou si l'une des deux partenaires a une IST. Si vous voulez mieux repérer ces moments, notre guide pour comprendre votre cycle menstruel détaille chaque phase.
Si vous avez aussi des partenaires masculins, deux outils s'ajoutent. Le premier est le traitement post-exposition (TPE). Il concerne une pénétration sans préservatif — ou avec un préservatif qui a craqué — avec un partenaire au statut sérologique inconnu, ou vivant avec le VIH avec une charge virale détectable. Il se prend « le plus vite possible (si possible dans les 4 heures suivant le rapport) et au maximum 48 heures après », aux urgences de l'hôpital ou dans un CeGIDD (centre gratuit de dépistage). Le second, la PrEP (un traitement préventif contre le VIH), se discute avec votre médecin. Et la question de la grossesse revient sur la table : notre guide complet de toutes les méthodes de contraception vous aidera à choisir.
Le frottis vous concerne aussi : le dépistage du cancer du col de l'utérus
Le cancer du col de l'utérus est principalement dû à une infection persistante par un papillomavirus. Ce virus est d'une banalité déconcertante : d'après la Haute Autorité de santé (HAS), qui a revu les modalités du dépistage en 2019, près de 80 % des personnes, hommes et femmes confondus, sont infectées au cours de leur vie. Le plus souvent, l'organisme élimine le virus tout seul. « Mais dans près de 10 % des cas, le papillomavirus persiste. » Et s'il s'agit d'un HPV dit à haut risque, il peut évoluer en cancer.
Le HPV n'a pas besoin d'une pénétration par un pénis pour passer d'une personne à l'autre. Des études menées auprès de femmes lesbiennes et bisexuelles, recensées par le programme de dépistage anglais, ont trouvé entre 3 % et 30 % de participantes porteuses du HPV. Ce n'est donc pas une question d'orientation — c'est une question de col de l'utérus.
En France, le dépistage concerne les femmes de 25 à 65 ans, vaccinées ou non. Il suit deux rythmes selon l'âge :
- De 25 à 29 ans : un examen cytologique (l'analyse des cellules du col au microscope), deux fois à un an d'intervalle, puis tous les trois ans si les résultats sont normaux.
- De 30 à 65 ans : un test HPV à haut risque, trois ans après le dernier examen cytologique normal, puis tous les cinq ans tant que le test est négatif.
Le geste est le même dans les deux cas. Le soignant prélève quelques cellules sur le col avec une petite brosse, lors d'un examen qui ne prend que quelques minutes. Médecin généraliste, gynécologue, sage-femme : tous peuvent le faire, tout comme un centre de santé ou un laboratoire. Depuis janvier 2024, l'Assurance maladie invite elle-même les femmes qui n'ont pas fait leur dépistage dans les délais recommandés. Avec cette invitation (papier ou dans votre compte ameli), l'analyse est prise en charge à 100 % — le prélèvement lui-même l'est à 70 %, le reste étant en général couvert par la complémentaire santé.
Vaccin contre le HPV : où en êtes-vous ?
La vaccination contre les papillomavirus est l'autre protection contre le cancer du col, celle qui agit en amont du dépistage. Santé publique France la recommande explicitement aux femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes. La HAS rappelle que le vaccin (Gardasil 9) a démontré son efficacité sur les lésions précancéreuses et cancéreuses liées aux HPV. Le calendrier vaccinal la prévoit entre 11 et 14 ans, avec un rattrapage jusqu'à 19 ans révolus. Mais le 13 mai 2025, la HAS a recommandé d'étendre ce rattrapage aux jeunes femmes et aux jeunes hommes non vaccinés, jusqu'à 26 ans révolus et quelle que soit leur orientation sexuelle ; la recommandation est adressée au ministère chargé de la Santé, à qui revient désormais la décision.
Si vous avez moins de 27 ans et n'avez pas été vaccinée, parlez-en à votre médecin dès maintenant, à la lumière de cette recommandation. Au-delà, il fera le point sur votre situation. Mais retenez surtout ceci : vaccinée ou non, le frottis reste nécessaire. QuestionSexualité insiste sur l'importance de faire des frottis réguliers « même si vous êtes vaccinée ». Le vaccin réduit le risque. Il ne le supprime pas.
Si vous avez eu plusieurs partenaires, la même page recommande aussi le vaccin contre l'hépatite B, une IST qui peut passer par la bouche comme par le sang. Votre carnet de vaccination (ou votre espace santé en ligne) vous dira où vous en êtes.
La digue dentaire : à quoi elle sert et comment l'utiliser
La digue dentaire est un petit carré de latex très fin (on parle aussi de « digue buccale ») que l'on pose sur la vulve ou sur l'anus avant un cunnilingus ou un anulingus. Elle forme une barrière entre la bouche et les muqueuses. La fiche de QuestionSexualité consacrée à la digue dentaire cite l'herpès génital, la gonorrhée, la syphilis et la chlamydiose parmi les IST dont elle permet d'éviter la transmission.
Son mode d'emploi tient en quatre gestes, décrits par Santé publique France :
- sortir la digue de son emballage et la déplier ;
- appliquer un gel lubrifiant à base d'eau sur la vulve ou sur la zone anale ;
- poser la digue à l'entrée du vagin et sur le clitoris, ou sur l'anus, et la maintenir pendant tout le rapport ;
- la jeter à la poubelle une fois le rapport terminé — jamais dans les toilettes.
Quatre précautions complètent la liste : ne pas déplacer la digue d'une zone à l'autre (de l'anus vers la vulve, par exemple), en changer entre chaque rapport et entre chaque partenaire, vérifier sa date limite d'utilisation et remplacer une digue abîmée. Sans discussion.
Reste la question pratique. La digue dentaire est « beaucoup plus difficile à trouver que les préservatifs », reconnaît QuestionSexualité (comptez environ 8 euros les quatre unités). On la trouve surtout sur Internet, parfois en pharmacie ou dans certains sex-shops. La solution la plus simple consiste à la fabriquer : prenez un préservatif (externe ou interne), déroulez-le, coupez les deux extrémités avec des ciseaux désinfectés, puis fendez-le dans la longueur. Vous obtenez un rectangle que vous posez côté lubrifié contre la peau.
Soyons justes avec la digue : les études sur son efficacité réelle restent rares. L'association britannique Brook (spécialisée dans la santé sexuelle des jeunes) l'écrit noir sur blanc. La digue offre peut-être une certaine protection — mais la recherche manque pour le vérifier, et elle ne remplace pas un dépistage régulier. C'est une barrière logique, recommandée par les autorités de santé françaises, pas une garantie absolue.
Sextoys partagés : hygiène et protection
Les jouets sexuels peuvent transporter des germes d'un corps à l'autre. Et ils sont souvent partagés : dans une cohorte australienne de femmes ayant des relations avec des femmes, suivie pendant deux ans, 72 % des participantes (100 femmes analysées) ont déclaré utiliser des sextoys avec une partenaire. L'étude de l'université Monash publiée en 2019 dans Scientific Reports rappelle que le partage de jouets entre femmes figure parmi les pratiques associées à un risque accru de vaginose bactérienne.
Les règles d'hygiène sont simples. QuestionSexualité recommande de « laver son sextoy à l'eau et au savon après chaque utilisation ». En cas de pénétration avec un jouet partagé, un préservatif protège (externe, posé directement sur le jouet, ou interne), à condition d'en changer entre chaque partenaire. Une précision de QuestionSexualité : jamais les deux à la fois.
La même prudence vaut quand un jouet passe de l'anus au vagin. Parmi les pratiques associées à la vaginose, l'équipe australienne cite d'ailleurs le rapport vaginal qui suit un rapport anal. Changez de préservatif entre les deux zones, ou lavez le jouet avant de changer d'orifice. Le plus simple, pour la pénétration ? Que chacune ait le sien.
Doigts, mains et gants : les gestes qui protègent
Les mains tiennent une grande place dans la sexualité entre femmes, et elles demandent peu de chose. Lavez-les avant, et entre deux corps si vous passez de l'une à l'autre. Des ongles courts et bien limés relèvent du simple confort — une muqueuse n'aime ni les griffures ni les angles vifs.
Pour les pénétrations plus profondes — le fist vaginal ou anal —, QuestionSexualité recommande les gants (en vinyle ou en latex), qui protègent des IST. Le vinyle, qui ne contient pas de latex, convient si vous y êtes allergique. Avec du latex, choisissez un lubrifiant à base d'eau ou de silicone : l'association Brook rappelle que les produits gras, comme la vaseline ou l'huile pour bébé, abîment le latex.
La petite coupure, le bouton ou la gerçure changent aussi la donne. L'association Brook rappelle qu'une plaie, une coupure ou une zone irritée sur les lèvres, dans la bouche, sur les organes génitaux ou sur l'anus peut laisser entrer les infections. Dans ces moments-là, une barrière — gant ou digue — n'a rien d'excessif : c'est simplement la solution la plus pratique.
Vaginose bactérienne : ce qui circule entre partenaires
La vaginose bactérienne est le déséquilibre le plus fréquent de la flore vaginale. Les lactobacilles — ces bactéries protectrices qui dominent un vagin en bonne santé — cèdent la place à d'autres bactéries, dont Gardnerella vaginalis. Elle ne figure pas dans la liste des IST. Elle a pourtant un lien étroit avec la sexualité entre femmes : les estimations citées par l'équipe australienne situent sa fréquence entre 25 % et 52 % chez les femmes qui ont des relations avec des femmes.
L'étude publiée dans Scientific Reports va plus loin. Chez les participantes qui avaient eu un nouveau partenaire sexuel (une femme, le plus souvent), la flore vaginale devenait plus diverse, plus instable — et plus souvent dominée par des bactéries associées à la vaginose. L'équipe y voit un argument microbiologique en faveur d'un échange de bactéries entre femmes pendant les rapports.
Comment la reconnaître ? L'Assurance maladie décrit, dans les vaginites bactériennes, des pertes « fluides, abondantes, grisâtres ou jaunâtres et malodorantes ». Une odeur inhabituelle (surtout après un rapport) doit vous faire consulter. La vaginose se traite. Si elle revient, parlez de votre partenaire au médecin, qui jugera s'il faut l'examiner elle aussi.
Dépistage des IST : quand, où et quoi demander
Beaucoup d'IST passent inaperçues. L'Assurance maladie le rappelle : il n'y a pas toujours de signes visibles. Santé publique France le formule simplement : « Le dépistage des IST est le seul moyen de savoir si vous avez une IST. » L'Assurance maladie le recommande notamment en cas de symptômes, après un rapport non protégé, quand on a plusieurs partenaires ou qu'on vient d'en changer, et avant d'arrêter le préservatif — ou, entre femmes, la digue — avec une nouvelle partenaire.
Depuis septembre 2024, le dispositif « Mon test IST » permet de se faire dépister dans n'importe quel laboratoire de biologie médicale, sans ordonnance et sans rendez-vous. Il couvre cinq infections (VIH, hépatite B, syphilis, gonorrhée, chlamydiose). Avant 26 ans, les cinq dépistages sont pris en charge à 100 %, sans avance de frais. Après 26 ans, seul le dépistage du VIH l'est à 100 %. Les quatre autres sont remboursés à 60 % par l'Assurance maladie, et à 40 % par la complémentaire santé.
Si vous préférez la gratuité et l'anonymat, les centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) restent la bonne adresse. Sida Info Service vous oriente vers le plus proche au 0 800 840 800 (appel gratuit et anonyme). Les centres de santé sexuelle proposent eux aussi des dépistages.
Dites quelles pratiques vous avez : c'est ce qui décide des prélèvements. QuestionSexualité conseille de préciser les rapports bucco-génitaux au professionnel de santé, pour que le dépistage se fasse, si besoin, par un prélèvement dans la bouche, la gorge ou l'anus — en plus du prélèvement vaginal ou de la prise de sang. Sans cette précision, la gorge risque tout simplement de ne pas être prélevée.
Parler de votre sexualité en consultation
Rien ne vous oblige à mentionner votre orientation sexuelle et vos pratiques. C'est pourtant utile : Santé publique France estime que cela aide à rendre le suivi efficace. Quelques mots suffisent, dits dès le début du rendez-vous — « J'ai des relations avec des femmes, je voudrais faire le point sur mon frottis et sur les IST ». Cette phrase oriente toute la suite du rendez-vous. Elle évite les questions à côté.
Tous les soignants ne sont pas formés à ces questions, et il est légitime de chercher quelqu'un qui l'est. La page de QuestionSexualité conseille de prendre l'avis de proches ou d'associations communautaires, et signale plusieurs ressources : la brochure « Tomber la culotte » (pensée pour faciliter les échanges avec un médecin, un gynécologue ou une sage-femme), l'annuaire Gynandco (qui recense des soignant·e·s féministes et lesbo-friendly) et le Check point à Paris, un centre de dépistage et de santé sexuelle lesbo-friendly.
Les professionnels de santé sont tenus au secret médical. Ce qui se dit en consultation reste confidentiel. Et si un soignant a un comportement discriminant, vous pouvez le signaler à SOS homophobie, au Défenseur des droits, à la commission des usagers d'un établissement hospitalier ou à votre caisse d'assurance maladie. Les discriminations liées à l'orientation sexuelle sont illégales et punies par la loi.
Le plaisir au centre : une prévention qui ne coupe pas l'élan
On parle volontiers de prévention comme d'un frein. Entre femmes, elle peut devenir un jeu de plus. Poser une digue, glisser un préservatif sur un jouet, enfiler un gant avec une noisette de lubrifiant : chacun de ces gestes se fait lentement, en se regardant, et prolonge la montée du désir au lieu de l'interrompre.
Le plaisir, lui, ne se résume à aucune pratique en particulier. Il se construit dans la découverte de ce qui fait du bien à chacune : notre guide décomplexé du plaisir féminin et de l'orgasme explore justement ce que le corps a à dire. Et si c'est votre première fois avec une femme, les principes de notre guide pour vivre une première fois sans stress s'appliquent aussi : prendre son temps, parler, vérifier que l'envie est partagée.
Le consentement reste la base de tout. Une pratique qui plaît à l'une peut mettre l'autre mal à l'aise, et chacune peut changer d'avis en cours de route. Dire « pas ce soir » à une digue, à un jouet ou à une caresse n'a rien d'un rejet : c'est une information. La prévention la plus efficace est d'ailleurs celle dont vous avez parlé avant, à froid, plutôt que celle qu'on négocie au dernier moment.
Si vous ne deviez faire qu'une chose après cette lecture, faites celle-ci : retrouvez la date de votre dernier frottis. Si elle remonte à plus de trois ans (ou à plus de cinq ans après 30 ans avec un test HPV négatif), prenez rendez-vous cette semaine — chez votre médecin, votre gynécologue ou une sage-femme.
Questions fréquentes
Peut-on attraper le VIH lors d'un rapport entre femmes ?
Le risque existe mais il est très faible : Santé publique France parle de « très peu de risque de transmission du VIH/sida » entre femmes. Il augmente pendant les règles, parce que le sang favorise la transmission du VIH et des hépatites B et C. Un dépistage du VIH est possible sans ordonnance dans n'importe quel laboratoire, pris en charge à 100 %.
Je n'ai jamais eu de rapport avec un homme : dois-je faire un frottis ?
Oui. Le HPV se transmet par contact lors de n'importe quelle activité sexuelle, y compris entre femmes. Le dépistage concerne les femmes de 25 à 65 ans qui ont un col de l'utérus, quelle que soit leur orientation : examen cytologique entre 25 et 29 ans, test HPV à partir de 30 ans.
La digue dentaire est-elle vraiment indispensable ?
Elle est recommandée par Santé publique France pour le cunnilingus et l'anulingus. Les études sur son efficacité restent rares : elle réduit un risque, elle ne l'annule pas. Dans un couple exclusif, un dépistage à deux permet de décider en connaissance de cause.
Comment nettoyer un sextoy partagé ?
À l'eau et au savon après chaque utilisation, comme le recommande QuestionSexualité. Pour la pénétration avec un jouet partagé, ajoutez un préservatif que vous changez entre chaque partenaire et entre l'anus et le vagin. Suivez aussi la notice du fabricant, qui peut prévoir un entretien propre à la matière du jouet.
J'ai 27 ans et je n'ai pas été vaccinée contre le HPV : est-ce trop tard ?
Le calendrier vaccinal prévoit un rattrapage jusqu'à 19 ans révolus, et la HAS a recommandé en mai 2025 de le porter à 26 ans révolus : à 27 ans, vous êtes au-delà des deux limites. Parlez-en à votre médecin, qui fera le point avec vous. Dans tous les cas, le frottis reste votre meilleure protection : il permet de repérer et de traiter des lésions avant qu'elles n'évoluent.
Ma partenaire a une vaginose bactérienne : suis-je concernée ?
Possiblement. Une étude australienne publiée en 2019 apporte des arguments en faveur d'un échange de bactéries entre femmes pendant les rapports. Si vous avez des pertes grisâtres ou une odeur inhabituelle, consultez. Si la vaginose de votre partenaire revient régulièrement, évoquez la question avec votre médecin.
Sources
- QuestionSexualité (Santé publique France), Santé sexuelle des femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes (FSF) : des spécificités ?
- QuestionSexualité (Santé publique France), Pourquoi utiliser une digue dentaire ?
- QuestionSexualité (Santé publique France), Fellation, cunnilingus, anulingus : peut-on attraper des IST par la bouche ?
- Inserm, ANRS-MIE, Contexte des sexualités en France 2023 : pluralité sexuelle et de genre
- Haute Autorité de santé (2020), Dépistage du cancer du col de l'utérus : le test HPV-HR recommandé chez les femmes de plus de 30 ans
- Haute Autorité de santé (2019), Recommandation sur l'élargissement de la vaccination contre les papillomavirus aux garçons
- Assurance maladie (ameli.fr), Dépistage organisé du cancer du col de l'utérus
- Assurance maladie (ameli.fr), Dépister les IST
- Assurance maladie (ameli.fr), Reconnaître une vaginite
- Plummer E. L. et al. (2019), Sexual practices have a significant impact on the vaginal microbiota of women who have sex with women, Scientific Reports
- GOV.UK (NHS), Cervical screening for lesbian and bisexual women
- Brook, Dental dams
- Haute Autorité de santé (13 mai 2025), Papillomavirus (HPV) : le rattrapage vaccinal recommandé chez les femmes et les hommes jusqu'à 26 ans révolus
- Brook, Oral sex