Mère et fils adolescent assis l'un à côté de l'autre, en pleine conversation

Vapotage chez les ados : risques réels et comment en parler

Samedi, 10 h 20. Agnès, 44 ans, comptable dans un cabinet d'expertise, vide les poches avant de lancer la machine — un réflexe gardé depuis qu'un stylo oublié a teinté tout un tambour de linge blanc. Dans le jean de son fils de 14 ans, elle trouve un ticket de bus, deux pièces de 50 centimes et un petit objet mauve pastel, à peine plus long qu'un surligneur. Une odeur sucrée monte de la poche. Quelque chose entre le bonbon à la fraise et la barbe à papa. Agnès tourne l'objet entre ses doigts et reconnaît une vapoteuse jetable — une « puff ». Pendant que la machine se remplit, une seule question tourne : depuis quand ?

Si vous avez un collégien ou un lycéen à la maison, cette scène vous parle peut-être. Agnès est loin d'être seule : en 2022, un collégien sur cinq avait déjà vapoté, et plus de quatre lycéens sur dix. Et pourtant, la vente de produits du vapotage aux moins de 18 ans est interdite — et les cigarettes électroniques jetables ne peuvent plus être vendues en France depuis le 26 février 2025. Samedi 31 mai, la Journée mondiale sans tabac est justement consacrée aux stratégies qui rendent le tabac et la nicotine attirants pour les jeunes.

Mes deux enfants sont encore loin du collège. Ce guide ne s'appuie donc pas sur un vécu de mère d'ado, mais sur les enquêtes de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), l'avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), les alertes de l'ANSM et les réponses des tabacologues de Tabac info service. Vous y trouverez ce que contient une vapoteuse, ce que l'on sait — et ce que l'on ignore encore — de la nicotine à l'adolescence, ce que dit la loi. Et surtout une façon d'aborder le sujet qui ne ferme pas la porte.

Jean plié tenu à deux mains, poche arrière et couture visibles
La découverte arrive souvent par hasard, au détour d'une lessive ou d'un rangement de chambre.

Ce que contient vraiment une cigarette électronique

Une cigarette électronique chauffe un liquide pour produire un aérosol, que l'on inhale. L'OFDT la décrit comme un dispositif « rechargeable ou jetable » — la puff n'est qu'une version prête à l'emploi, qu'on jette une fois vide. Pas de combustion, donc pas de fumée. Mais une vapeur chargée de ce que contenait le liquide et de ce que la chauffe a produit.

Le liquide (on parle d'e-liquide) repose sur une base de propylène-glycol et de glycérine végétale, parfois avec un peu d'eau ou d'éthanol. S'y ajoutent des arômes — tabac, fruits, bonbons, desserts — et, le plus souvent, de la nicotine. En France, la concentration maximale autorisée est de 20 mg/ml (milligrammes par millilitre). Certains liquides n'en contiennent pas du tout, ce qu'un adolescent mettra volontiers en avant pour vous rassurer.

La réglementation encadre la recette. Un liquide nicotiné ne peut contenir ni vitamines, ni stimulants (caféine, taurine), ni substances classées cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction. Les fabricants déclarent la composition de leurs produits à l'Anses, l'agence sanitaire, qui la rend publique.

Le liquide n'est qu'une partie de l'histoire. Ce que l'on inhale est un aérosol chauffé, et la chauffe transforme certains composés. En décembre 2021, l'Anses a listé les substances susceptibles d'être inhalées en vapotant : 1 775 au total, dont 106 jugées prioritaires en raison de leur danger (formaldéhyde, acroléine ou plomb, par exemple). Cette liste ne dit pas qu'un vapoteur y est exposé à forte dose — elle dit ce qu'il faut mesurer en priorité. Les niveaux d'exposition réels restent à préciser.

Un dernier repère aide à se représenter une puff. Selon un rapport du Comité national contre le tabagisme cité par l'administration, une cigarette électronique jetable délivre entre 600 bouffées (l'équivalent d'environ deux paquets de cigarettes) et 5 000 bouffées.

Six flacons d'e-liquide aux étiquettes colorées, alignés en extérieur
Propylène-glycol, glycérine végétale, arômes et, le plus souvent, nicotine : la recette de base d'un e-liquide.

Combien d'adolescents vapotent en France ?

En 2022, 20,2 % des collégiens et 44,0 % des lycéens avaient déjà vapoté, et la cigarette électronique a dépassé la cigarette de tabac. C'est le constat de l'enquête EnCLASS 2022 de l'OFDT, menée de mars à juin 2022 auprès de 9 566 collégiens et lycéens. L'OFDT l'écrit sans détour : « l'usage de la e-cigarette poursuit sa progression chez les élèves avec, pour la première fois, un usage qui devance celui de la cigarette ».

Au collège, 9,8 % des élèves ont vapoté dans le mois, soit un sur dix. L'usage quotidien, mesuré pour la première fois, concerne 1,4 % des collégiens. Au lycée, l'expérimentation a reculé (44,0 % en 2022, contre 52,1 % en 2018). L'usage régulier, lui, progresse : un lycéen sur quatre (24,2 %) a vapoté dans le mois, et 3,8 % vapotent tous les jours, contre 2,8 % quatre ans plus tôt.

Qui (2022)A déjà vapotéDans le moisTous les jours
Collégiens20,2 %9,8 %1,4 %
Lycéens44,0 %24,2 %3,8 %
Jeunes de 17 ans56,9 %30,7 %6,2 %

À 17 ans, l'enquête ESCAPAD de l'OFDT (23 701 jeunes interrogés en mars 2022) confirme la tendance. 56,9 % ont déjà essayé la cigarette électronique. L'usage quotidien a triplé en cinq ans — de 1,9 % à 6,2 %. Et la première bouffée arrive plus tôt : à 15,0 ans en moyenne, contre 15,4 ans en 2017.

Les filles ont rattrapé les garçons. En 2018, elles vapotaient nettement moins — en 2022, les niveaux sont comparables au lycée, et à 17 ans l'usage quotidien des filles est passé de 0,9 % à 6,3 %. Si vous avez une fille, ne classez pas le sujet parmi les histoires de garçons.

Ces chiffres se lisent aussi dans l'autre sens. La plupart des adolescents qui essaient ne deviennent pas des vapoteurs quotidiens, et le tabagisme quotidien des lycéens s'est effondré (6,2 % en 2022, contre 17,5 % en 2018). Une vapoteuse trouvée dans une poche ne prouve donc pas une dépendance : commencez par demander depuis quand il vapote, et à quelle fréquence.

Groupe de jeunes vus de dos, sac à dos sur les épaules, marchant vers un bâtiment scolaire en brique
Un lycéen sur quatre a vapoté au cours du mois, selon l'enquête EnCLASS 2022 de l'OFDT.

Pourquoi la vape séduit autant les adolescents

Les adolescents vapotent d'abord pour le goût. Début 2019, l'OFDT a interrogé plus de 7 000 jeunes de 17 ans (un échantillon de convenance, dont les résultats sont repris dans l'avis du HCSP). Parmi ceux qui avaient vapoté dans le mois, 48 % citaient le goût, 47 % la diversité des parfums et 37 % une odeur plus agréable que celle du tabac. L'aide à l'arrêt du tabac ne venait qu'ensuite (28 %) — l'inverse des adultes, qui vapotent surtout pour réduire ou arrêter la cigarette.

Le HCSP le résume ainsi : contrairement aux adultes, la majorité des adolescents qui vapotent ne fumaient pas quand ils ont commencé. Ils vapotent pour la vapoteuse elle-même — ses saveurs, sa place dans le groupe. Fraise, soda au citron, barbe à papa, cookie : la liste d'arômes relevée par l'administration au moment d'interdire les puffs ressemble plus au rayon confiserie qu'au bureau de tabac.

Pour la Journée mondiale sans tabac 2025, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a choisi un thème explicite : « Produits du tabac et à base de nicotine : démasquons les tactiques de séduction de l'industrie du tabac ». Parmi ces tactiques, elle cite les couleurs vives, les designs épurés, la promotion sur les médias sociaux — et ceci :

Une conception trompeuse : certains produits imitent des bonbons, voire des personnages de dessin animé, ce qui plaît bien sûr aux enfants.

Organisation mondiale de la santé, annonce du thème de la Journée mondiale sans tabac 2025 (novembre 2024)

Le HCSP relevait déjà en 2021 que le marché français offre une grande diversité de saveurs, « dont certaines ciblent explicitement les jeunes ». S'y ajoute l'objet lui-même : discret, coloré, sans odeur de tabac froid sur les vêtements. Et sa présence dans les vidéos que les adolescents se partagent. Si la question des réseaux sociaux se pose déjà chez vous, les règles d'un équilibre sain avec les écrans vous donneront des repères pour en parler à la maison. Notre dossier sur l'impact des réseaux sociaux sur l'estime de soi consacre aussi une partie aux adolescentes et à leurs parents.

Deux cigarettes électroniques, grise et rose, posées dans le creux de deux mains
Format de stylo, couleur choisie : un design pensé pour plaire, que l'OMS met en cause cette année.

Nicotine et cerveau adolescent : ce que l'on sait

La nicotine est ce qui rend le tabac — et la plupart des vapoteuses — addictif. Le cerveau adolescent y est particulièrement sensible, parce qu'il est encore en plein développement. En janvier 2025, une équipe de l'Inserm a montré chez la souris que la nicotine reçue pendant l'adolescence perturbe durablement les circuits dopaminergiques — ceux de la motivation et de l'apprentissage.

Chez la souris adulte, une première dose de nicotine active deux sous-réseaux de façon équilibrée. L'un donne envie d'y revenir, l'autre déclenche plutôt de l'anxiété. Chez les souris adolescentes, le premier domine. Et quand l'exposition a lieu à cet âge, ce déséquilibre persiste à l'âge adulte. « On peut dire que l'exposition à la nicotine pendant l'adolescence fige les réseaux dopaminergiques dans un état immature », résume Lauren Reynolds, première autrice des travaux.

Une précaution s'impose — il s'agit de souris, pas d'adolescents. Ces résultats éclairent un constat déjà établi chez l'humain, que l'Inserm rappelle — commencer tôt augmente le risque de fumer plus tard et d'être plus dépendant toute sa vie. La consommation précoce de nicotine a aussi été associée à un risque accru de troubles anxieux, de dépression et de consommation problématique d'autres drogues. Ce sont des associations : elles ne prouvent pas que la nicotine en soit la cause.

La dépendance, elle, ne s'annonce pas. Un adolescent dépendant peut être persuadé de pouvoir arrêter « quand il veut » : c'est ce que relèvent les tabacologues de Tabac info service à propos du fils de 17 ans d'une mère qui leur écrivait. Le manque se reconnaît pourtant : envie urgente de consommer, irritabilité, colère, nervosité, perte de concentration, fatigue, insomnie, humeur changeante. Ce sont les symptômes du sevrage de nicotine, qu'elle vienne d'une cigarette ou d'une vapoteuse.

La vape, porte d'entrée vers le tabac ?

Vapoter à l'adolescence est associé à un risque plus élevé de fumer ensuite, sans que le lien de cause à effet soit démontré. Dans son avis de novembre 2021 sur la cigarette électronique, le HCSP a passé en revue les études disponibles : les cohortes les plus solides concluent presque toutes à cette association. Une méta-analyse de 2020 (onze études) trouvait, chez les adolescents qui avaient vapoté, des chances près de trois fois plus élevées de fumer ensuite (odds ratio ajusté : 2,93).

Le HCSP en pointe aussitôt les limites. Dans la moitié des études, au moins 30 % des participants ont été perdus de vue en cours de suivi. Deux études sur onze seulement étaient correctement ajustées sur les autres facteurs. Et elles venaient surtout des États-Unis et du Royaume-Uni (huit sur onze), des pays où les adolescents fumaient moins qu'en France. Une analyse française de l'enquête ESCAPAD 2017 trouvait même l'inverse chez les jeunes fumeurs : ceux qui avaient déjà vapoté passaient moins souvent au tabagisme quotidien à 17 ans.

La conclusion du HCSP tient en deux phrases : « Les données scientifiques sont en faveur du rôle initiateur des SEDEN dans la consommation de tabac. Cependant les études disponibles ne sont pas dénuées de biais ». Les SEDEN (systèmes électroniques de délivrance de nicotine) désignent les cigarettes électroniques. Par principe de précaution, le HCSP recommande de maintenir l'interdiction de vente aux mineurs et de retarder l'initiation chez les adolescents qui ne fument pas.

Sur le terrain, les deux pratiques restent liées. Parmi les lycéens de 2022, 29,5 % avaient déjà essayé à la fois la cigarette et la vapoteuse — contre 4,4 % la cigarette seule. À 17 ans, plus de la moitié des vapoteurs quotidiens (55,4 %) fument aussi des cigarettes tous les jours, même si les vapoteurs quotidiens exclusifs progressent (5,8 %, contre 2,4 % en 2017).

Pour vous, parent, la « porte d'entrée » n'est peut-être pas la question la plus utile. Qu'elle mène ou non à la cigarette, la vapoteuse nicotinée installe une dépendance chez un adolescent qui ne fumait pas. C'est cette dépendance qu'il s'agit d'éviter — pas seulement le paquet qui viendrait après.

Les risques dont on parle moins : e-liquides trafiqués et accidents

Le risque le plus grave n'est pas toujours la nicotine. Le 6 février 2025, l'ANSM a alerté sur le vapotage de substances psychoactives, en particulier de cannabinoïdes de synthèse vendus sous le nom de PTC (« pète ton crâne ») ou Buddha Blue. Ces produits imitent l'effet du cannabis — avec une puissance qui peut être supérieure. « Les adolescents sont particulièrement concernés par ces pratiques », précise l'agence.

Ces e-liquides s'obtiennent surtout par internet, dans la rue ou « via des relations (proches, lycée) ». Ils sont classés stupéfiants — donc interdits. En 2024, de nouveaux cas d'intoxication ont été signalés chez des adolescents hospitalisés après avoir vapoté du PTC, et certains liquides analysés contenaient aussi des benzodiazépines de synthèse (des tranquillisants fabriqués en laboratoire). L'ANSM insiste sur un point que beaucoup de jeunes ignorent : « Le mode de consommation par vapotage ne réduit pas les risques liés à l'usage de ces produits illicites. Il peut au contraire les augmenter, l'action des produits étant plus rapide. »

Les effets décrits vont des nausées aux attaques de panique, hallucinations, idées suicidaires, douleurs thoraciques, pertes de connaissance et convulsions. Un adolescent peut acheter un liquide sans savoir ce qu'il contient : l'ANSM rappelle que les compositions et les dosages peuvent être variables.

Autre risque, plus domestique : les accidents. D'après le bulletin Vigil'Anses de juin 2022, les centres antipoison ont enregistré 919 cas d'exposition à des produits du vapotage entre juillet 2019 et décembre 2020. La moitié des personnes exposées avaient moins de 4 ans, et 60 % étaient mineures — le plus souvent par ingestion d'e-liquide, à la maison. La très grande majorité des cas avec symptômes (94 %) étaient de faible gravité, surtout digestifs.

Main qui sort d'un colis en carton un petit flacon compte-gouttes blanc, sans étiquette
Un flacon compte-gouttes sans étiquette ni marque doit alerter : certains e-liquides vendus aux jeunes, souvent sur internet, contiennent des cannabinoïdes de synthèse.

Ce que dit la loi française sur le vapotage des mineurs

La loi française vise d'abord ceux qui vendent, offrent ou font la promotion des produits du vapotage. Pour l'adolescent lui-même, une règle s'applique directement — l'interdiction de vapoter dans certains lieux, dont son établissement scolaire. Le Code de la santé publique pose trois règles principales (vente, lieux, publicité), complétées en février 2025 par l'interdiction des puffs.

RègleCe qu'elle prévoitTexte
Vente aux mineursVente et offre gratuite interdites aux moins de 18 ans ; preuve de majorité exigéeArt. L3513-5, Code de la santé publique
Lieux interditsÉcoles, collèges, lycées et lieux d'accueil des mineurs ; transports collectifs fermés ; lieux de travail fermésArt. L3513-6
PublicitéPropagande et publicité interditesArt. L3513-4
PuffsVente, distribution et offre gratuite interdites depuis le 26 février 2025 ; amende jusqu'à 100 000 € (200 000 € en récidive)Loi n° 2025-175 du 24 février 2025

Un collégien ou un lycéen surpris à vapoter dans son établissement enfreint donc la loi (article L3513-6), en plus du règlement intérieur.

Les puffs sont arrivées en France en septembre 2021. Elles se vendaient chez les buralistes, en supermarché, dans des bars, sur internet. L'administration le reconnaît : ces dispositifs « ont notamment été consommés par des adolescents malgré une interdiction de vente aux mineurs ». La loi de février 2025 répond à un double enjeu, sanitaire et environnemental (plastique, métaux lourds, batterie au lithium). Les cigarettes électroniques rechargeables, elles, restent en vente pour les adultes.

En pratique, une puff peut encore circuler — achetée avant l'interdiction, rapportée de l'étranger ou revendue entre élèves. Et les modèles rechargeables à petites cartouches ont un format tout aussi discret. La loi rend l'achat plus difficile, pas la tentation.

Repérer qu'un ado vapote, sans jouer les détectives

Le premier signe est souvent une odeur. Une vapoteuse ne laisse pas l'odeur âcre du tabac froid, mais un parfum sucré de fruit ou de bonbon — dans une chambre, une veste, une voiture. C'est ce que décrivait un parent dans une question adressée à Tabac info service : une « odeur de fruits assez sucrées » dans la chambre de son fils de 13 ans, qui refusait d'en expliquer l'origine.

Viennent ensuite les objets. Une vapoteuse ressemble rarement à une cigarette : elle prend la forme d'un surligneur, d'une clé USB, d'un galet coloré. Un chargeur en trop, des cartouches vides, un petit flacon, des dépenses d'argent de poche difficiles à expliquer complètent parfois le tableau. Aucun de ces indices ne prouve rien à lui seul (un parfum d'ambiance à la fraise existe aussi).

Le comportement parle davantage quand il ressemble au manque : irritabilité quand il ne peut pas sortir, difficulté à se concentrer, sommeil perturbé. Ces signes recoupent mille autres choses à l'adolescence — examens, chagrin d'amour, fatigue. Mais s'ils s'ajoutent à une odeur et à un objet, la probabilité monte.

Fouiller la chambre, lire les messages, tendre des pièges : la tentation se comprend. Le parent qui écrivait à Tabac info service voulait d'ailleurs « le prendre sur le fait ». Cette surveillance a un coût : un adolescent qui se sent espionné apprend surtout à mieux cacher — et retient que la confiance ne va que dans un sens.

Comment parler du vapotage avec votre ado sans le braquer

Une première conversation sert à garder le dialogue ouvert, pas à obtenir une promesse d'arrêt. Les tabacologues de Tabac info service, répondant à une mère inquiète pour son fils de 17 ans, le formulent ainsi : « L'objectif est de pouvoir aborder le sujet selon l'angle qui va les toucher, sans les culpabiliser ni les effrayer. »

La peur fonctionne mal à cet âge. Les mêmes tabacologues jugent peu adapté de parler à un adolescent de maladies ou de dépendance : il pense pouvoir arrêter quand il le décidera, et ne se projette pas sur des décennies. Mieux vaut chercher avec lui pourquoi il a commencé (le goût, les copains, le stress, l'envie de faire comme les grands). Puis parler de ce qui le concerne maintenant : sa forme physique, sa croissance, l'odeur, l'argent dépensé.

Choisissez le moment. Pas à chaud, sous le coup de la découverte, ni devant les frères et sœurs. Un trajet en voiture, une promenade, une vaisselle à deux — les conversations côte à côte sont souvent plus faciles pour un adolescent qu'un face-à-face autour de la table. Et si la première discussion tourne court, vous y reviendrez un autre jour, au calme.

Quelques phrases peuvent aider à ouvrir :

  • « Je ne vais pas faire la morale. J'aimerais comprendre ce qui plaît là-dedans. »
  • « Combien de nicotine il y a dans une puff, à ton avis ? Je l'ignorais aussi. On regarde ensemble ? »
  • « Dans ta classe, ils sont nombreux à vapoter ? Qu'est-ce qu'ils en disent ? »

Parler sans braquer ne veut pas dire tout accepter. Répondant au parent d'un garçon de 13 ans, Tabac info service conseille d'adopter « la même attitude que pour le tabac » : refuser qu'il vapote à la maison ou en votre présence, refuser ce matériel chez vous, ne pas financer les recharges. La réponse se termine par deux phrases à garder en tête : « Ce sont des mots à dire avec amour. Ils auront plus de poids que des mots dits avec colère. »

Cette posture — un cadre ferme, une relation préservée — rejoint les principes de l'éducation positive appliquée au quotidien. Elle prépare aussi la suite : si votre ado vous parle un jour d'un liquide qu'on lui a proposé au lycée, ce sera parce qu'il sait pouvoir le faire sans être condamné d'avance. Le guide pour parler du consentement aux enfants selon leur âge repose sur la même idée : poser des mots simples avant qu'un problème n'arrive.

Mère et fils adolescent attablés pour le dîner, en pleine discussion
Une conversation sans reproche garde la porte ouverte pour les suivantes.

Aider un ado à arrêter de vapoter : les aides qui existent

Un adolescent dépendant à la nicotine peut être aidé, y compris de façon gratuite et confidentielle. Voici les principales portes d'entrée :

  • Tabac info service — des tabacologues répondent au 39 89 et sur le site, aux jeunes comme aux parents.
  • Le médecin traitant — il peut évaluer la dépendance et orienter vers un accompagnement adapté à l'âge.
  • Les consultations jeunes consommateurs — selon l'ANSM, elles offrent aux moins de 25 ans un service gratuit et confidentiel d'accueil, d'écoute et de conseil (adresses sur drogues-info-service.fr).
  • Un tabacologue — l'annuaire des consultations de tabacologie est accessible depuis le site de Tabac info service.

Selon Tabac info service, la dépendance physique à la nicotine passe seule entre trois semaines et trois mois après l'arrêt. Prévenir votre ado que le manque ne dure pas lui évite de conclure, après quelques jours d'irritabilité, qu'il n'y arrivera jamais.

Ne proposez pas la vapoteuse comme solution à un ado qui fume. Le HCSP recommande aux professionnels d'utiliser d'abord les traitements dont l'efficacité est prouvée, et juge les connaissances insuffisantes pour proposer la cigarette électronique comme aide au sevrage dans ce cadre. Il déconseille aussi « formellement » le vapofumage (fumer et vapoter en même temps), dans toutes les situations.

Proposez de l'aide sans l'imposer. Certains adolescents préfèrent faire le premier pas sans témoin : laissez le numéro du 39 89 et l'adresse de la consultation jeunes consommateurs la plus proche à un endroit où votre ado pourra les retrouver seul.

Mère et adolescente marchant main dans la main dans un chemin verdoyant
Une promenade ou un trajet à deux se prête souvent mieux aux conversations délicates qu'un face-à-face.

Questions fréquentes

Une cigarette électronique sans nicotine est-elle sans danger ?

Pas nécessairement. Sans nicotine, le risque de dépendance chimique disparaît, mais votre ado inhale toujours un aérosol chauffé. L'Anses note aussi que les liquides sans nicotine et les préparations faites maison échappent aux obligations de déclaration et à certaines interdictions d'ingrédients. Enfin, un adolescent qui dit vapoter « sans nicotine » ne l'a pas toujours vérifié : regardez l'étiquette.

Mon ado dit que c'est « moins pire que la cigarette » : a-t-il raison ?

En partie. Le HCSP estime que les risques de la cigarette électronique seraient probablement inférieurs à ceux du tabac. Mais la comparaison ne vaut que pour quelqu'un qui fumait déjà. Pour un adolescent qui ne fumait pas, la vraie comparaison n'est pas la cigarette — c'est ne rien inhaler du tout, sans dépendance à la nicotine.

Les puffs sont interdites : comment mon ado peut-il encore en avoir ?

Depuis le 26 février 2025, la loi interdit en France la vente, la distribution et l'offre gratuite des cigarettes électroniques jetables. Elle ne fait pas disparaître celles achetées avant, rapportées de l'étranger ou revendues entre élèves. Les modèles rechargeables à cartouche restent en vente pour les adultes, dans un format tout aussi discret.

Faut-il confisquer la vapoteuse ?

Tabac info service conseille aux parents de refuser que leur enfant vapote à la maison ou en leur présence, de ne pas accepter ce matériel chez eux et de ne pas financer les recharges. Confisquer l'objet s'inscrit dans cette logique, à condition de l'expliquer calmement. Une confiscation sans discussion règle le problème pour une journée.

Mon ado de 17 ans fume des cigarettes : vaut-il mieux qu'il vapote ?

C'est une décision à prendre avec un professionnel. Le HCSP recommande d'abord les traitements d'aide à l'arrêt dont l'efficacité est prouvée, avec un accompagnement, et déconseille formellement de fumer et de vapoter en même temps. Un tabacologue ou le médecin traitant proposera une solution adaptée à son âge et à sa dépendance.

Vapoter au collège ou au lycée est-il interdit ?

Oui. L'article L3513-6 du Code de la santé publique interdit de vapoter dans les établissements scolaires et dans les lieux d'accueil, de formation et d'hébergement des mineurs. Le règlement intérieur de l'établissement s'applique en plus.

À quel âge les adolescents commencent-ils à vapoter ?

D'après l'enquête ESCAPAD 2022 de l'OFDT, les jeunes de 17 ans qui ont vapoté l'ont fait pour la première fois à 15,0 ans en moyenne (15,4 ans en 2017). Au collège, un élève sur cinq a déjà essayé. La conversation gagne donc à avoir lieu avant la seconde.

Quels signes doivent faire appeler les secours ?

L'ANSM demande d'appeler le 15 ou le 18 sans délai si, après avoir vapoté, un adolescent présente des nausées et vomissements, un malaise, un trou de mémoire, des convulsions, une perte de connaissance, un épisode délirant, des hallucinations ou des idées suicidaires. Ces signes peuvent traduire la présence de cannabinoïdes de synthèse dans le liquide.

Sources