Jeune femme en haut moutarde qui se sourit dans un grand miroir ancien, près d'une fenêtre

Colorimétrie : trouver les couleurs qui te vont avec un test maison

Non, tes veines ne sont pas bleues. Le sang qu'elles transportent est rouge sombre, et le bleu que tu crois voir au creux de ton poignet est un effet d'optique. En 1996, sept chercheurs l'ont décortiqué dans une étude publiée dans la revue Applied Optics. La couleur apparente d'une veine y dépend de la façon dont la peau diffuse et absorbe la lumière, de l'oxygénation du sang, du diamètre et de la profondeur du vaisseau — et de notre perception. Quatre facteurs. Aucun ne s'appelle « sous-ton ».

Et pourtant, c'est LE test que tout le monde se refile pour savoir si sa peau est « chaude » ou « froide » : veines vertes, tu es chaude ; veines bleues, tu es froide. Je l'ai fait des dizaines de fois (et je l'ai conseillé plus d'une fois, je plaide coupable). Dimanche dernier, à 10 h 40 (café encore chaud), j'ai enfin poussé l'expérience jusqu'au bout : même poignet, trois lumières. Devant la fenêtre du séjour, des veines bleu-violet. Sous la lampe de chevet, un vert olive franc. Sous le spot de la cuisine, un gris indéfinissable — la couleur d'un stylo à bille qui a fui dans une poche. Trois lumières, trois verdicts — une seule peau.

C'est tout le problème de la colorimétrie maison telle qu'elle circule sur les réseaux : les tests les plus partagés lisent la lumière de ta pièce au moins autant que ta peau. Résultat : on se découvre « Été doux » un soir sous le plafonnier et « Automne profond » le samedi suivant, avec une garde-robe qui n'a rien demandé. Si tu as vu passer ces vidéos où quelqu'un trouve sa « saison » en trois secondes de filtre, tu vois de quoi je parle.

Voici donc la méthode que j'utilise — trois étapes, avec des tissus que tu as déjà. Le sous-ton (chaud ou froid), le contraste (entre tes cheveux, ta peau et tes yeux) et l'intensité (vif ou doux), le tout testé à la lumière du jour. Une palette n'est pas une prison.

Deux mains ouvertes, paumes vers le haut, dont les veines bleutées se dessinent jusqu'aux poignets
Le même poignet ne montre pas la même couleur de veines à la fenêtre et sous une lampe : le test le plus partagé est aussi le plus dépendant de la lumière.

Sous-ton, valeur, intensité : de quoi parle la colorimétrie ?

La colorimétrie personnelle cherche les couleurs qui s'accordent à ta coloration naturelle — peau, cheveux, yeux — quand tu les portes près du visage. Elle ne mesure rien au sens scientifique du terme — elle compare, à l'œil, l'effet d'une couleur sur ton teint. Pour comparer correctement, il faut savoir ce qu'on regarde.

D'où vient la couleur de ta peau

La couleur de la peau tient d'abord à la mélanine. Sa quantité, sa nature et sa répartition en sont les principaux critères, rappelle l'article de Wikipédia consacré à la couleur de la peau humaine. Deux autres pigments jouent en arrière-plan. Le carotène de l'alimentation peut, en grande quantité, donner une composante légèrement jaunâtre à une peau claire ; l'hémoglobine des petits vaisseaux, elle, rosit les peaux claires. La mélanine elle-même existe sous deux formes — l'eumélanine, brun-noir, et la phéomélanine, orange-rouge en forte concentration.

Le « sous-ton », lui, n'est pas un terme médical. C'est un mot de maquilleurs et de conseillères en image. Il désigne le reflet de fond de ta peau : plutôt doré, pêche ou olive (on dit « chaud »), plutôt rosé ou bleuté (« froid »), ou un mélange des deux (« neutre »). Il ne dépend pas de la profondeur de ta peau. Une peau très claire peut être chaude, une peau très foncée peut être froide — et c'est pour ça que « peau claire = argent, peau mate = or » ne veut rien dire.

Les trois dimensions d'une couleur

Les méthodes les plus fines, comme le système « tonal » de Colour Me Beautiful, s'appuient sur un découpage publié en 1905 par l'Américain Albert Munsell — peintre et professeur d'art (il avait visité les ateliers de tapisserie de Chevreul, aux Gobelins). Trois dimensions : la teinte (où se situe la couleur dans l'arc-en-ciel), la valeur (du clair au foncé) et le chroma (du doux au vif). Traduit en langage de dressing, ça donne trois questions.

  • Chaud ou froid ? La teinte tire-t-elle vers le jaune (corail, moutarde, camel) ou vers le bleu (fuchsia, bleu roi, gris ardoise) ?
  • Clair ou foncé ? Et surtout : quel écart de valeur entre tes cheveux, ta peau et tes yeux ?
  • Vif ou doux ? Une couleur pure et saturée, ou une couleur « poussiéreuse », comme passée au gris ?

Garde ces trois questions en tête. Ce sont ces trois questions qui te serviront en cabine d'essayage.

Veines, or ou argent, blanc pur : que valent les tests viraux ?

Les trois tests express de colorimétrie donnent des indices, jamais un verdict. Le plus célèbre est aussi le plus fragile.

Le test des veines

Si la couleur apparente d'une veine dépend de sa profondeur, de son diamètre et de la manière dont la peau renvoie la lumière, elle ne peut pas trancher seule. Ce que tu lis au poignet est un mélange : la couleur de ta peau, l'effet d'optique propre à la veine et l'éclairage de la pièce. Le test peut tomber juste — quand il confirme les autres indices. Seul, il ne vaut pas grand-chose.

Le test or ou argent

Tu poses un bijou doré puis un bijou argenté contre ta joue, et tu regardes lequel « éteint » ton teint. Ce test est plus parlant que les veines, parce qu'il compare deux couleurs portées — exactement ce que tu feras ensuite avec les tissus. Il a ses pièges — l'or rose, l'or jaune très saturé et l'argent terni ne racontent pas la même histoire. J'ai détaillé ce duel dans mon guide pour choisir, assortir et porter tes bijoux, qui te resservira une fois ta palette trouvée.

Le test du blanc pur et du blanc cassé

Un T-shirt blanc optique, puis un pull crème, sous le menton. Si le blanc pur te donne un teint net et que le crème te jaunit, indice froid. Si le blanc pur te grise et que le crème te réchauffe, indice chaud. C'est mon test express préféré — il se fait avec deux vêtements que presque tout le monde possède (et sans le moindre bijou).

Deux alliances bicolores glissées l'une dans l'autre, où l'or jaune côtoie l'argent
Le duel or contre argent compare deux couleurs portées contre la peau : un indice plus parlant que la couleur des veines.

Pourquoi une couleur change ton visage : la loi de Chevreul

Une couleur portée près du visage modifie la façon dont on perçoit ta peau — et c'est un chimiste français qui a posé les bases du phénomène, au XIXᵉ siècle. Michel-Eugène Chevreul, nommé en 1824 directeur de la manufacture des Gobelins, reçoit les plaintes de teinturiers : certaines teintures ne donnent pas la nuance attendue. Il vérifie d'abord ses colorants. Puis il conclut que le problème le plus délicat n'est ni chimique ni physique : il tient à la vision des couleurs quand deux surfaces colorées se touchent.

Il en tire en 1839 un ouvrage de 750 pages, De la loi du contraste simultané des couleurs et de l'assortiment des objets colorés. Son titre complet énumère les domaines concernés — la peinture, les tapisseries, les tapis, l'impression des étoffes… et l'habillement. L'idée tient en une phrase : une couleur influence la couleur qui la touche. Un même ton paraît plus clair sur un fond plus sombre, et deux couleurs complémentaires se rendent mutuellement plus vives.

Transpose ça au miroir. Un tissu posé sous ton menton devient le « fond » de ton visage — selon sa teinte, il fait ressortir des rougeurs et des cernes, ou il unifie le teint. C'est exactement ce que tu vas observer pendant le test. Un phénomène de perception décrit il y a près de deux siècles. Son auteur cherchait simplement à comprendre pourquoi des teintures sans défaut semblaient ratées une fois placées à côté d'autres couleurs.

T-shirts unis pliés sur un lit, crème, kaki et noir, qu'une main est en train de ranger
Écharpes, T-shirts, taies d'oreiller : pour le test, tout tissu uni assez grand pour couvrir le haut du buste fait l'affaire.

Préparer ton test maison : lumière du jour, visage nu, cheveux cachés

Un test de colorimétrie maison se prépare en trois points : la bonne lumière, un visage sans maquillage, des cheveux neutralisés. Rate le premier — les deux autres ne servent plus à rien.

La lumière : près d'une fenêtre, jamais sous une ampoule

Une ampoule n'éclaire pas « blanc ». Sa lumière a une température de couleur, exprimée en kelvins, et l'article de Wikipédia sur la température de couleur rappelle qu'une lumière dite chaude, celle d'une bougie ou d'une lampe à incandescence, a une température plus basse que la lumière du jour ; les lampes codées 830, 840 et 865 correspondent à 3 000, 4 000 et 6 500 K. Autrement dit, ta lampe de chevet en « blanc chaud » dore tout ce qu'elle touche, toi comprise (d'où mes veines vert olive).

La lumière du jour n'est pas neutre non plus. Sa température de couleur varie d'environ 4 000 à 7 500 K selon qu'on est au soleil ou à l'ombre, par temps couvert ou dégagé, et selon la hauteur du soleil. Elle reste la meilleure référence, parce que c'est sous elle qu'on te voit le plus souvent. Ma règle — fin de matinée ou début d'après-midi, face à une fenêtre, sans soleil direct sur le visage. Pas de test à 19 h 30 en avril, quand le soleil est déjà bas sur l'horizon.

Le visage : démaquillé, hydraté, point

Fond de teint, blush, même crème teintée : tout ça fausse le test, puisque tu jugerais l'accord d'un tissu avec ton maquillage. Visage nettoyé, une crème hydratante qui a eu le temps de pénétrer — et c'est tout. Si tu as un autobronzant en cours ou un coup de soleil, attends qu'il ait disparu (ta peau n'est pas dans son état habituel, et c'est son état habituel que tu veux habiller).

Les cheveux : cache-les s'ils sont colorés

Une coloration change l'équation : la teinte que tu portes sur la tête n'est pas celle avec laquelle ta peau s'accorde naturellement. Je suis blonde décolorée — ma racine et mes longueurs racontent deux histoires différentes (et aucune n'est tout à fait vraie), alors je les enferme dans une serviette gris clair le temps de l'étape 1. Si ta couleur est naturelle, laisse-les visibles.

Le matériel

  • Un miroir assez grand pour voir tes épaules, posé face à la fenêtre.
  • Un haut gris clair ou blanc cassé, ou une serviette neutre sur les épaules.
  • Une douzaine de tissus unis : écharpes, T-shirts, taies d'oreiller, serviettes, chutes de couture.
  • Ton téléphone, pour photographier chaque essai au même endroit.
  • Idéalement, une personne de confiance qui regarde avec toi (honnête, surtout).
Femme debout face à un grand miroir doré posé contre le mur, à côté d'une fenêtre ensoleillée
Un grand miroir à côté de la fenêtre : la lumière du jour est la meilleure référence pour juger une couleur, tant que le soleil ne tape pas en plein visage.

Étape 1 : chaud ou froid, le duel des tissus

La première étape du test tranche entre sous-ton chaud et sous-ton froid, par duels. Deux tissus de clarté et d'intensité proches — l'un tire vers le jaune, l'autre vers le bleu. Tu en poses un sous ton menton, tu observes cinq secondes, tu changes.

Les six duels à faire

FamilleCôté chaudCôté froid
Rougerouge brique, corailframboise, rouge cerise
Rosepêche, saumonfuchsia, rose glacé
Vertolive, kakiémeraude, vert sapin
Bleubleu pétrolebleu roi, cobalt
Neutre foncéchocolat, camelanthracite, gris ardoise
Blanccrème, ivoireblanc optique

Pas besoin d'avoir chaque nuance exacte. Ce qui compte, c'est que les deux tissus d'un duel aient une clarté proche et diffèrent surtout par leur température. Un rose pâle contre un fuchsia intense, ça ne teste rien (sauf ta patience).

Ce qu'il faut regarder, et ce qu'il faut ignorer

Regarde ta peau. Les signes d'un bon accord : le teint paraît uni, les cernes et les rougeurs s'estompent, le blanc des yeux paraît plus net, les traits se dessinent sans que tu aies l'air maquillée. Les signes d'un mauvais accord : un teint gris ou jaune, des ombres qui se creusent autour du nez et de la bouche, un vêtement qui entre dans la pièce avant toi.

Ignore ce que tu aimes. Ta couleur préférée n'est pas forcément ta meilleure couleur — la mienne, c'est le moutarde, et il me donne un teint de lendemain de fête. Compte ensuite les points : si les tissus chauds gagnent quatre duels sur six, ton sous-ton est chaud. Égalité ? Tu es sans doute neutre, et tu peux piocher des deux côtés en privilégiant les couleurs ni trop jaunes ni trop bleues (vert sauge, rose poudré, bleu jean).

Jeune femme à lunettes qui tient contre elle une blouse unie vieux rose, face au miroir d'une friperie
Un haut uni tenu contre soi devant le miroir : pendant le test, c'est le teint qu'on regarde, cinq secondes par tissu.

Étape 2 : le contraste entre tes cheveux, ta peau et tes yeux

Le contraste, c'est l'écart de clarté entre tes cheveux, ta peau et tes yeux. Il dit si tu portes mieux les associations franches — ou les camaïeux. C'est l'étape que les tests express oublient, et celle qui explique pourquoi deux « froides » ne s'habillent pas pareil.

Le test de la photo en noir et blanc

Prends un selfie à la lumière du jour, visage nu, cheveux visibles (leur couleur actuelle, si tu comptes la garder), puis passe-le en noir et blanc. Sans la couleur, il ne reste que la valeur. Trois cas de figure.

  • Contraste fort. L'écart de gris est net : cheveux très foncés et peau claire, ou peau foncée et yeux très clairs. Tu portes bien le noir et blanc, le marine avec du blanc, les associations tranchées.
  • Contraste moyen. Des gris distincts, mais proches. Deux tons séparés d'un cran (marine et bleu ciel, chocolat et beige) te vont mieux que le noir et blanc pur.
  • Contraste faible. Cheveux, peau et yeux se fondent dans des gris voisins. Les camaïeux et le ton sur ton te flattent ; le noir et blanc pur prend le dessus sur toi.

Mon cas, avec ma décoloration : contraste moyen. Le noir et blanc pur me transforme en photo d'identité de préfecture. Le marine avec du gris clair, en revanche, passe tout seul.

Portrait en noir et blanc, en gros plan, d'une jeune femme noire aux cheveux courts décolorés
En noir et blanc, il ne reste que la valeur : l'écart de gris entre cheveux, peau et yeux dit si tu portes mieux les contrastes ou les camaïeux.

Étape 3 : vif ou doux, l'intensité qui te va

L'intensité — le chroma de Munsell — oppose les couleurs pures et saturées aux couleurs adoucies de gris. Même méthode qu'à l'étape 1, mais cette fois, les deux tissus d'un duel ont la même température : l'un vif, l'autre doux.

  • Si tu es froide : fuchsia contre vieux rose, bleu roi contre bleu gris, émeraude contre vert de gris.
  • Si tu es chaude : orange vif contre abricot poudré, vert pomme contre vert olive, jaune d'or contre ocre.

Une couleur trop vive te porte — on voit le vêtement avant ton visage. Une couleur trop douce t'efface — le teint paraît terne, fatigué, comme délavé. La bonne intensité, c'est celle où l'on remarque tes yeux d'abord. Chez moi, le doux a gagné les trois duels, vieux rose contre fuchsia en tête. Et le vert de gris ressemble étrangement au vert sauge dont j'ai repeint mon séjour en mars (ce qui en dit long sur mes goûts).

De la palette à la garde-robe : quoi faire de tes résultats

Tes trois réponses — chaud ou froid, contraste fort ou faible, vif ou doux — forment ta palette. Soit quelques neutres de base, une poignée de couleurs à porter près du visage, et des couleurs d'accent. Voici comment je la traduis dans un dressing.

Les neutres d'abord

Côté chaud : camel, chocolat, crème, olive, marine tirant vers le pétrole. Côté froid : gris, anthracite, marine, blanc optique, taupe rosé. Ces neutres portent tout le reste, et c'est là que la colorimétrie rapporte le plus quand tu construis une garde-robe capsule avec peu de pièces qui s'associent toutes. Un manteau, un pantalon et une maille dans tes neutres — et la moitié du travail est faite.

Près du visage, loin du visage

La règle qui m'a le plus servi : les couleurs de ta palette près du visage (hauts, cols, écharpes, boucles d'oreilles), les autres plus bas. Tu adores un pull moutarde et tu es froide (bienvenue au club) ? Porte-le sur une chemise blanc optique dont le col dépasse, ou avec un foulard froid — la couleur qui touche ton visage sera la bonne. Même logique pour le rouge à lèvres, qui recolore la moitié basse du visage en un geste.

Colorimétrie et morphologie ne répondent pas à la même question

La colorimétrie choisit les couleurs ; la morphologie choisit les coupes. Les deux se combinent (une couleur vive attire l'œil là où tu la places), mais aucune ne remplace l'autre. Pour travailler la seconde moitié du sujet, mon guide pour s'habiller selon sa morphologie reprend les silhouettes une par une.

Portant blanc où pendent des vêtements aux tons neutres, du sauge au rouille en passant par le beige et le crème
Une palette se lit d'abord dans les neutres : ce sont eux qui portent le reste de la garde-robe.

Les limites de la méthode des saisons

La méthode des saisons range chaque personne en Printemps, Été, Automne ou Hiver. Elle est pratique pour retenir une palette. Mais elle est née d'un classement d'artistes et de conseillères, pas d'une mesure — et ses propres héritiers ont fini par la trouver trop étroite.

Une idée de peintre devenue méthode grand public

Le peintre d'origine suisse Johannes Itten, passé par le Bauhaus, fait une remarque en 1928, pendant un cours sur l'harmonie des couleurs : ses élèves choisissent des couleurs qui leur ressemblent. Il en tire la notion de « couleur subjective », développée dans son livre de 1961, The Art of Color. En 1980, la styliste américaine Suzanne Caygill publie Color: The Essence of You, où chaque saison se subdivise déjà en sous-groupes. La même année, Carole Jackson publie Color Me Beautiful, et l'analyse des couleurs connaît son pic de popularité au début des années 1980.

Détail savoureux : Carole Jackson écrivait elle-même qu'elle aurait pu appeler les colorations type A ou type B, et que les saisons offraient surtout une manière plus poétique de les décrire. La saison est donc, dès le départ, une étiquette commode.

Ce que les saisons ne voient pas

Trois limites, que les professionnels eux-mêmes ont relevées.

  • Quatre cases, c'est peu. Colour Me Beautiful (une société britannique de conseil en image) fait remonter son histoire au premier livre de Carole Jackson. Sur sa page de présentation, elle raconte avoir constaté que plusieurs couleurs d'une palette saisonnière n'allaient pas à certaines clientes — et que l'approche ne fonctionnait pas pour tout le monde, en particulier dans l'hémisphère Sud. Vers la fin des années 1980, la société observe que les saisons se chevauchent, et c'est pour dépasser ces limites qu'elle développe un système « tonal » fondé sur Munsell : une caractéristique dominante, complétée d'une ou deux caractéristiques secondaires.
  • Les cheveux comptent. Les pionnières estimaient que seule la peau déterminait la saison — « Remember, do not rely on hair coloring to find your Season! », prévenait Bernice Kentner en 1978, comme le rapporte l'article de Wikipédia sur l'analyse des couleurs — et que celle-ci restait la même toute la vie, bronzage compris. Colour Me Beautiful juge au contraire que les cheveux font partie de la coloration, alors que le système saisonnier les ignore totalement. Entre une racine qui grisonne, une décoloration et un bronzage d'août, ton apparence bouge plus que la théorie ne l'admet.
  • Un nom de saison ne dit pas tout. Deux « Hiver » peuvent être l'une très contrastée, l'autre beaucoup moins. C'est pour ça que les méthodes multiplient les sous-saisons depuis Suzanne Caygill : elles affinent, au prix de cases encore plus étroites.

Mon avis : garde les saisons comme un raccourci de vocabulaire. « Été doux », c'est une façon poétique de dire « froide, contraste faible, intensité douce » — et c'est la seconde formule qui te servira devant un portant.

Couleurs tendance et palette personnelle : ne pas confondre

Les couleurs de la saison sont celles que les défilés et les marques poussent pour quelques mois. Ta palette personnelle, elle, ne change pas au rythme des collections. Pantone a par exemple désigné le Mocha Mousse (17-1230) — un brun moka — couleur de l'année 2025. Ça ne veut pas dire que tu dois le porter. Ni que tu ne peux pas.

Si tu es chaude, ce brun est probablement déjà dans tes neutres. Si tu es froide, porte-le loin du visage (sac, chaussures, pantalon) ou remplace-le par un taupe plus froid. La question à te poser devant une tendance n'est pas « est-ce ma saison ? », mais « où est-ce que je peux la porter ? ». C'est la logique de mon article sur l'art d'adapter les tendances podium au quotidien : on garde l'idée, on ajuste la version. Pour intégrer ces couleurs de saison sans tout racheter, mon guide des couleurs de la saison détaille les associations et les pièges.

Faut-il payer une séance de colorimétrie ?

Une séance chez une conseillère en image n'est pas indispensable, mais elle a deux avantages sur le test maison : un œil extérieur entraîné, et bien plus de tissus. En Corée du Sud, l'analyse de la « couleur personnelle » (personal color, en anglais) est devenue une attraction touristique. Un reportage de Bloomberg repris par TIME en juillet 2023 y décrivait des séances d'environ une heure — les conseillères drapent des centaines d'échantillons de tissu sur les épaules des clientes. Côté tarif — 80 à 160 dollars dans la plupart des studios coréens, contre 545 dollars pour une séance de trois heures chez House of Colour, à Brooklyn. Le sujet « Personal Color Analysis Korea » totalisait alors 375 millions de vues sur TikTok.

En France, la séance se réserve auprès de conseillères en image, dont les tarifs et les méthodes varient beaucoup. Avant de payer, pose trois questions : la séance se fait-elle à la lumière du jour ? Démaquillée ? Avec combien de tissus ? L'enseigne britannique House of Colour précise par exemple que son analyse ne se fait jamais en ligne — un bon indice de sérieux.

Mon avis : commence par le test maison. Samedi prochain, fin de matinée, une fenêtre, une douzaine de tissus, une amie honnête. Si tes duels sont nets, tu as ta réponse gratuitement. S'ils restent flous, tu sauras exactement quoi demander à une professionnelle — et tu repéreras tout de suite celle qui te fait asseoir sous un néon.

Questions fréquentes

Le test des veines vertes ou bleues est-il fiable ?

Pas à lui seul. Selon une étude publiée en 1996 dans Applied Optics, la couleur apparente d'une veine dépend de quatre facteurs — la diffusion de la lumière par la peau, l'oxygénation du sang, le diamètre et la profondeur du vaisseau, la perception. L'éclairage de la pièce change aussi le résultat. Utilise-le comme un indice parmi d'autres, à confirmer par les tests des bijoux, des blancs et des tissus.

À quelle heure faire un test de colorimétrie à la maison ?

En fin de matinée ou en début d'après-midi, face à une fenêtre, sans soleil direct sur le visage. La température de couleur de la lumière du jour varie avec la météo, l'ombre ou le soleil direct, et la hauteur du soleil sur l'horizon. Évite toujours les ampoules : la lumière du jour reste la référence, parce que c'est sous elle qu'on te voit le plus souvent.

Faut-il faire le test démaquillée ?

Oui. Fond de teint, blush ou crème teintée modifient la couleur de la peau que tu observes : tu jugerais l'accord d'un tissu avec ton maquillage, pas avec ton teint. Une crème hydratante suffit.

Je n'arrive pas à choisir entre chaud et froid : je suis neutre ?

Probablement, si les duels chaud-froid se partagent à égalité. Une peau neutre porte bien les couleurs intermédiaires — ni trop jaunes, ni trop bleues : vert sauge, rose poudré, bleu jean, taupe. Passe ensuite aux étapes du contraste et de l'intensité, qui feront le tri.

Le noir va-t-il à tout le monde ?

Non. Le noir pur flatte surtout les colorations très contrastées (des cheveux très foncés avec une peau claire, par exemple). Si ton contraste est moyen ou faible, le marine, l'anthracite ou le chocolat font le même travail — sans te durcir les traits. Et le noir se porte sans souci loin du visage.

Ma palette change-t-elle avec l'âge ou le bronzage ?

Les pionnières de la méthode des saisons affirmaient que la saison restait la même toute la vie, bronzage compris. En pratique, la couleur de tes cheveux et la profondeur de ton teint évoluent, et elles modifient ton contraste. Refais l'étape du contraste quand tu changes de coloration, après l'été ou quand tes cheveux blanchissent.

Peut-on faire sa colorimétrie en ligne, à partir d'une photo ?

Avec prudence. Un téléphone règle automatiquement la balance des blancs de chaque photo selon l'éclairage, ce qui modifie le teint affiché. Certaines enseignes (House of Colour, par exemple) refusent d'ailleurs de faire l'analyse en ligne. Une photo sert surtout à comparer deux essais pris au même endroit, dans la même lumière, avec une balance des blancs verrouillée.

Sources