Jeudi 26 juin, 15 h 40, dans la seule salle de réunion sans clim. Maëlys, 28 ans, chargée d'études dans un cabinet de conseil du 10e, lève le bras droit pour pointer un chiffre sur l'écran — et le voit. Sur sa chemise bleu ciel, sous l'aisselle, un demi-cercle sombre de la taille d'une soucoupe à café. Elle baisse le bras (très) lentement. Elle finit sa présentation les coudes collés au buste, façon pingouin en entretien annuel. Puis elle passe l'après-midi en veste de tailleur, dans une chaleur d'étuve.
Le soir — en terrasse au coin de ma rue — elle me raconte tout et sort son téléphone. Trois semaines plus tôt, après une vidéo sur « l'aluminium des déos qui donne le cancer du sein », elle a jeté son anti-transpirant. À la place : un déodorant « naturel » à la pierre d'alun (joli flacon en verre, étiquette kraft). « J'ai échangé la peur du cancer contre la honte en réunion. C'était un bon deal, tu crois ? »
La réponse tient en deux phrases. Non, un déodorant ne remplace pas un anti-transpirant : l'un s'occupe de l'odeur, l'autre de la sueur — ils n'ont jamais eu le même travail. Et non, les autorités sanitaires n'ont trouvé aucun lien de cause à effet entre les sels d'aluminium et le cancer du sein. Détail savoureux : la pierre d'alun de Maëlys contient elle aussi de l'aluminium.
Avec les premières chaleurs de l'été, la question revient chaque année — dans les groupes WhatsApp, devant le rayon hygiène, au comptoir de la pharmacie. Voici de quoi trancher : comment marche chaque produit, ce que disent l'ANSM, l'Institut national du cancer et le comité scientifique européen, ce que valent les déodorants naturels, comment appliquer un anti-transpirant (spoiler : pas le matin). Et à partir de quand la transpiration n'est plus une affaire de rayon, mais de médecin.
Déodorant ou anti-transpirant : quelle est la vraie différence ?
Un déodorant agit sur l'odeur, un anti-transpirant agit sur la sueur. Toute la différence est là. L'Assurance Maladie le résume sans détour dans sa page sur les gestes à adopter quand on transpire beaucoup : « Les déodorants masquent les odeurs, mais n'ont aucun rôle sur la production de sueur. »
Le déodorant laisse donc la transpiration se faire. Il travaille en surface — il freine les bactéries qui fabriquent l'odeur, ou il absorbe les odeurs, parfois les deux (et un parfum vient souvent couvrir le tout). L'anti-transpirant, lui, réduit la quantité de sueur qui arrive sur la peau. Moins de sueur, moins de festin pour les bactéries : il limite l'odeur par ricochet.
Sur l'étiquette, le mot ne s'écrit pas au hasard. D'après le guide d'achat de l'UFC-Que Choisir sur les déodorants et anti-transpirants, un produit peut se dire « antitranspirant » s'il réduit la sécrétion de sueur d'au moins 20 % sur la moitié des utilisateurs. Un anti-transpirant promet moins de sueur — jamais zéro sueur.
| Produit | Ce qu'il fait | Aluminium | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Déodorant | Freine ou masque l'odeur, laisse la sueur couler | Pas besoin d'aluminium pour agir (certains en contiennent quand même : lis la liste INCI) | Tu transpires peu, c'est l'odeur qui te gêne |
| Anti-transpirant | Réduit la sueur (d'au moins 20 % pour avoir droit au nom) | Oui, des sels d'aluminium | Les auréoles te gâchent la journée |
| Pierre d'alun | Vendue comme déodorant | Oui, un peu (même « naturelle ») | Transpiration légère, envie de zéro parfum |
Pourquoi on transpire, et pourquoi la sueur ne sent rien au départ
Transpirer, c'est la clim intégrée du corps humain. Selon la fiche de l'Assurance Maladie sur l'hypersudation, l'organisme compte deux à quatre millions de glandes sudoripares, plus nombreuses aux aisselles, aux mains, aux pieds, au visage et à l'aine. Quand la température monte, le cerveau commande la sécrétion de sueur. En s'évaporant, elle emporte la chaleur et aide à tenir les 37 °C. Même sans effort ni chaleur excessive, le corps en produit environ un demi-litre par jour.
Et voilà l'info qui change le regard sur tout le rayon : la sueur est inodore. C'est écrit noir sur blanc sur la même page. Les mauvaises odeurs viennent des bactéries présentes à la surface de la peau, qui consomment la sueur et produisent les composés responsables de l'odeur. L'odeur vient des bactéries, la sueur des glandes : c'est pour ça qu'il existe deux produits.
C'est aussi pour ça que les aisselles concentrent tout le drame. Les glandes y sont nombreuses, et le pli (chaud, peu aéré) sèche mal — or l'Assurance Maladie insiste sur un séchage soigneux des zones qui transpirent, pour éviter la macération, les mycoses et les odeurs. Une douche efface l'odeur. Elle ne change rien à ta tendance à transpirer.
Les déclencheurs sont bien identifiés : l'Assurance Maladie cite les émotions fortes et le stress, le temps chaud, la nourriture épicée et l'alcool, l'effort physique. Traduction : la présentation de fin juin, dans une salle sans clim, après un curry avalé à midi. Maëlys avait coché trois cases.
Comment un anti-transpirant aux sels d'aluminium freine la sueur
Un anti-transpirant freine la sueur en bouchant — en partie — la sortie des glandes. La formule de l'Assurance Maladie est lapidaire : « L'antitranspirant obstrue les glandes sudorales. » L'ingrédient qui fait ce travail, ce sont les sels d'aluminium. Le chlorohydrate d'aluminium est l'un des plus utilisés (selon l'Afssaps), le chlorure d'aluminium est celui que l'Assurance Maladie cite quand la gêne le justifie.
Le mécanisme a été observé de près. Dans son avis de 2020, le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs — le SCCS, qui conseille la Commission européenne — rappelle que des travaux de 2016 et 2017 ont montré que le chlorohydrate d'aluminium forme des bouchons dans les glandes sudoripares. La sueur trouve moins de chemin vers la surface de l'aisselle, et ton corps continue de transpirer partout ailleurs (dos, décolleté, pieds, tout ce que tu n'as pas tartiné).
Ce petit bouchon a un prix : ta peau. L'Assurance Maladie prévient que l'anti-transpirant « est souvent source d'irritation de la peau ». C'est pour limiter cette irritation qu'elle donne une règle d'application très précise, à rebours de ce qu'on fait depuis le collège : l'anti-transpirant se met au coucher, sur peau sèche, et se rince au réveil.
Et l'effet n'est pas définitif : quand la transpiration se calme — ou si la peau s'irrite — l'Assurance Maladie conseille d'espacer les applications. Rien n'est « bouché pour toujours ».
Sels d'aluminium et cancer du sein : ce que disent les autorités sanitaires
Aucune autorité sanitaire n'a établi de lien de cause à effet entre les anti-transpirants aux sels d'aluminium et le cancer du sein. L'Institut national du cancer (INCa) répond à la question par un mot — « Non. » — dans sa mise au point de juillet 2024 sur les sels d'aluminium et les cancers du sein. À ce jour, écrit-il, aucune des études et évaluations menées « n'a permis de retenir ni de confirmer une quelconque relation de causalité » entre ces produits et certains cancers du sein.
D'où vient la peur, alors ? L'INCa la retrace. Dans les années 2000, des équipes ont constaté davantage de cancers dans la partie du sein la plus proche de la zone d'application des déodorants (le quadrant supéro-externe) et ont supposé un lien. Une synthèse publiée en 2008 a donc passé au crible 59 études, dont 19 de façon approfondie. Verdict : une qualité scientifique globalement faible (biais, résultats contradictoires) et aucune preuve d'un lien de causalité.
L'Afssaps — l'ancien nom de l'ANSM — était arrivée à la même conclusion en 2011. Dans son évaluation du risque lié à l'aluminium dans les produits cosmétiques, elle écrit que « les données épidémiologiques ne permettent pas d'établir un lien concluant entre l'exposition cutanée à l'aluminium et l'apparition d'un cancer ». Même position côté Assurance Maladie en 2024 : il n'existe « pas de preuve scientifique » d'un lien de causalité entre l'usage quotidien de ces produits et le risque de cancer du sein.
ANSM ou comité européen : pourquoi les seuils d'aluminium diffèrent
Les seuils diffèrent parce que l'ANSM et le comité européen n'ont pas mesuré la même chose : en 2011, une absorption de 0,5 % sur de la peau humaine prélevée (in vitro) ; en 2020, une biodisponibilité de 0,00052 % chez des volontaires. Aucun des deux ne conclut à un lien avec le cancer.
La prudence de l'ANSM porte sur la quantité d'aluminium qui traverse la peau. En 2011, l'Afssaps a pris le cas d'un anti-transpirant à 20 % de chlorohydrate d'aluminium (soit 5 % d'aluminium). Sur peau lésée, cette absorption montait à 18 %. Sa conclusion : à cette concentration, la sécurité des consommateurs n'est pas assurée dans les conditions normales d'utilisation.
L'Assurance Maladie précise qu'il s'agit de risques autres que le cancer (les effets neurotoxiques, notamment). D'où deux recommandations, qu'elle relaie toujours en 2024 : restreindre à 0,6 % la concentration d'aluminium dans ces produits, et ne pas les utiliser sur une peau lésée. Retiens bien la seconde.
Neuf ans plus tard, le SCCS a conclu autrement. Dans son avis final de mars 2020 sur la sécurité de l'aluminium dans les cosmétiques, il s'appuie sur une nouvelle étude menée chez des volontaires, en conditions d'usage réelles. Elle mesure une biodisponibilité cutanée de 0,00052 % — près de mille fois moins que le taux retenu en 2011 pour une peau normale. Le comité juge donc les composés d'aluminium sûrs jusqu'à 6,25 % d'aluminium dans les produits hors spray, et jusqu'à 10,60 % dans les sprays.
Il ajoute que l'aluminium des cosmétiques du quotidien ne pèse pas de manière significative face à celui des autres sources — à commencer par l'alimentation, qu'il désigne comme une source majeure. Autrement dit, ton déo n'est pas le gros poste de ta « facture » d'aluminium.
Qui croire ? Chacun a travaillé avec les données de son époque, et la mesure de 2020 est plus récente (et mesurée chez des volontaires, en conditions d'usage, pas sur de la peau prélevée). Mon avis, pour ce qu'il vaut — je suis rédactrice, pas toxicologue : tu n'as aucune raison de bannir l'anti-transpirant par peur du cancer du sein. Tu as en revanche toutes les raisons de respecter la règle de la peau lésée. C'est la précaution la plus simple de toutes, et elle ne coûte rien.
Rasage et peau irritée : quand ne pas mettre d'anti-transpirant
Juste après le rasage, l'anti-transpirant attend. En 2011, l'Afssaps demandait qu'on informe clairement les consommateurs : ces produits ne doivent pas être utilisés après le rasage, ni en cas de microcoupures. Ce n'est pas un détail de notice. Dans son scénario de peau lésée, l'absorption passait de 0,5 % à 18 % — trente-six fois plus.
L'INCa reprend la consigne en l'élargissant : pas d'application sur une peau lésée, irritée, fraîchement épilée ou rasée. Or le geste réflexe de beaucoup d'entre nous, c'est l'inverse exact. Rasoir sous la douche du matin, serviette, anti-transpirant, t-shirt. Je l'ai fait pendant des années (sans comprendre pourquoi ça piquait certains matins).
Même logique pour le gommage des aisselles : je le garde pour le matin, jamais le soir de l'anti-transpirant (une peau qu'on vient de frotter n'a pas besoin qu'on lui en demande davantage). Tout mon mode d'emploi est dans le guide du gommage corps pour une peau vraiment neuve.
Déodorants naturels et pierre d'alun : ce qu'ils font vraiment
Un déodorant « naturel » reste un déodorant : il s'occupe de l'odeur, pas de la sueur. Le mot décrit l'origine des ingrédients, jamais leur mode d'action. Si ton problème, ce sont les auréoles, aucun déodorant naturel ne le réglera — c'est le piège dans lequel Maëlys est tombée.
La pierre d'alun mérite un paragraphe à elle seule, parce qu'elle trône au rayon « sans » depuis des années. Le guide de Que Choisir est limpide. Elle est étiquetée « potassium alum » quand elle est naturelle, « ammonium alum » quand elle est synthétique. Elle est vendue comme déodorant (pas comme anti-transpirant). Et surtout : « synthétique ou naturelle, elle contient toujours des sels d'aluminium, au moins en petite quantité ».
Tu veux zéro aluminium ? La pierre d'alun n'est pas pour toi. Tu cherches un produit sans parfum pour une transpiration légère ? Pourquoi pas — mais sans lui demander de miracle un jour de canicule.
Reste la question des ingrédients qui piquent. Beaucoup de déodorants — naturels ou non — couvrent l'odeur avec un parfum ou des huiles essentielles. Or les Hospices civils de Lyon, dans leur fiche santé sur l'eczéma de contact, citent le parfum et le déodorant parmi les cosmétiques à l'origine d'eczémas de contact. Ils rappellent que l'eczéma irritatif — le plus fréquent, 90 % des eczémas de contact — dépend de la concentration du produit et de la qualité de la peau. Les peaux sensibles et atopiques y sont plus exposées.
Et l'aluminium, côté allergie ? Le SCCS note que les preuves d'une allergie de contact à l'aluminium sont limitées chez l'humain, et considère le phénomène comme rare vu l'usage massif de ces composés. Je ne dis pas que les déodorants naturels irritent plus que les autres (aucune des sources que j'ai lues ne l'affirme). Je dis que « naturel » ne veut pas dire « doux ».
Mon unique essai de déodorant-crème au bicarbonate, il y a quelques étés, s'est fini au bout de quatre jours : aisselles rouges, qui piquaient au moindre mouvement de bras. Quel ingrédient était en cause ? Aucune idée. J'ai arrêté, la peau s'est calmée, fin de l'histoire. Ça ne prouve rien pour toi — ça explique juste pourquoi je teste désormais tout nouveau déo avec méfiance.
Spray, bille, stick ou crème : quel format choisir ?
Pour tous les jours, la bille, le stick ou la crème font mieux que le spray. Le guide de Que Choisir reproche au spray de cumuler deux risques. Les gaz propulseurs (butane, propane ou isobutane) sont très facilement inflammables. Et chaque pschitt projette un nuage de gouttelettes qui se déposent sur la peau, mais se diffusent aussi dans l'air de la pièce — un cocktail que tu inhales tous les matins.
Le SCCS accepte pourtant plus d'aluminium dans les sprays (10,60 % contre 6,25 %). Ce chiffre porte sur l'aluminium seul, pas sur tout ce que contient l'aérosol : il ne fait pas du spray le meilleur choix pour ta salle de bains.
Entre les autres formats, tout est affaire de goût. Mon classement, testé sur plusieurs étés :
- La bille — précise, mais humide à l'application. Attends une bonne minute avant d'enfiler un haut, sinon le produit file sur le tissu.
- Le stick — sec, rapide, parfait dans un sac de week-end. Son défaut : les traces blanches sur les hauts noirs (si tu en mets trop).
- La crème — appliquée au doigt, elle se dose au plus juste. Moins pratique quand tu es pressée.
Comment appliquer un anti-transpirant pour qu'il marche vraiment
Un anti-transpirant s'applique le soir, au coucher, sur une peau parfaitement sèche. C'est la consigne de l'Assurance Maladie : l'utiliser « sur une peau sèche au coucher », puis l'éliminer par lavage au réveil. Oui, le soir. Pas le matin en sortant de la douche, cheveux mouillés, pendant que le café coule.
Cette règle sert d'abord à limiter l'irritation. Mon interprétation (je ne suis pas dermatologue) : le soir, la peau est sèche et le produit a toute la nuit devant lui. La douche du réveil fait partie du protocole — elle n'annule rien.
- Le soir, peau sèche. Pas en sortant de la douche : attends que l'aisselle soit parfaitement sèche (c'est justement pour limiter l'irritation que la consigne insiste).
- Une couche fine. Deux ou trois passages de bille, un seul de stick. Je n'ai jamais vu de différence en doublant la dose — sauf sur mes t-shirts.
- Laisse sécher. Une minute, le temps de te brosser les dents, avant d'enfiler ton t-shirt de nuit.
- Le matin, douche normale. Lave, sèche, et ajoute un déodorant sans aluminium si tu aimes l'idée d'un parfum.
- Espace dès que ça va mieux. Quand la transpiration se normalise, ou si la peau s'irrite, l'Assurance Maladie conseille d'espacer les applications.
Chaleur, vêtements, auréoles : les gestes qui limitent la transpiration
Le produit ne fait pas tout : ce que tu portes et ce que tu bois comptent presque autant. L'Assurance Maladie recommande des vêtements amples en fibres naturelles — coton, lin, laine — et d'éviter les matières synthétiques. Elle conseille aussi d'éviter l'alcool, les boissons chaudes, la caféine et la nourriture épicée quand on transpire beaucoup. (Le café glacé contient toujours de la caféine. Je sais. Moi aussi, ça m'a fait de la peine.)
La chemise de Maëlys ? Bleu ciel, en polyester. Le pire combo de l'été : une fibre qui ne laisse rien passer, et une couleur qui affiche la moindre goutte. D'expérience, le blanc, le noir et les imprimés cachent mieux les auréoles que les pastels et le gris chiné (qui les encadrent presque).
Les tissus, eux, paient l'addition. L'Assurance Maladie note que les vêtements sont « brûlés » par la sueur et s'usent plus vite. Pour les protéger, elle mentionne des protections en coton, jetables et auto-adhésives, à placer directement sur la peau sous les aisselles. Je trouvais l'idée gênante — jusqu'au jour où j'ai compté mes chemises blanches sacrifiées.
Côté hygiène : savon doux une à deux fois par jour sur les zones qui transpirent, puis séchage soigneux. Pour les pieds, l'Assurance Maladie conseille chaussettes en coton, chaussures en cuir ou en toile, et jamais la même paire deux jours de suite. Pour leur peau avant la saison des sandales, tout est dans ma routine contre les talons crevassés et les pieds secs.
Dernier point, pas le moins important quand il fait chaud : bois. Sa fiche sur l'hypersudation rappelle qu'une transpiration très importante peut entraîner une déshydratation, surtout en période de canicule.
Transpiration excessive : à partir de quand consulter un médecin ?
La transpiration devient une affaire de médecin quand elle gêne ta vie malgré les bons gestes, ou quand elle change brusquement. L'hyperhidrose (ou hypersudation) n'a pas de définition chiffrée. L'Assurance Maladie la repère à ses effets : des mains si moites qu'elles gênent pour tenir un volant ou serrer une main, la crainte de faire du sport ou de danser, l'obligation de se doucher et de se changer plusieurs fois par jour.
Dans neuf cas sur dix, elle est localisée — aisselles, paumes, plantes des pieds — et touche les deux côtés du corps. Elle survient au moins une fois par semaine, dans la journée, et s'arrête la nuit. Elle apparaît en général dans l'enfance, s'accentue à la puberté et tend à régresser après 40 ans. On ne lui trouve pas de cause précise, même si des facteurs génétiques pourraient concerner 25 % des personnes touchées (celles qui ont au moins un parent dans le même cas).
Si tu te reconnais, ce n'est ni un manque d'hygiène ni un caprice : l'Assurance Maladie cite le repli sur soi, l'anxiété et la gêne au travail parmi ses conséquences. Elle conseille de prendre rendez-vous avec ton médecin traitant dans ces situations :
- tu transpires beaucoup malgré les mesures prises seule, et ça perturbe ton quotidien ;
- la transpiration excessive est apparue brutalement, alors qu'elle n'existait pas avant ;
- elle se manifeste la nuit ;
- elle ne touche qu'un côté du corps, ou le corps entier ;
- elle s'accompagne de fièvre, de perte de poids, de démangeaisons, d'une douleur dans la poitrine, d'un essoufflement ou d'un cœur qui s'accélère.
Une transpiration généralisée, elle, a le plus souvent une cause. L'Assurance Maladie cite par exemple la ménopause, le surpoids, les troubles anxieux ou certains médicaments (des antidépresseurs, entre autres). Ton médecin cherchera d'abord cette cause. Pour choisir un antisudoral adapté, l'Assurance Maladie renvoie vers ton pharmacien ou ton médecin traitant.
Déodorant ou anti-transpirant : comment choisir selon ta journée
Le bon produit dépend de ta journée, pas d'une étiquette « bien » ou « mal ». Voici ma grille — celle que j'aurais aimé donner à Maëlys avant sa réunion :
- Journée tranquille, pas de canicule : un déodorant suffit (sans parfum si ta peau est sensible).
- Grosse réunion, entretien, premier rendez-vous, mariage en plein juillet : un anti-transpirant la veille au soir, sur peau sèche et non rasée.
- Aisselle rasée, épilée ou irritée : pas d'anti-transpirant ce jour-là. Un déodorant doux, ou rien.
- Tu veux éviter l'aluminium par principe : c'est ton droit. Prends un déodorant sans aluminium (donc pas la pierre d'alun), des vêtements amples, et accepte de transpirer normalement.
- Tu transpires beaucoup malgré tout ça : direction le médecin, sans gêne.
Chez moi, ça donne ceci. De juin à septembre : un anti-transpirant en stick deux ou trois soirs par semaine, jamais un soir où je me rase. Le matin, un déodorant sans parfum. L'hiver, le déodorant seul me suffit. Cette étape s'insère entre la douche et l'hydratation dans ma routine corps complète, de la tête aux pieds.
Maëlys a gardé son joli flacon en verre pour les week-ends. Son anti-transpirant est revenu sur sa table de nuit, et elle l'applique la veille des journées à enjeux. Ce soir, pose-toi la même question qu'elle : demain, tu crains quoi le plus, l'odeur ou l'auréole ? Ta réponse te dit quel flacon ouvrir.
Questions fréquentes
Peut-on mettre un anti-transpirant tous les jours ?
Oui, si ta peau le tolère et qu'elle n'est pas lésée. L'Assurance Maladie conseille de l'appliquer le soir sur peau sèche, puis d'espacer les applications quand la transpiration se normalise ou si la peau s'irrite. Évite-le après un rasage ou sur une aisselle irritée.
L'aluminium des anti-transpirants donne-t-il la maladie d'Alzheimer ?
Dans son avis de 2020, le SCCS indique qu'après de nombreuses recherches, il est généralement admis qu'il n'existe pas de lien de causalité entre l'aluminium et la maladie d'Alzheimer. Il ajoute que l'aluminium des cosmétiques pèse peu face à celui de l'alimentation. Le SCCS rappelle aussi que l'Afssaps, en 2011, ne trouvait pas de lien entre les anti-transpirants et Alzheimer. Selon l'Assurance Maladie, la recommandation de 0,6 % de l'Afssaps visait d'autres risques que le cancer (effets neurotoxiques notamment), avec des produits à 20 % de chlorohydrate d'aluminium.
La pierre d'alun est-elle un déodorant sans aluminium ?
Non. Que Choisir rappelle que la pierre d'alun — naturelle (« potassium alum ») ou synthétique (« ammonium alum ») — contient toujours des sels d'aluminium, au moins en petite quantité. Elle est vendue comme déodorant, pas comme anti-transpirant.
Faut-il une « détox » des aisselles quand on passe au déodorant naturel ?
Aucune des autorités sanitaires citées ici ne parle de détox des aisselles. Ce que tu remarques en arrêtant un anti-transpirant, c'est ta transpiration normale qui revient, puisque son effet n'est pas définitif. Juge ton nouveau déodorant sur quelques journées chaudes. S'il irrite, arrête-le tout de suite, sans attendre que la peau « s'habitue ».
Peut-on vaporiser son parfum sous les bras ?
Je te le déconseille. Le parfum fait partie des cosmétiques cités par les Hospices civils de Lyon parmi les causes d'eczéma de contact, et la peau des aisselles est souvent fragilisée par le rasage. Garde-le pour le cou ou le décolleté (et découvre pourquoi frotter son parfum entre les poignets est une habitude à perdre).
Le stress fait-il transpirer davantage ?
Oui. L'Assurance Maladie cite les émotions fortes et le stress parmi les facteurs qui déclenchent des épisodes de transpiration abondante, au même titre que la chaleur, l'effort, l'alcool et la nourriture épicée. C'est pour ça que les aisselles se réveillent pile avant une présentation.
Comment éviter d'abîmer ses vêtements avec la transpiration ?
L'Assurance Maladie rappelle que la sueur « brûle » les vêtements et les use plus vite, et suggère des protections en coton jetables et auto-adhésives sous les aisselles. Laisse aussi sécher ton produit avant de t'habiller.
Sources
- Assurance Maladie — Hypersudation : symptômes, conséquences et causes (8 janvier 2024)
- Assurance Maladie — Vous transpirez beaucoup : que faire et quand consulter ? (8 janvier 2024)
- Afssaps (ANSM) — Évaluation du risque lié à l'utilisation de l'aluminium dans les produits cosmétiques (octobre 2011)
- Institut national du cancer — Les sels d'aluminium dans les déodorants favorisent-ils les cancers du sein ? (11 juillet 2024)
- Commission européenne, SCCS — The safety of aluminium in cosmetic products, Submission II (4 mars 2020)
- UFC-Que Choisir — Déodorants et antitranspirants : comment choisir son déo (guide d'achat)
- Hospices civils de Lyon — Eczéma (dermatite de contact), fiche santé (5 juillet 2024)