La sage-femme est venue un mardi de novembre, en fin de matinée, quelques jours après notre retour de la maternité. Je me souviens de la lumière blanche de novembre sur la table du salon, du brassard de tensiomètre qu'elle a sorti de son sac, et de ses questions — nombreuses, douces, précises. Comment je dormais. Si je pleurais. Si je me sentais entourée. Pendant ce temps, mon mari faisait chauffer de l'eau dans la cuisine, à trois mètres de nous. Il a posé les tasses, répondu à une question sur le poids de notre fille, raccompagné la sage-femme jusqu'à la porte. Personne ne lui a demandé comment il allait. Moi non plus — ni ce jour-là, ni les semaines suivantes.
Il allait bien — pour autant que je sache. Mais j'ai repensé à cette matinée des années plus tard, en tombant sur un chiffre que personne ne m'avait donné pendant mes deux grossesses. Près d'un père sur dix traverse une dépression pendant la grossesse ou peu après la naissance de son bébé, rappelle la page de Santé publique France consacrée au baby blues et à la dépression post-partum (sur son site 1000 premiers jours). C'est un trouble fréquent, qui se repère mal — parce que chez l'homme, il ne ressemble pas toujours à de la tristesse. Il prend parfois la forme d'une irritabilité nouvelle, d'un silence qui s'installe, ou de soirées au bureau qui s'allongent sans raison.
Dimanche 15 juin, c'est la fête des pères. Trois jours avant, voici ce que disent les données sur la dépression post-partum du père — sa fréquence, son calendrier, ses signes souvent atypiques — et les portes auxquelles frapper, pour lui comme pour vous.
Dépression post-partum du père : combien d'hommes sont concernés ?
Environ un père sur dix — c'est l'ordre de grandeur que retiennent les sources sérieuses, et il repose sur des dizaines d'études. La synthèse la plus citée, la méta-analyse de Paulson et Bazemore publiée dans le JAMA en 2010, regroupe 43 études et 28 004 participants. Elle estime la fréquence de la dépression paternelle (du premier trimestre de grossesse à la fin de la première année) à 10,4 %. Une mise à jour parue en 2016 — 74 études et 41 480 participants, dans le Journal of Affective Disorders — aboutit à 8,4 %.
Les institutions françaises disent la même chose. Selon le communiqué de l'Inserm du 4 janvier 2023 sur le congé paternité et la dépression post-partum, « chez les personnes en bonne santé, 17 % des mères et plus de 10 % des pères sont susceptibles de la développer au cours de l'année suivant la naissance de leur enfant ». Psycom (dans un article rédigé avec Santé publique France) parle d'environ un homme sur dix. Et il précise que c'est « plus fréquent si leur partenaire est déjà concernée par une dépression ».
Pourquoi ces écarts entre 8 et 10 % ? Parce que tout dépend de la façon de mesurer. La méta-analyse de 2016 montre que la fréquence varie selon l'année de publication, le pays, l'outil de mesure et la présence d'une dépression chez la mère. L'étude tirée de la cohorte française Elfe, qui a mesuré la dépression des pères une seule fois, deux mois après la naissance, avec l'échelle d'Édimbourg (un questionnaire de dépistage de la dépression post-partum), trouve par exemple entre 4,5 et 5,7 % de dépressions — un instantané, là où les méta-analyses regroupent des études menées de la grossesse à la fin de la première année.
Un point fait consensus — cette dépression est souvent méconnue. « Beaucoup de dépressions post-partum ne sont pas identifiées et les personnes touchées ne reçoivent pas de soins », écrit Santé publique France. Chez le père, l'organisation même du suivi accentue le phénomène. Tout est construit autour de la mère et du bébé (ce qui est logique : ce sont eux qui sortent de la maternité avec un dossier médical). Le père, lui, n'y figure le plus souvent qu'en accompagnant.
À quel moment la dépression du père apparaît-elle ?
La dépression du père peut commencer dès la grossesse, puis se prolonger ou apparaître dans les mois qui suivent la naissance. Santé publique France parle d'une dépression « pendant la grossesse ou peu après la naissance ». Les méta-analyses retiennent une fenêtre qui va du premier trimestre au premier anniversaire de l'enfant — il n'y a donc pas de moment où l'on peut cesser d'y penser.
La période la plus exposée arrive plus tard qu'on ne le pense : entre trois et six mois après la naissance. C'est là que la méta-analyse de Paulson et Bazemore relève les taux les plus élevés — 25,6 % dans les études qui ont mesuré cette période. L'intervalle de confiance est large (de 17,3 à 36,1 %), signe que ces études varient beaucoup. Ce chiffre ne veut pas dire qu'un père sur quatre est déprimé à quatre mois — il signale une fenêtre de vulnérabilité.
Ce calendrier a une logique pratique, même si aucune étude ne l'établit comme une cause. Entre trois et six mois, le congé de paternité est souvent loin, les nuits restent courtes, le suivi se concentre sur le bébé et sa mère — et le père a retrouvé son rythme de travail. Plus personne ne lui demande comment il va.
Irritabilité, colère, isolement : les signes de la dépression chez l'homme
Chez le père, la dépression post-partum s'exprime moins souvent par des larmes que par de l'irritabilité — de la colère, un retrait progressif. Dans son article sur la santé mentale des parents, Psycom cite parmi les symptômes « plus caractéristiques de la dépression chez les pères » :
- L'irritabilité et la colère.
- La tendance à multiplier les activités hors de la maison (travail, sport, jeux, alcool, drogues).
- La fatigue, les maux de tête, les douleurs.
- L'isolement social.
Le site 1000 premiers jours ajoute des signes plus intérieurs. Des doutes. Une perte de confiance en soi. L'absence d'envie de s'occuper du bébé ou de s'y intéresser, une envie de s'absenter du domicile, la peur d'être jugé, le sentiment de ne pas trouver sa place. Aucun de ces signes — pris seul — ne suffit à parler de dépression. C'est leur accumulation, leur durée et le contraste avec l'homme d'avant la naissance qui doivent alerter.
Les critères classiques restent valables. Psycom les détaille pour la mère — humeur triste presque toute la journée, perte d'intérêt ou de plaisir, fatigue, troubles du sommeil ou de l'appétit, difficultés à se concentrer, culpabilité — avec un repère utile aux deux parents (des symptômes présents presque tous les jours pendant au moins deux semaines). Chez un homme peu habitué à parler de ce qu'il ressent, ces signes se disent autrement : « je suis crevé », « tout m'énerve », « laisse, je gère ».
La fuite dans le travail, un signe de dépression paternelle qui passe pour du dévouement
Un père qui rentre de plus en plus tard, accepte tous les dossiers urgents ou ajoute une séance de sport chaque soir n'a pas l'air malade. Il a l'air consciencieux — et c'est ce qui rend ce signe si difficile à lire. Psycom le range pourtant parmi les symptômes typiques de la dépression paternelle, sous une formule précise : « Tendance à multiplier les activités en dehors de la maison que ce soit au travail, à travers le sport ou dans la consommation de jeux, d'alcool, de drogues ». Santé publique France parle, elle, d'une « envie de s'absenter du domicile ».
La maison, dans les premiers mois, concentre tout ce qui est difficile — les pleurs qu'on ne sait pas calmer, la fatigue, la sensation d'être moins utile que la mère, parfois des tensions dans le couple. Le bureau offre des tâches claires, des résultats visibles et des adultes qui dorment la nuit. Pour un homme dépassé, s'y réfugier peut ressembler à une solution — au moins sur le moment. C'est une interprétation (pas un résultat d'étude), mais elle aide à voir ces heures supplémentaires autrement que comme de l'égoïsme.
Comment faire la différence avec une vraie surcharge de travail ? Trois questions aident. Le rythme a-t-il changé depuis la naissance, sans raison professionnelle identifiable ? Les moments évités sont-ils toujours les mêmes (le bain, le coucher, les nuits) ? Ces activités lui procurent-elles encore du plaisir ? Un homme qui court trois fois par semaine parce qu'il aime ça va probablement bien. Un homme qui court tous les soirs et rentre aussi sombre qu'il est parti mérite une autre conversation.
Les écrans jouent parfois le même rôle, sans quitter l'appartement : la partie de jeu vidéo qui s'étire jusqu'à deux heures du matin, le téléphone consulté pendant tout le repas, la série regardée seul pendant que le bébé pleure à côté. Psycom cite la « consommation de jeux » — on peut y ranger, à mon sens, tout ce qui permet de ne plus être là, tout en étant là.
Fatigue, douleurs, alcool : quand la dépression passe par le corps
La dépression post-partum du père s'exprime souvent par le corps avant de se dire avec des mots. Psycom cite la fatigue, les maux de tête et les douleurs parmi les signes caractéristiques chez les pères. Santé publique France ajoute que la dépression paternelle « peut s'accompagner d'anxiété, de consommation de drogues/d'alcool, de troubles du sommeil, de conflits conjugaux ».
Tout le piège est là — un jeune parent est fatigué, par définition. Il dort mal, il a mal au dos à force de bercer, il oublie ses clés. Pour distinguer la dépression de l'épuisement ordinaire, regardez la durée, le sommeil et le plaisir. La durée d'abord (deux semaines ou plus, presque tous les jours). Le sommeil ensuite — Psycom cite les difficultés à s'endormir ou, au contraire, le fait de dormir excessivement, alors qu'un parent simplement épuisé s'endort dès que le bébé lui en laisse l'occasion. Le plaisir enfin : la fatigue n'empêche pas de rire d'une bêtise — la dépression, si.
L'alcool mérite une attention particulière. Un verre le soir « pour décompresser » paraît anodin — et il l'est souvent. Il devient un signal quand la consommation augmente nettement par rapport à avant la naissance, quand elle devient quotidienne, ou quand elle sert à « tenir ». Chez un père déprimé, ce n'est pas un détail de mode de vie — c'est un symptôme possible.
Quels pères sont les plus exposés à la dépression post-partum ?
Tous les pères peuvent être touchés — mais certains terrains augmentent le risque. Santé publique France invite à être « particulièrement attentif », pour soi-même ou pour son partenaire, en cas :
- d'antécédents de problèmes de santé mentale (chez soi ou dans la famille) ;
- de dépression chez l'autre parent ;
- de sentiment d'être seul, isolé, avec un entourage peu présent ;
- de conflits familiaux (une séparation, par exemple).
La méta-analyse de Paulson et Bazemore trouve une corrélation positive, d'ampleur modérée, entre la dépression du père et celle de la mère (r = 0,31, pour les amateurs de statistiques). Quand l'un des parents va mal, le risque augmente pour l'autre — dans les deux sens.
La naissance elle-même peut peser. Psycom consacre une bande dessinée aux pères pour qui l'accouchement ne s'est pas passé comme imaginé, et décrit ce qu'ils peuvent ressentir : de l'anxiété, la peur d'avoir failli perdre leur compagne ou le bébé. Une césarienne décidée dans l'urgence (son déroulé est détaillé dans notre guide de la césarienne programmée ou d'urgence), une hémorragie, un transfert en néonatalogie — ces scènes vécues depuis un coin de la salle, sans rien pouvoir faire, laissent parfois des traces chez celui qui n'a pas accouché.
Reste le sentiment d'être mis à l'écart. Dans les premières semaines, l'attention se concentre sur la mère et le bébé — et c'est normal. Mais un père qui se sent de trop, qui n'ose pas prendre son enfant parce qu'il le fait « moins bien », peut s'enfermer dans une culpabilité silencieuse. Psycom conseille justement de parler à un professionnel quand on « ne ressent pas d'élan affectif » pour son bébé, ou qu'on ne se sent « pas vraiment mère ou père ». Les mères connaissent aussi ce décalage entre l'élan attendu et l'élan ressenti : c'est tout le sujet de notre article sur l'existence de l'instinct maternel.
Le congé de paternité protège-t-il de la dépression post-partum ?
Le congé de paternité est associé à un risque plus faible de dépression chez le père, selon une vaste étude française. Publiée dans The Lancet Public Health et présentée par l'Inserm le 4 janvier 2023, elle s'appuie sur la cohorte Elfe (plus de 10 000 couples hétérosexuels dont l'enfant est né en 2011). Deux mois après la naissance, 4,5 % des pères qui avaient pris leur congé présentaient une dépression post-partum. Ils étaient 4,8 % parmi ceux qui comptaient le prendre — et 5,7 % parmi ceux qui ne l'avaient pas pris et ne le prévoyaient pas.
L'étude évalue un congé de deux semaines, rémunéré et sans risque de perte d'emploi (c'était, précise l'Inserm, la durée moyenne du congé paternité dans les pays de l'OCDE en 2021). Elle réserve une surprise côté mères : 16,1 % de dépression chez celles dont le conjoint avait pris son congé, contre 15,3 % quand il ne l'avait pas pris. Les chercheurs avancent deux pistes — une répartition encore inégale du temps consacré aux enfants, ou un biais de sélection (les pères dont la compagne est plus fragile prendraient plus volontiers leur congé). Ils estiment que deux semaines pourraient ne pas suffire à prévenir la dépression des mères. Il s'agit d'associations — pas d'une preuve de cause à effet.
Depuis, le congé a été allongé. Selon la fiche de service-public.fr sur le congé de paternité et d'accueil de l'enfant (vérifiée le 1er janvier 2025), un salarié a droit à 3 jours ouvrables de congé de naissance, puis à 25 jours calendaires de congé de paternité. Les 3 jours de naissance et les 4 premiers jours de congé de paternité sont obligatoires, pris d'affilée juste après la naissance. Les 21 jours restants sont facultatifs — fractionnables en deux périodes d'au moins 5 jours, à prendre dans les 6 mois.
Le congé est ouvert au père, au conjoint, au partenaire de Pacs ou au concubin de la mère, ainsi qu'à la mère qui n'a pas accouché dans un couple de femmes (en cas de reconnaissance conjointe anticipée). L'Assurance maladie verse des indemnités journalières sous conditions, plafonnées à 101,94 € par jour. La fin des congés coïncide souvent avec une autre charge : organiser la garde, avec le choix entre crèche, assistante maternelle et nounou qui va avec. Ce moment de bascule mérite d'être préparé à deux.
Comment aborder la dépression post-partum avec votre conjoint
La meilleure entrée en matière part de vos observations, pas d'un diagnostic. « Tu fais une dépression » ferme souvent la porte ; « je te trouve épuisé et à cran depuis quelques semaines, et je m'inquiète » l'entrouvre. Choisissez un moment calme (pas à minuit après une nuit hachée, pas au milieu d'une dispute sur le linge). Laissez-lui le temps de répondre, même si la première réponse est « ça va ».
Psycom décrit ce que l'on peut faire pour la santé mentale de l'autre parent : partager les tâches du quotidien et la garde des enfants, ouvrir la discussion, proposer une balade, dire qu'on est là, écouter en restant attentif aux signes de mal-être — et chercher avec lui un professionnel de santé s'il souffre. Ce dernier point est essentiel : proposer de prendre le rendez-vous, de l'accompagner ou de garder le bébé pendant qu'il y va lève des obstacles très concrets.
Pensez aussi à l'entretien postnatal précoce. Ce rendez-vous, réalisé par une sage-femme ou un médecin entre la 4e et la 8e semaine après la naissance, s'adresse d'abord à la mère. Mais Santé publique France précise qu'on peut y venir accompagnée de son partenaire et de son bébé, et Psycom le confirme : « Le coparent peut y participer. » C'est l'un des rares moments où la question « et vous, comment allez-vous ? » peut être posée aux deux parents, dans la même pièce.
Si votre conjoint refuse d'en parler, ne transformez pas chaque soirée en interrogatoire. Revenez-y quelques jours plus tard, et laissez à portée de main une ressource qu'il peut consulter seul — comme la bande dessinée de Psycom « Devenir papa : quand c'est difficile pour le papa ». Certains hommes lisent plus facilement qu'ils ne parlent.
Où trouver de l'aide quand un père ne va pas bien ?
La dépression post-partum paternelle se soigne — et les portes d'entrée sont les mêmes que pour la mère. Santé publique France cite la sage-femme, le médecin traitant, le centre de PMI, un psychologue et, à l'hôpital, les consultations de pédopsychiatrie périnatale. Psycom y ajoute le pédiatre qui suit l'enfant, la maternité et le gynécologue — autant de professionnels que le père croise déjà, souvent sans penser à leur parler de lui.
La PMI mérite une mention à part. Son nom (protection maternelle et infantile) laisse croire qu'elle ne s'adresse qu'aux mères et aux bébés. Santé publique France la cite pourtant parmi les interlocuteurs à contacter en cas de symptômes de dépression post-partum, sans distinction de parent. Le médecin traitant reste souvent la porte la plus simple — il connaît déjà son patient, évalue la situation et oriente vers un psychologue ou un psychiatre.
Côté prise en charge, le dispositif Mon soutien psy de l'Assurance maladie rembourse jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, sans passer obligatoirement par le médecin. Il est prévu pour une souffrance psychique d'intensité légère à modérée : en cas de critères de gravité ou de risque suicidaire, l'Assurance maladie recommande de s'adresser au médecin traitant, qui oriente sans délai vers un psychiatre ou une structure spécialisée. Le traitement dépend de la sévérité : Psycom cite le soutien de l'entourage et des professionnels, un suivi psychologique et, dans certains cas, un médicament. Un antidépresseur n'a rien de systématique — il se décide toujours avec un médecin.
Un premier pas peut aussi se faire en ligne. Psycom signale le questionnaire du site 1000 premiers jours, qui permet d'évaluer son bien-être émotionnel en quelques minutes — ce n'est pas un diagnostic, mais cela aide à mettre des mots sur un malaise.
Soigner le père : ce que cela change pour le bébé et pour le couple
Soigner la dépression d'un père protège toute la famille — pas seulement lui. Santé publique France le rappelle : la dépression post-partum pèse sur la qualité de vie de celui qui en souffre, « et souvent sur sa relation de couple ». Elle « peut aussi être un obstacle pour prendre soin de son bébé ». À l'inverse, quand on la soigne, le parent va mieux et a moins de difficultés à s'occuper de son enfant.
Pour le couple, l'enjeu est très concret. Une dépression non reconnue se lit facilement comme de l'indifférence, de la paresse ou du désamour. La mère se sent seule avec le bébé ; le père se sent jugé et se retire davantage ; chacun confirme, sans le vouloir, les craintes de l'autre. Mettre un nom sur ce qui se passe ne règle pas tout. Mais la question change — on ne se demande plus « pourquoi il ne fait rien », on se demande « comment l'aider à aller mieux ».
L'Inserm souligne enfin un risque à plus long terme : pour certains parents, un épisode dépressif à cette période « préfigure l'entrée dans des troubles dépressifs pouvant persister dans le temps ». Traiter tôt, c'est aussi éviter qu'une période difficile ne devienne une façon durable d'aller mal.
Dépression post-partum chez les deux parents : que faire si vous allez mal tous les deux ?
Deux parents déprimés en même temps — ce n'est ni rare ni un échec. La dépression de l'autre parent figure parmi les facteurs de risque cités par Santé publique France, et Paulson et Bazemore trouvent un lien statistique entre la dépression des pères et celle des mères. Selon l'Inserm, la dépression post-partum concerne 17 % des mères dans l'année qui suit la naissance (Santé publique France évoque près d'une mère sur cinq dans les quatre semaines suivant l'accouchement). Si vous lisez cet article en pensant à votre conjoint — prenez aussi une minute pour vous.
Votre propre récupération compte — le sommeil, les suites de l'accouchement, la rééducation du périnée après l'accouchement, le retour au travail. Le baby blues des premiers jours est fréquent et passe en général seul (notre article pour faire la différence entre baby blues et dépression post-partum) ; des symptômes qui durent plus de deux semaines doivent conduire à consulter, rappelle Santé publique France. Deux parents qui vont mal ne peuvent pas se soigner l'un l'autre. Chacun a besoin de son propre interlocuteur (et, parfois, d'un espace commun pour se reparler).
Concrètement, cela peut passer par un rendez-vous chacun chez le médecin traitant, une consultation à la PMI, l'appui de l'entourage pour souffler quelques heures. Dans les situations les plus sévères, Psycom mentionne une hospitalisation possible en unité mère-enfant ou en unité parents-bébé. Il n'y a pas de hiérarchie des souffrances — celle du père ne passe pas après celle de la mère, et l'inverse non plus.
Questions fréquentes
Le baby blues existe-t-il chez le père ?
Les sources institutionnelles décrivent le baby blues chez la mère : une période de déprime quelques jours après l'accouchement, liée aux changements physiques, hormonaux et psychologiques, qui disparaît en général d'elle-même. Pour le père, Santé publique France parle directement de dépression. Un père peut bien sûr traverser quelques jours d'émotions intenses. Ce qui doit alerter, c'est un mal-être présent presque tous les jours pendant plus de deux semaines.
Combien de temps dure une dépression post-partum ?
Elle peut durer des mois, et parfois se prolonger au-delà d'un an, selon Santé publique France. Plus elle est soignée tôt, plus ses conséquences sur le parent, le couple et le bébé peuvent être limitées. Il n'existe pas de durée « normale » à attendre avant de consulter.
Un homme peut-il faire une dépression pendant la grossesse de sa compagne ?
Oui. Santé publique France évoque une dépression paternelle « pendant la grossesse ou peu après la naissance », et les méta-analyses couvrent la période du premier trimestre à la fin de la première année. L'entretien prénatal précoce (vers le 4e mois de grossesse) peut se faire en couple : c'est un moment où le futur père peut exprimer ses angoisses et ses questions.
Mon conjoint refuse de consulter : que faire ?
Gardez la porte ouverte sans forcer. Revenez sur le sujet à un moment calme, partez de faits observés, proposez de prendre le rendez-vous ou de l'accompagner. Vous pouvez aussi parler de vos inquiétudes à votre médecin, à votre sage-femme ou à la PMI. En cas d'idées suicidaires, appelez le 3114. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112, ou rendez-vous aux urgences, sans attendre son accord.
Le congé de paternité est-il obligatoire ?
En partie. Les 3 jours ouvrables de congé de naissance et les 4 premiers jours calendaires de congé de paternité sont obligatoires, juste après la naissance. Les 21 jours restants sont facultatifs, fractionnables en deux périodes d'au moins 5 jours, à prendre dans les 6 mois suivant la naissance (selon service-public.fr).
Les séances chez le psychologue sont-elles remboursées ?
Oui, en partie. Avec Mon soutien psy, l'Assurance maladie rembourse jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire : la séance coûte 50 €, remboursée à 60 % (la complémentaire santé, si vous en avez une, rembourse les 40 % restants). On peut prendre rendez-vous directement avec un psychologue partenaire, ou en parler à son médecin ou à sa sage-femme. Le dispositif s'adresse aux souffrances d'intensité légère à modérée : une dépression plus sévère relève d'un suivi par le médecin traitant ou un psychiatre.
La dépression post-partum touche-t-elle aussi les co-parents ?
Les études citées ici portent sur des pères, dans des couples hétérosexuels. Rien n'indique pourtant que le bouleversement de la naissance épargne les autres familles, et Psycom emploie volontairement « parent » et « coparent » pour inclure toutes les configurations. Les ressources citées ici (médecin traitant, PMI, Mon soutien psy, 3114) sont ouvertes à tous les parents.
Sources
- Santé publique France (1000 premiers jours) — Le baby blues et la dépression post-partum
- Santé publique France (1000 premiers jours) — Deux rendez-vous pour aider à se sentir bien
- Psycom — La santé mentale des parents
- Inserm — Congé paternité et dépression post-partum (4 janvier 2023)
- Barry et al. — Paternity leave uptake and parental post-partum depression (The Lancet Public Health, 2023)
- Service-public.fr — Congé de paternité et d'accueil de l'enfant (vérifié le 1er janvier 2025)
- Paulson et Bazemore — Prenatal and postpartum depression in fathers (JAMA, 2010)
- Ameli — Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy (mis à jour le 28 avril 2025)
- Santé publique France (1000 premiers jours) — Les numéros d'urgence à connaître
- Cameron et al. — Prevalence of paternal depression in pregnancy and the postpartum (Journal of Affective Disorders, 2016)