Fraisier sur un présentoir blanc : moitiés de fraises alignées sur le pourtour, dessus de meringue dorée garni de fraises, une part retirée à la pelle à tarte

Fraisier maison : la recette pas à pas, de la génoise au montage

Non, une crème mousseline qui tranche n'est pas une crème ratée. Elle en a tout l'air — granuleuse, luisante sur les bords, criblée de petits grains de beurre qui refusent de se fondre dans le reste. Mais elle n'a qu'un défaut : une température mal réglée. Et ça se rattrape en trois minutes, sans rien jeter.

Je l'ai appris le samedi 25 mai 2024, à 23 h 20, la veille de la fête des mères. Mon premier fraisier, monté d'une traite (erreur numéro un, on y reviendra). La génoise refroidissait près de la fenêtre ouverte (sur 28 m², le rebord fait office de grille à pâtisserie), les fraises séchaient sur un torchon, et ma crème ressemblait à du fromage blanc mal battu. J'ai eu la main au-dessus de la poubelle. Puis j'ai fait chauffer un fond d'eau dans une casserole, j'y ai posé le cul-de-poule dix secondes, j'ai refouetté — et la crème est redevenue lisse, brillante, exactement comme sur les photos. Le lendemain, ma mère a repris une deuxième part. Elle qui ne reprend jamais d'un dessert.

C'est tout le paradoxe du fraisier. Il a une réputation de gâteau de vitrine — réservé aux pâtissiers et aux candidats de télé. Sauf que ses quatre éléments (génoise, sirop, crème mousseline, fraises) sont des bases de CAP, et que ses échecs viennent presque tous des trois ou quatre mêmes erreurs. Des erreurs de température et de timing. Pas de talent.

Cette année, la fête des mères tombe le dimanche 25 mai, parce que le Code de l'action sociale et des familles fixe la fête des mères au dernier dimanche de mai, sauf quand ce dimanche coïncide avec la Pentecôte (elle glisse alors au premier dimanche de juin). Et fin mai, les fraises françaises sont en pleine saison. La recette complète suit, geste par geste — la génoise, la crème mousseline qui tient, le montage au cercle —, avec les erreurs qui font retomber la crème et un planning étalé sur trois jours.

Parts carrées de fraisier alignées sur un plan en marbre : génoise, crème et fraises coupées visibles sur la tranche, glaçage rose et demi-fraise sur le dessus
Sur la tranche d'un fraisier se lit toute la recette : la génoise, la crème et les fraises coupées. Ces parts de pâtisserie sont finies d'un glaçage rose.

Le fraisier en bref : quatre éléments, trois jours, un cercle

Un fraisier, c'est une génoise coupée en deux disques, imbibée de sirop, garnie de crème mousseline et de fraises, puis couverte d'une fine couche de pâte d'amande. Mercotte le résume ainsi dans sa recette de l'épreuve technique du Meilleur Pâtissier (saison 2) — « une génoise, une crème mousseline, des fraises et une fine abaisse de pâte d'amande pour la finition ».

Cette recette reprend ses proportions, pensées pour un cercle de 20 cm de diamètre et 4 cm de haut. Compte huit parts plutôt fines — une mousseline, c'est riche (on y revient).

Pour la génoise : 150 g d'œufs (à peu près trois œufs, pesés sans coquille), 90 g de sucre, 90 g de farine.

Pour le sirop : 100 g d'eau, 120 g de sucre, 20 g de kirsch ou de sirop de fraise.

Pour la crème mousseline : 375 g de lait entier, 80 g de sucre, 55 g de jaunes d'œufs (environ trois jaunes), 15 g de farine T45, 15 g de fécule de maïs, une demi-gousse de vanille, 250 g de beurre — et 15 g de kirsch si tu en veux.

Pour le montage : 250 g de fraises dans le gâteau, plus une barquette de rab pour trier les plus régulières et décorer ; 100 g de pâte d'amande.

Le fraisier se prépare en trois temps. Meilleur du Chef, dans son dossier consacré au fraisier, précise que la génoise se prépare jusqu'à 48 heures à l'avance — filmée, à température ambiante — et la crème pâtissière deux jours avant. Ça donne :

  • J-2 : la génoise et la crème pâtissière.
  • J-1 : le sirop, la crème mousseline et le montage, puis une nuit au frais.
  • Jour J : le décerclage, la pâte d'amande et le décor.

Pourquoi étaler ? Parce qu'un fraisier monté d'une traite, c'est un après-midi debout — une crème travaillée à la hâte, une cuisine en champ de bataille. C'est là que les erreurs arrivent.

Barquettes de fraises rouges et brillantes alignées sur un étal de marché
Fin mai, les étals débordent de fraises françaises : prends-en plus qu'il n'en faut, pour trier les plus régulières.

Quelles fraises choisir pour un fraisier ?

Pour un fraisier, choisis des fraises françaises de saison, mûres mais fermes, et surtout de la même taille. Les fraises du pourtour sont la façade du gâteau — dans l'épreuve technique, Mercotte voulait qu'elles soient « si possible de la même hauteur » et « bien plaquées autour du gâteau ». Une fraise plus petite que ses voisines, et c'est un trou de crème qui se voit à la découpe.

Fin mai tombe bien. La fiche du ministère de l'Agriculture sur la fraise situe la pleine saison de récolte « majoritairement entre avril et juin », et rappelle que la Gariguette a été créée par l'INRAE (ex-Inra) à la fin des années 70. Il existe plus de 600 variétés (de quoi rester plantée devant l'étal). Pour trier, le ministère conseille les fraises sous signe de qualité — les fraises du Périgord en IGP, par exemple, ou le Label rouge.

Le dossier de Meilleur du Chef propose un tableau des variétés. Les quatre qu'on croise le plus fin mai, avec mon avis pour un fraisier :

VariétéSaison (Meilleur du Chef)Aspect et goût (Meilleur du Chef)Pour un fraisier (mon avis)
Gariguettemars à juinmoyenne, allongée, rouge orangé, sucréeLa plus parfumée ; sa forme allongée tient bien droite au pourtour
Ciflorettemars à mi-maiallongée, ovoïde, rouge pastel, équilibrée en sucreBelle, mais sa saison s'arrête mi-mai — rare le 25
Charlottemai à octobreforme cœur, rouge pourpre, arôme fraise des bois, texture fondanteJoli profil en cœur une fois coupée ; un peu tendre pour la façade
Mara des boismi-mai à fin octobrepetite, irrégulière, rouge foncé, parfum fruits des bois, aciduléeAu cœur du gâteau, en morceaux — trop irrégulière pour le pourtour

Mon choix, après deux fraisiers : des Gariguette au pourtour et dans le gâteau, quelques Charlotte pour le décor. Honnêtement, n'importe quelle fraise française mûre et ferme fera un meilleur fraisier qu'une fraise parfaite en photo et sans goût.

Deux gestes avant de couper. Rince tes fraises à l'eau claire — l'Assurance maladie, dans ses conseils de prévention de la toxoplasmose, cite les fraises en toutes lettres parmi les fruits à rincer « afin d'enlever toute trace de terre ». Et lave-les avant de les équeuter — équeutées, explique le ministère de l'Agriculture, elles « se gorgeraient d'eau et perdraient leurs vitamines ». Dans un fraisier, l'eau en trop est le premier ennemi de la crème.

Le matériel du fraisier : cercle, rhodoïd, thermomètre

Le matériel d'un fraisier tient sur une étagère, et une seule pièce est indispensable — le cercle. Un cercle à mousse (ou à entremets) en inox, sans fond, de 20 cm de diamètre et 4 à 6 cm de haut. À défaut, Meilleur du Chef signale qu'un moule à charnière de 20 à 24 cm fait l'affaire : il donne au fraisier sa forme régulière et facilite le montage des couches.

Ensuite, par ordre d'utilité :

  • Une bande de rhodoïd (ce ruban de plastique transparent) de la hauteur du cercle. Elle tapisse l'intérieur et permet de décercler sans arracher les fraises. Mercotte prévient qu'elle ne va pas au four — elle sert à froid, seulement.
  • Un thermomètre à sonde, pour la génoise et la crème. C'est lui qui transforme la recette en protocole.
  • Un batteur électrique ou un robot. Meilleur du Chef recommande fortement le robot, mais admet qu'un bon batteur électrique peut suffire (j'en suis la preuve, avec un modèle à deux fouets et un coin cuisine minuscule dans mon 28 m²).
  • Une maryse, une spatule coudée et un pinceau — pour incorporer la farine, lisser la crème, imbiber la génoise.

Le rhodoïd a changé mon deuxième fraisier. La première fois, j'ai décerclé à nu (un couteau chauffé passé le long du bord) — trois fraises sont restées collées à l'inox. Avec la bande, le cercle glisse, et le gâteau garde ses angles nets.

Mains fouettant des œufs et du sucre dans un saladier blanc, lors d'un atelier de cuisine
Fouetter les œufs et le sucre, la première étape de la génoise, avant que le mélange ne blanchisse et double de volume.

La génoise du fraisier, sans la faire retomber

La génoise de ce fraisier ne contient ni levure ni beurre — elle lève uniquement grâce à l'air emprisonné dans les œufs battus. Tout l'enjeu : faire entrer cet air, puis ne pas le chasser en ajoutant la farine. La méthode de Mercotte, étape par étape :

  1. Chauffe les œufs et le sucre au bain-marie, sans cesser de fouetter, jusqu'à 50-55 °C.
  2. Retire du feu et fouette jusqu'à refroidissement complet. L'appareil blanchit, double de volume et forme un ruban — soulevé, il retombe en nappe épaisse.
  3. Ajoute la farine tamisée en deux ou trois fois, à la maryse, en soulevant la pâte du fond vers le haut. Le fouet, ici, casserait les bulles.
  4. Étale sur un tapis de silicone (ou une plaque couverte de papier cuisson) et lisse à la spatule coudée.
  5. Enfourne à 180 °C pour 10 à 15 minutes. La génoise est cuite quand elle est blonde, souple au centre, et que ses bords se rétractent légèrement.
  6. Démoule-la sur une feuille de papier cuisson et découpe deux disques de 19,5 cm.

Pourquoi 19,5 cm pour un cercle de 20 ? Parce que dans un fraisier « dans les règles », la génoise ne se voit pas. Mercotte le dit en toutes lettres — le biscuit doit être « si possible bien masqué ». Le demi-centimètre libre se remplit de crème, et c'est ce qui donne ce liseré blanc net sur le côté.

Cuire la génoise à plat règle aussi un problème que je n'avais pas vu venir. Cuite dans un moule à manqué, elle doit ensuite être tranchée dans l'épaisseur au couteau-scie — et Mercotte avoue craindre « un peu pour la régularité des disques ». Moi aussi. Mon premier fraisier avait un disque du haut en pente douce, comme une piste verte. Tu tiens au moule quand même ? Tranche en tournant le gâteau, pas le couteau.

Trois erreurs font retomber une génoise. La farine versée d'un coup, qui fait des grumeaux qu'on écrase en mélangeant trop. Le fouet à la place de la maryse. La porte du four ouverte trop tôt — un courant d'air froid sur une mousse fragile. Génoise plate et caoutchouteuse ? L'une des trois est passée par ta cuisine.

Le sirop d'imbibage, avec ou sans kirsch

Le sirop d'imbibage empêche la génoise d'être sèche et lui donne son goût. Porte à ébullition 100 g d'eau et 120 g de sucre, laisse refroidir, puis ajoute 20 g de kirsch — ou, écrit Mercotte, du sirop de fraise « pour ceux qui n'aiment pas l'alcool ». Mets-en peu : l'entremets idéal, toujours selon elle, n'a « pas trop de goût de kirsch ni de pâte d'amande ».

Imbiber se dit « puncher » en pâtisserie. Au pinceau, en tapotant plutôt qu'en frottant, jusqu'à ce que la génoise soit souple sous le doigt (souple, pas détrempée). Le disque du bas s'imbibe seulement côté intérieur, celui qui touchera la crème — sinon, il ramollit au contact du plat et ne soutient plus rien.

Crème pâtissière épaisse et lisse, travaillée au fouet dans un cul-de-poule en inox
Une crème pâtissière bien cuite est épaisse, lisse, et nappe le fouet : c'est la base de la mousseline.

La crème mousseline, étape par étape

La crème mousseline, c'est une crème pâtissière dans laquelle on fait monter du beurre. Plus ferme qu'une chantilly, plus légère qu'une crème au beurre — c'est elle qui tient le fraisier debout. Voici la méthode de Mercotte, en deux temps.

Le jour de la génoise (J-2) : la crème pâtissière.

  1. Fais infuser la demi-gousse de vanille fendue dans le lait tiède pendant 10 minutes, puis porte à ébullition avec la moitié du sucre.
  2. Mélange les jaunes avec le reste du sucre, puis ajoute la farine et la fécule tamisées.
  3. Retire la gousse, verse le lait bouillant sur ce mélange en fouettant, puis remets le tout dans la casserole.
  4. Fais cuire une bonne minute sans cesser de remuer : la crème doit épaissir.
  5. Hors du feu, ajoute la moitié du beurre (125 g) en fouettant, pour l'émulsionner.
  6. Étale la crème dans un plat, filme-la au contact et mets-la au frais. Le contact évite la croûte en surface, explique Meilleur du Chef (qui pose une feuille de papier alimentaire à même la crème) — et une croûte, ce sont des grumeaux assurés le lendemain.

Le jour du montage (J-1) : la mousseline.

  1. Sors la crème pâtissière du frigo et laisse-la remonter en température. Mercotte l'utilise quand elle est « aux environs de 16/18° » — vérifie au thermomètre.
  2. Pendant ce temps, fouette les 125 g de beurre restants pour les crémer : lisses, clairs, souples comme une pommade.
  3. Ajoute la crème pâtissière au beurre petit à petit, en fouettant.
  4. Quand la crème est homogène, ajoute le kirsch (ou rien).

Le principe tient en une phrase. Meilleur du Chef l'écrit ainsi : le beurre pommade et la crème doivent être « à la même température » pour que le mélange soit parfaitement homogène. Presque tous les ratés de mousseline découlent d'un écart à ce principe.

Toutes les mousselines ne se valent pas (et si tu te poses la question, tu as raison). Le ratio beurre/lait change tout :

RecetteLaitBeurreBeurre pour 100 g de lait
Mercotte (épreuve technique)375 g250 genviron 67 g
Meilleur du Chef, fraisier classique500 g250 g50 g
Meilleur du Chef, « Mon fraisier » de Chef Philippe500 g120 g24 g

Plus il y a de beurre, plus la crème tient — et plus elle est riche. La version de Mercotte est la plus sûre pour un premier fraisier, parce qu'elle pardonne un décerclage un peu hâtif. Celle de Chef Philippe est plus légère en bouche, mais elle compte sur le rhodoïd et le froid pour se tenir (il garde d'ailleurs la bande en place jusqu'au service). Mon avis : commence par la plus beurrée, passe à la plus légère quand le montage ne te fait plus peur.

Crème mousseline qui tranche ou qui retombe : causes et rattrapages

Une crème mousseline ratée a presque toujours une seule cause : un écart de température entre le beurre et la crème pâtissière. Le beurre trop froid durcit en grains ; la crème trop chaude fait fondre le beurre ; la crème passée au frigo avant usage fige. Chaque symptôme a son rattrapage.

Ce que tu voisCe qui s'est passéCe que tu fais
Des grains, un aspect de fromage blanc, du gras qui perleBeurre ou crème trop froids : le beurre fige en grumeauxRéchauffe légèrement les parois du bol, puis refouette
Une crème molle, presque liquide, qui coule de la spatuleCrème trop chaude : le beurre a fondu au lieu de monterLaisse-la refroidir un peu au frais, en surveillant, puis refouette
Une crème dure, cassante, impossible à étalerMousseline passée au frigo avant le montage : le beurre a cristalliséLaisse-la revenir à température ambiante, puis refouette
Une crème qui glisse et suinte au montageFraises humides : l'eau casse l'émulsion au contactSèche les fraises, retire les morceaux mouillés, continue

Le rattrapage des grains, c'est celui de mon samedi soir. Meilleur du Chef le décrit ainsi : si le beurre commence à « grainer », réchauffe légèrement les parois de la cuve au chalumeau de cuisine pour faire fondre ces grains, puis bats deux à trois minutes pour aérer. Sans chalumeau, le bol posé quelques secondes au-dessus d'une casserole d'eau chaude fait la même chose — par petites touches. Réchauffe trop, et tu passes directement à la ligne du dessous (la crème liquide).

La crème dure, c'est l'erreur la plus contre-intuitive. Le réflexe, quand une crème paraît molle, c'est de la mettre au frigo pour la raffermir. Mauvaise idée. Meilleur du Chef insiste : pas de réfrigérateur pour la mousseline avant son utilisation, au risque de voir le beurre cristalliser — la crème devient trop ferme et difficile à manipuler. Le froid, garde-le pour le gâteau monté.

Fraises coupées en deux, disposées en cercle, face coupée bien visible
Les fraises coupées en deux avant le montage : c'est cet alignement bien serré qui fait le pourtour du fraisier.

Le montage du fraisier au cercle, geste par geste

Le montage d'un fraisier se fait à l'envers de ce qu'on imagine : on commence par la façade. Les fraises du pourtour d'abord, la crème ensuite — c'est elle qui les colle au rhodoïd. L'ordre de Mercotte, avec les précisions du « Mon fraisier » de Chef Philippe :

  1. Chemise le cercle de rhodoïd et pose-le sur le plat de service ou sur un carton à gâteau.
  2. Dispose le premier disque de génoise au centre, punché côté intérieur seulement.
  3. Garnis le pourtour de fraises coupées en deux, face plate contre le rhodoïd, partie bombée vers l'intérieur. Chef Philippe les veut « bien droites » — c'est l'aspect final du fraisier qui se joue là.
  4. Poche un cordon de crème mousseline contre les fraises, puis écrase-le à la spatule coudée pour que la crème pénètre entre elles. Aucun trou d'air.
  5. Recouvre le disque d'une couche de crème, puis garnis généreusement de fraises en morceaux. Enfonce-les légèrement.
  6. Ajoute une fine couche de crème sur les fraises.
  7. Pose le second disque de génoise, punché des deux côtés. Appuie à peine, à plat, avec la paume.
  8. Termine par une dernière couche de crème, lissée à la spatule au ras du cercle.

Le geste qui fait la différence, c'est l'étape 4. Sans ce cordon écrasé contre les fraises, la crème du centre n'atteint pas le rhodoïd — et tu découvres au décerclage des fraises qui flottent dans le vide. Prends ton temps sur ce tour de cercle ; tout le reste va vite.

Fraisier entier tenu à deux mains dans un jardin, moitiés de fraises plaquées sur tout le pourtour, dessus garni de fraises et de pistaches concassées
Décerclé, le fraisier montre sa façade : les moitiés de fraises plaquées contre la crème, bien droites et de même hauteur.

Repos, pâte d'amande et décerclage du fraisier

Un fraisier doit prendre le froid avant d'être décerclé — une heure au minimum, et l'idéal est de trois à quatre heures, selon Chef Philippe. Je le monte la veille et je le laisse la nuit au réfrigérateur, filmé. C'est plus confortable, et la crème a le temps de raffermir à cœur.

Décercle seulement quand la crème est ferme au toucher ; trop molle, elle laisse le fraisier s'affaisser. Avec le rhodoïd, le geste est simple — soulève le cercle bien droit, puis déroule la bande délicatement.

Pour la pâte d'amande, Mercotte la veut « fine ». Étale-la sur quelques millimètres entre deux feuilles de papier cuisson (ou sur un plan fleuré de sucre glace), découpe un disque au diamètre du cercle, puis recoupe-le en croissant et pose-le sur un côté du fraisier. Mercotte ne couvre pas tout le gâteau : elle se contente d'un croissant de pâte, pour qu'il ne soit pas trop sucré. Et elle a raison — un fraisier entièrement couvert de pâte d'amande rose, c'est beaucoup de sucre sur un gâteau qui n'en manque pas.

Le décor, enfin : trois ou quatre fraises entières gardées de côté suffisent.

Conserver et servir un fraisier

Un fraisier se conserve au réfrigérateur, dans la zone la plus froide, et se monte au plus tôt la veille. Meilleur du Chef, dans sa recette de fraisier classique, conseille de le préparer 24 heures avant au plus — 48 heures étant le maximum absolu — et précise qu'on ne peut pas le faire des jours à l'avance puis le congeler, à cause des fruits frais.

Côté réglages, l'Anses recommande de surveiller la température du réfrigérateur : 4 °C dans la zone la plus froide. L'agence rappelle aussi que les préparations maison à base d'œufs sans cuisson (mayonnaise, mousse au chocolat, pâtisseries) se mangent tout de suite, ou au froid dans les 24 heures. La crème pâtissière, elle, cuit une bonne minute — elle ne relève pas de ce cas. Mais elle reste fragile, et je ne garde jamais un fraisier au-delà du lendemain.

Ce délai n'est pas un détail : l'arôme des fraises, rappelle le ministère de l'Agriculture, ne se révèle qu'à température ambiante. Un fraisier servi glacé a le goût du frigo.

Pour des parts nettes, trempe un grand couteau dans de l'eau chaude, essuie-le, coupe — et recommence à chaque part. Et sers-le au goûter plutôt qu'en fin de déjeuner : après un repas de fête, personne n'a de place pour une mousseline. C'est d'ailleurs le créneau que la chrononutrition réserve au sucré, en fin d'après-midi (sans qu'il faille en faire un dogme).

Théière, tasse de thé rouge et bouquet de fleurs orange sur une table de jardin
Le goûter de la fête des mères : la théière sort en même temps que le fraisier, entouré de fleurs de saison.

Le rétroplanning de la fête des mères, du vendredi au dimanche

Pour un fraisier servi le dimanche 25 mai, tout commence le vendredi soir. Voici mon planning, calé sur les délais de Meilleur du Chef et de Chef Philippe — à coller sur le frigo, températures écrites en gros.

Vendredi 23 mai, le soir (J-2)

  • Génoise : cuisson, découpe des deux disques de 19,5 cm, puis film alimentaire bien serré, à température ambiante, dans un endroit frais et sec.
  • Crème pâtissière avec la première moitié du beurre, filmée au contact, au réfrigérateur.

Samedi 24 mai (J-1)

  • Le matin : les fraises (et la pâte d'amande, si ce n'est pas fait).
  • En fin d'après-midi : le sirop (il doit refroidir), le lavage et le séchage des fraises, la crème pâtissière et le beurre sortis du frigo ensemble.
  • La crème mousseline, puis le montage complet — et une nuit au réfrigérateur, filmé.

Dimanche 25 mai (Jour J)

  • Le matin : décerclage, pâte d'amande, décor. Retour au frais.
  • 30 à 45 minutes avant de servir : sortie du réfrigérateur.

Résultat : le dimanche, il ne te reste qu'un croissant de pâte d'amande à étaler et trois fraises à poser. Un gâteau qui a l'air d'avoir pris des heures, et une cuisinière qui a eu le temps de prendre une douche avant d'arriver.

Questions fréquentes

Peut-on faire un fraisier la veille ?

Oui, c'est même la meilleure option : monté la veille, il passe la nuit au réfrigérateur et la crème raffermit à cœur. Meilleur du Chef conseille de le préparer 24 heures avant au plus, 48 heures étant le maximum absolu. La génoise se prépare jusqu'à 48 heures à l'avance, la crème pâtissière deux jours avant.

Comment rattraper une crème mousseline qui a tranché ?

Une crème qui tranche (grains de beurre, aspect de fromage blanc) est trop froide. Réchauffe légèrement les parois du bol — au chalumeau ou quelques secondes au-dessus d'une casserole d'eau chaude —, puis fouette deux à trois minutes. Elle redevient lisse. Surtout, ne la jette pas.

Peut-on faire un fraisier sans kirsch ?

Oui. Remplace le kirsch du sirop par du sirop de fraise, comme le propose Mercotte, et laisse de côté le kirsch facultatif de la crème. C'est la version à choisir si une femme enceinte ou des enfants sont à table : l'alcool ajouté au sirop froid ne cuit pas.

Combien de fraises faut-il pour un fraisier de 20 cm ?

Mercotte compte 250 g de fraises pour un cercle de 20 cm sur 4 cm de haut. Achètes-en le double : tu trieras les plus régulières pour le pourtour, tu garderas les plus belles pour le décor, et le reste ira en morceaux au centre.

Peut-on congeler un fraisier ?

Non. Meilleur du Chef précise qu'un fraisier ne peut pas être préparé des jours à l'avance puis congelé, à cause des fruits frais. Tu peux en revanche avancer la génoise et la crème pâtissière.

Une femme enceinte peut-elle manger du fraisier ?

La crème pâtissière cuit à ébullition et la génoise au four. Deux points demandent de l'attention : le kirsch, à remplacer par du sirop de fraise (la recommandation est de ne pas boire d'alcool pendant toute la grossesse), et les fraises, à rincer soigneusement à l'eau claire, comme le conseille l'Assurance maladie contre la toxoplasmose. En cas de doute, la sage-femme ou le médecin qui suit la grossesse reste la bonne personne à interroger.

Sources