Femme âgée vue de dos, qui feuillette une pile de vieilles photographies en noir et blanc à côté d'un homme en chemise à carreaux

Femmes résistantes : 10 parcours de la Seconde Guerre mondiale

C'était un samedi d'avril, en fin de matinée, sur un trottoir encore luisant de la dernière averse. Ma fille — elle est en maternelle et ne sait pas encore lire — s'est arrêtée net sous une plaque de rue : « Qu'est-ce qui est écrit ? » J'ai lu le nom à voix haute — Danielle Casanova. « C'est qui, la dame ? » J'ai ouvert la bouche pour répondre, et je me suis aperçue que je ne savais presque rien d'elle. Un nom sur un mur. Le mot « résistante », rangé quelque part dans ma mémoire. Rien d'autre.

Je lui ai raconté ce que je pouvais, en version maternelle : une dame très courageuse, qui avait dit non à des gens qui faisaient du mal. Le soir, une fois tout le monde couché, j'ai cherché qui elle était vraiment. Ce que j'ai lu ce soir-là est à l'origine de ces dix portraits — publiés quatre jours avant le 8 mai, quatre-vingts ans après la capitulation de l'Allemagne nazie.

Les noms de résistantes sont partout sur nos murs et presque nulle part dans nos têtes. Le ministère des Armées en a fait un constat officiel : en mars 2024, il a publié le livret « Aux combattantes, la France reconnaissante », cent fiches biographiques rédigées par des chercheurs du Service historique de la Défense (SHD). Il le présente comme « un réservoir de noms, un réservoir d'exemples illustres et inspirants dans lequel piocher quand vient le moment de nommer une rue, une école ou une place ». La plaque que montrait ma fille, c'est exactement ce que ce livret espère multiplier.

Les dix parcours qui suivent ont été choisis pour leur diversité : des fondatrices de mouvements, une cheffe de réseau, une secrétaire codeuse, des combattantes armées, une artiste — et, pour la moitié d'entre elles, la déportation. Chaque date vient d'une source que vous pouvez ouvrir vous-même (fiches du SHD, Ordre de la Libération, Fondation de la Résistance, Musée de la Résistance en ligne). Quand ces sources divergent, je vous le signale.

Femme âgée vue de dos, qui feuillette une pile de vieilles photographies en noir et blanc à côté d'un homme en chemise à carreaux
Une vieille photo de famille, un nom sur une plaque : deux points de départ possibles pour votre propre recherche.

Pourquoi connaît-on si peu les résistantes ?

Les femmes ont formé une part importante de la Résistance, mais elles n'apparaissent presque pas dans ses honneurs. Le 27 mai 2015 — jour de l'entrée au Panthéon de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz — le site gouvernemental de l'égalité femmes-hommes rappelait qu'elles « auraient représenté 15 à 20 % des membres de la Résistance ». Le conditionnel compte — personne n'a jamais pu les dénombrer. En face, un chiffre exact. Elles ne sont que six parmi les 1 038 Compagnons de la Libération.

Ces six femmes s'appellent Berty Albrecht, Laure Diebold, Marie Hackin, Marcelle Henry, Simone Michel-Lévy et Émilienne Moreau-Évrard. Six sur 1 038 — soit 0,6 %. Vladimir Trouplin, conservateur du musée de l'Ordre de la Libération, a cherché à comprendre ce déséquilibre dans son étude sur l'Ordre de la Libération et les femmes, publiée par le ministère des Armées. Les archives de l'Ordre lui donnent une réponse très simple : entre 1940 et la clôture des nominations (janvier 1946), seules neuf propositions concernant des femmes sont parvenues à son conseil. Sa conclusion tient en une phrase — « les femmes ne sont admises qu'exceptionnellement, car elles ne sont proposées qu'exceptionnellement par les hommes ».

Le même historien relève un deuxième indice, plus dur. Quatre des six femmes Compagnons ont été distinguées à titre posthume — les deux tiers d'entre elles, contre un quart des hommes. Pour être reconnue, une résistante devait en somme avoir payé plus cher. Les autres décorations suivent la même pente, en moins raide — les femmes représentent 8,7 % des presque 65 000 médaillés de la Résistance française.

Une troisième raison se voit moins. Beaucoup de résistantes ont fait un travail que l'après-guerre n'a pas regardé comme du combat — taper des tracts, héberger, porter des messages, coder des télégrammes. Vladimir Trouplin ajoute qu'elles « n'ont rien revendiqué pour elles-mêmes ». Une liste de décorés vous dit donc qui a été proposé, pas qui a résisté — gardez-le en tête quand vous en lisez une. Ce décalage entre ce qu'une femme a fait et la reconnaissance qu'elle en reçoit dépasse d'ailleurs la Résistance : quinze autres parcours de femmes, de la physique nucléaire aux Jeux olympiques, le racontent aussi.

Lucie Aubrac et Berty Albrecht : fonder un mouvement sans avoir le droit de vote

Lucie Aubrac et Berty Albrecht ont fondé chacune un grand mouvement de résistance à une époque où elles ne votaient pas. Le droit de vote des femmes n'arrive qu'avec l'ordonnance du 21 avril 1944, dont l'article 17 dispose, rappelle l'Assemblée nationale, que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Les résistantes ont donc — selon la formule que cite Vladimir Trouplin — « assumé leur devoir de citoyennes sans en avoir les droits ». Les Françaises votent pour la première fois aux municipales d'avril-mai 1945 (source : Sénat). Retenez ces deux dates si vous racontez leur histoire — 1944 pour le droit, 1945 pour le premier bulletin.

Lucie Aubrac (1912-2007), l'agrégée qui a attaqué un camion de la Gestapo

Lucie Bernard naît le 29 juin 1912 à Paris, dans une famille de vignerons mâconnais. Agrégée d'histoire en 1938, militante communiste dès 1933, elle organise en août 1940 l'évasion de son mari, Raymond Samuel (le futur Raymond Aubrac), alors prisonnier de guerre. À l'automne 1940, elle est à l'origine de Libération-Sud, l'un des grands mouvements de la zone sud.

L'épisode qui a fait sa légende se joue à Lyon. En juin 1943, Raymond est arrêté à Caluire avec Jean Moulin, puis interrogé sous la torture par Klaus Barbie. Le portrait que lui consacre la Fondation de la Résistance raconte la suite : « Le 21 octobre 1943, en plein jour, les armes à la main, à la tête d'un groupe franc des MUR pour qui elle est « Catherine », elle mène l'attaque de la camionnette de la Gestapo dans laquelle sont transférés Raymond Aubrac et une dizaine d'autres résistants. » (Les MUR sont les Mouvements unis de la Résistance.) Lucie Aubrac est alors enceinte. Le couple gagne Londres le 8 février 1944 avec son fils ; leur fille Catherine naît quatre jours plus tard.

On retient moins la suite politique. Lucie Aubrac fait partie des deux femmes choisies pour siéger à l'Assemblée consultative provisoire d'Alger — réfugiée à Londres, elle ne peut pas s'y rendre, mais elle siège à l'Assemblée consultative en 1945, à Paris. Le général de Gaulle la charge de mettre en place les comités départementaux de la Libération. Après la guerre, elle reprend l'enseignement et s'engage pour la mémoire de la Résistance, jusqu'à sa mort, le 14 mars 2007.

Berty Albrecht (1893-1943), la féministe de Combat

Berty Wild naît le 15 février 1893 à Marseille. Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, elle devient dans les années 1920 une militante féministe. En 1933, elle crée une revue, Le Problème sexuel, où elle défend la contraception et le droit à l'avortement libre. Surintendante d'usine à partir d'octobre 1936, elle travaille après l'armistice aux usines Fulmen de Vierzon (Cher), d'où elle aide dès l'été 1940 des prisonniers évadés à passer la ligne de démarcation.

Au début de 1941, elle tape elle-même les premiers bulletins de propagande du mouvement d'Henri Frenay, recrute les premiers adhérents et collecte les premiers fonds, selon sa fiche à l'Ordre de la Libération. Elle cofonde avec lui le mouvement Combat et en dirige le service social — celui qui prend en charge les résistants en fuite et les familles des emprisonnés et des fusillés. Internée à Vals-les-Bains (Ardèche) en mai 1942, elle fait treize jours de grève de la faim pour obtenir d'être jugée. Condamnée, elle simule la folie, est envoyée à l'asile de Bron, et un commando de Combat la fait évader le 23 décembre 1942.

Berty Albrecht refuse de partir en Angleterre. Arrêtée par la Gestapo à Mâcon en mai 1943, lors d'un faux rendez-vous, elle est torturée puis transférée à la prison de Fresnes, où elle meurt le 31 mai. Elle devient Compagnon de la Libération à titre posthume (décret du 26 août 1943) et repose dans la crypte du Mémorial de la France combattante, au Mont-Valérien.

Machine à écrire ancienne, gros plan sur le clavier et le chariot
Taper des bulletins clandestins, coder des messages : un travail de bureau qui pouvait mener en prison ou en déportation.

Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz : de Ravensbrück au Panthéon

Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz sont entrées ensemble au Panthéon le 27 mai 2015, aux côtés de Pierre Brossolette et de Jean Zay. Elles s'étaient rencontrées là où personne ne devrait se rencontrer : au camp de femmes de Ravensbrück, en Allemagne. Elles y sont devenues amies.

Germaine Tillion (1907-2008), l'ethnologue qui a écrit une opérette au camp

Germaine Tillion naît le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire). Ethnologue, elle part étudier les Berbères chaouis dans les Aurès — en Algérie. En 1940, en plein exode, elle entend le discours de Pétain annonçant la défaite — et décide de résister. Revenue à Paris, elle rejoint le petit groupe du musée de l'Homme, puis le groupe Combat de la zone nord, où elle signale à Londres des agents doubles et participe à des évasions.

Arrêtée le 13 août 1942 à la gare de Lyon, à Paris, elle est déportée à Ravensbrück le 19 octobre 1943 sous le statut « NN » (Nacht und Nebel, « nuit et brouillard »). Au camp, rappelle le même site gouvernemental, elle parvient à réunir les détenues « autour de la création d'une pièce de théâtre d'opérette ». Ce texte, Le Verfügbar aux Enfers, a été publié en fac-similé en 2005 sous le titre Une opérette à Ravensbrück.

Libérée en avril 1945, Germaine Tillion redevient chercheuse au CNRS, spécialisée dans l'histoire de la déportation. Elle fonde ensuite des centres sociaux en Algérie — ils seront la cible de l'OAS. Elle meurt en avril 2008 à Saint-Mandé.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002), de la déportation à la lutte contre la misère

Geneviève de Gaulle naît le 25 octobre 1920 dans le Gard ; elle est la nièce du général. Résistante du réseau du musée de l'Homme puis du mouvement Défense de la France, elle est arrêtée le 20 juillet 1943, emprisonnée à Fresnes, puis déportée à Ravensbrück le 3 février 1944.

Son après-guerre est une seconde vie de combat. Elle crée avec Marie-Claude Vaillant-Couturier l'Association des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR), témoigne en 1987 au procès de Klaus Barbie, puis se consacre à la lutte contre la grande pauvreté. Présidente de la branche française d'ATD Quart Monde de 1964 à 1998, elle soutient l'adoption de la loi du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions. Première Française élevée à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur, elle publie en 1998 son récit de déportation, La Traversée de la nuit. Elle meurt quatre ans plus tard.

Clôture de fils barbelés tendue sur des poteaux en bois, dans un champ, sous un ciel nuageux
Ravensbrück, au nord de Berlin, était un camp de concentration pour femmes. Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz y sont devenues amies.

Danielle Casanova : la dentiste du convoi de janvier 1943

Danielle Casanova, c'est la dame de la plaque. Elle naît Vincentella Perini le 9 janvier 1909 à Ajaccio, devient chirurgienne-dentiste en 1932 et prend le nom de son mari, Laurent Casanova. Militante communiste et féministe, elle devient en 1936 secrétaire générale de l'Union des jeunes filles de France (UJFF), qui vient d'être créée.

Clandestine dès septembre 1939 — le Parti communiste vient d'être interdit —, elle organise des comités féminins en zone occupée, réorganise les jeunesses communistes à l'automne 1940 et publie La Voix des femmes. Elle est arrêtée en février 1942 près du pont Mirabeau, à Paris, dans un vaste coup de filet de la police française. De la Santé, elle passe au fort de Romainville, où elle devient la rédactrice en chef d'un journal clandestin écrit et recopié à la main : Le Patriote de Romainville.

En janvier 1943, elle est déportée à Auschwitz dans un convoi de 230 femmes, que la notice du Musée de la Résistance en ligne décrit comme le « convoi des otages, des veuves, convoi-symbole des femmes de la Résistance ». Elles ont entre 17 et 69 ans. Parmi elles, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Charlotte Delbo. La dentiste du camp vient de mourir du typhus — Danielle Casanova la remplace et profite de ce poste pour distribuer aux plus démunies de la nourriture, des lainages, des médicaments volés. Prise d'une violente fièvre le 1er mai 1943, elle meurt du typhus quelques jours plus tard. La prochaine fois que vous croiserez une rue à son nom, vous saurez qui elle était — une dentiste qui a dit non.

Pile de vieilles enveloppes nouées d'une ficelle, à côté d'une photographie ancienne en noir et blanc
Journaux recopiés à la main, lettres d'adieu, dossiers d'archives : l'histoire des résistantes tient souvent dans des papiers fragiles.

Marie-Madeleine Fourcade : la seule femme à la tête d'un grand réseau

Marie-Madeleine Fourcade a dirigé Alliance, l'un des plus importants réseaux de renseignement de la France combattante. Née Bridou le 8 novembre 1909 à Marseille, elle entre en résistance dès novembre 1940, contribue à créer le réseau et en prend la tête le 18 juillet 1942. Alliance travaille directement avec l'Intelligence Service britannique. Sa biographie sur le site Chemins de mémoire la présente comme « la seule femme reconnue comme chef d'un grand réseau de résistance français ».

Le réseau a deux particularités. D'abord, les Allemands le surnomment « l'Arche de Noé » — ses membres portent des pseudonymes d'animaux. Ensuite, c'est l'organisation résistante la plus féminisée — 24 % de ses membres sont des femmes. Le prix payé est terrible (431 disparus, soit un tiers des membres).

Plusieurs fois arrêtée, Marie-Madeleine Fourcade parvient à s'évader. Elle effectue deux liaisons — l'une en Espagne, l'autre à Londres —, revient en France en juillet 1944 et, après s'être échappée d'une caserne allemande, mène des missions de renseignement en avant de l'armée de Patton. Après la guerre, elle veille pendant plus de vingt ans sur les survivants et les familles du réseau, et publie ses souvenirs sous le titre L'Arche de Noé (1968). Elle meurt le 20 juillet 1989.

Poste de radio rétro, gros plan sur le cadran FM/AM et le bouton de volume
Sous l'Occupation, on écoutait la radio de Londres en cachette, le son au plus bas.

Laure Diebold : coder la Résistance aux côtés de Jean Moulin

Laure Diebold a été l'une des secrétaires de Jean Moulin — et ce mot de « secrétaire » cache un poste stratégique. Laurentine Mutschler naît le 10 janvier 1915 à Erstein (Bas-Rhin). Secrétaire au moment de la défaite, elle anime d'abord un réseau de passeurs pour les Alsaciens qui veulent échapper au Reich, puis entre au réseau de renseignement Mithridate comme secrétaire codeuse. Arrêtée par la police française, relâchée, elle passe dans la clandestinité et gagne Lyon.

En septembre 1942, elle devient agent du BCRA (Bureau central de renseignements et d'action, le service de renseignement de la France libre) et travaille pour Jean Moulin, avec Daniel Cordier, Hugues Limonti et Suzanne Olivier. À Lyon puis à Paris, elle code et décode jour et nuit les messages qui permettent l'unification de la Résistance intérieure et la réunion du Conseil national de la Résistance. Ses noms de guerre : Mona et Mado.

Arrêtée par la police allemande le 24 septembre 1943, elle passe par Fresnes, plusieurs prisons et le camp de Schirmeck, avant d'être déportée à Buchenwald — d'où elle est libérée en avril 1945. Laure Diebold est l'une des six femmes Compagnons de la Libération.

Une autre femme Compagnon mérite d'être nommée à ses côtés — Simone Michel-Lévy, rédactrice aux PTT et pionnière du réseau Action-PTT. Déportée, elle sabote la production de l'usine d'armement où on la fait travailler, ce qui lui vaut d'être condamnée à mort. Elle est pendue à Flossenbürg le 13 avril 1945, dix jours avant la libération du camp.

Olga Bancic : la seule femme jugée avec le groupe Manouchian

Olga Bancic est « la seule femme parmi les vingt-quatre accusés » des FTP-MOI qui comparaissent le 18 février 1944 devant le tribunal allemand du Gross Paris, rappelle la notice que lui consacre le Musée de la Résistance en ligne. Golda Zenzis naît le 10 mai 1912 à Kichinev, en Bessarabie — alors dans l'Empire russe, aujourd'hui Chișinău, en Moldavie. Juive, communiste, étudiante en lettres à Paris, elle rejoint en 1943, avec son mari Alexandru Jar, les Francs-tireurs et partisans de la main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) de Missak Manouchian. Elle y gère un dépôt d'armes et organise leur distribution avant les attaques contre l'occupant.

Le 16 novembre 1943, elle est arrêtée par une brigade spéciale de la préfecture de police, avec les autres membres du groupe. Une autre femme du groupe, Mélinée Manouchian, agente de liaison de son mari, échappe à l'arrestation en se réfugiant chez la famille Aznavourian. Après un procès expéditif, les camarades d'Olga Bancic sont fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944. Olga Bancic, elle, est transférée en Allemagne — à Karlsruhe, puis à Stuttgart, où elle est décapitée le 10 mai 1944, le jour de ses 32 ans. Peu avant, elle écrit à sa fille une lettre d'adieu qui contient cette phrase : « Sois fière de ta mère, mon petit amour ».

Le 4 juillet 2013, la Ville de Paris a fait poser une plaque en son honneur au 114, rue du Château (14e arrondissement). Plusieurs voies et bâtiments publics portent aussi son nom.

Madeleine Riffaud : combattante à 19 ans, reporter de guerre ensuite

Madeleine Riffaud est la plus jeune de ces dix résistantes. Elle naît le 23 août 1924 à Arvillers (Somme), dans une famille d'instituteurs. Soignée au sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet, elle y distribue dès 1940 des tracts contre Vichy et l'occupant. Elle prend pour nom de guerre « Rainer » (en hommage au poète Rainer Maria Rilke), rejoint le Front national — le mouvement de résistance communiste de l'époque, sans rapport avec le parti fondé bien plus tard — puis les FTP en mars 1944.

Le 23 juillet 1944, à Paris, elle abat de deux balles un militaire allemand. Des années plus tard, elle a raconté ce moment dans des propos rapportés par France 24 à l'annonce de sa mort : « J'en ai vu un au milieu du pont de Solférino et je me suis dit : 'Il faut en finir' ». Arrêtée par des miliciens, torturée pendant un mois, elle est libérée le 17 août 1944 lors d'un échange de prisonniers — et reprend aussitôt le combat. Le 23 août, avec trois de ses hommes, elle attaque un train à la gare de Belleville-Villette et capture 80 soldats allemands.

Après la guerre, elle devient grand reporter — notamment pour L'Humanité — et couvre les guerres d'Indochine, d'Algérie et du Vietnam. Très âgée, elle rencontre encore des collégiens et des lycéens. À l'un d'eux, qui lui demandait comment on fait pour résister, elle répond : « Résister c'est aimer les gens, ne pas haïr. » Elle meurt le 6 novembre 2024, à 100 ans. Le jour de son centième anniversaire paraissait le troisième et dernier tome de Madeleine, résistante, ses mémoires en bande dessinée (Dominique Bertail au dessin, Jean-David Morvan au scénario).

Bicyclette ancienne appuyée contre un mur de briques, une pancarte « Trockel Café 20 m » fixée au cadre
À vélo, une jeune femme passait souvent inaperçue, un atout pour porter messages et consignes.

Joséphine Baker : la célébrité comme couverture

Joséphine Baker a mis sa célébrité au service du renseignement français. Vous connaissez sans doute l'artiste — l'agente de renseignement, beaucoup moins. Freda Josephine Macdonald naît le 3 juin 1906 à Saint-Louis (Missouri). Danseuse et chanteuse, elle arrive en Europe en 1925 et devient célèbre pour ses chansons et ses chorégraphies. En 1939, elle s'engage doublement : comme propagandiste, et comme « honorable correspondant » du renseignement militaire français.

Après la défaite, elle fait de sa notoriété un paravent — jusqu'en janvier 1941, elle fait passer des agents de renseignement pour des techniciens et des musiciens. Elle lève ensuite des fonds pour le général de Gaulle en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, puis s'engage le 23 mai 1944 dans les formations féminines de l'Air (grade : sous-lieutenant). Selon sa fiche du SHD, ses actions de propagande sont d'autant plus efficaces à la Libération qu'elle est « une des rares figures majeures de la culture de masse d'avant-guerre à ne pas s'être compromise avec l'occupant ».

Joséphine Baker poursuit après la guerre un engagement humaniste et antiraciste. Elle entre au Panthéon en 2021, six ans après Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz ; Mélinée Manouchian les y rejoint en 2024.

Sur les traces des résistantes : quels livres lire et quels lieux visiter ?

Le meilleur point de départ reste les mots des résistantes elles-mêmes. Voici les récits qu'elles ont écrits, tous cités en source dans le livret du SHD — vous pouvez les demander en bibliothèque ou chez votre libraire :

  • Lucie Aubrac, Ils partiront dans l'ivresse. Lyon, mai 43, Londres, février 44 (première édition en 1984).
  • Germaine Tillion, Ravensbrück (1973, puis 1988), et Une opérette à Ravensbrück (2005).
  • Geneviève de Gaulle-Anthonioz, La Traversée de la nuit (1998).
  • Charlotte Delbo, Le Convoi du 24 janvier et Aucun de nous ne reviendra (1965).
  • Marie-Madeleine Fourcade, L'Arche de Noé (1968).
  • Jeanne Bohec, La Plastiqueuse à bicyclette (1975) — le récit d'une chimiste parachutée en Bretagne en février 1944 pour saboter les communications allemandes.

Si vous voulez marcher sur leurs traces, trois adresses reviennent dans ces portraits. Le Mont-Valérien, à Suresnes : Berty Albrecht repose dans la crypte du Mémorial de la France combattante, et les camarades d'Olga Bancic y ont été fusillés. Le fort de Romainville (Seine-Saint-Denis), d'où Danielle Casanova est partie en déportation, et où des plaques lui rendent hommage. Le Panthéon, enfin, qui honore Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Joséphine Baker et, depuis 2024, Mélinée Manouchian.

Pour aller plus loin, il y a les archives. La plupart des fiches du livret citent une cote du SHD — GR 16 P 51470 pour Lucie Aubrac, GR 16 P 173685 pour Danielle Casanova. Vous la trouverez à la fin de chaque fiche, après la mention « Sources » : ces cotes renvoient aux dossiers conservés par le SHD. Si une résistante de votre famille ou de votre commune vous intrigue, notez sa cote avant toute démarche — c'est une piste concrète pour dépasser la légende familiale. Les archives de votre département peuvent aussi vous orienter vers les fonds locaux.

Ces femmes ont obtenu le droit de vote au moment même où elles risquaient leur vie, et plusieurs des combats qu'elles ont menés ensuite (contraception, pauvreté, égalité) ne sont pas clos. Pour mesurer le chemin parcouru depuis, prolongez avec notre état des lieux du féminisme aujourd'hui ; côté travail, les chiffres 2025 de l'égalité femmes-hommes au travail montrent ce qui reste à faire.

Piles de livres anciens aux couvertures usées sur des étagères
Récits, mémoires, bandes dessinées : les résistantes ont souvent raconté leur guerre elles-mêmes.

Questions fréquentes

Combien de femmes sont Compagnons de la Libération ?

Six femmes sont Compagnons de la Libération, sur 1 038 titulaires de la croix (0,6 %) — Berty Albrecht, Laure Diebold, Marie Hackin, Marcelle Henry, Simone Michel-Lévy et Émilienne Moreau-Évrard. Quatre d'entre elles ont été distinguées à titre posthume.

Quelle part de la Résistance les femmes représentaient-elles ?

Les femmes auraient représenté 15 à 20 % des membres de la Résistance, selon l'estimation reprise en 2015 par le site gouvernemental de l'égalité femmes-hommes. C'est une estimation — l'engagement clandestin n'a pas laissé de registre complet. Elles représentent 8,7 % des presque 65 000 médaillés de la Résistance française.

Quelles résistantes sont au Panthéon ?

Quatre résistantes de la Seconde Guerre mondiale sont honorées au Panthéon : Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, entrées le 27 mai 2015, Joséphine Baker, entrée en 2021, et Mélinée Manouchian, entrée en 2024 avec son mari Missak (le livret du ministère des Armées lui consacre une fiche).

Quel lien entre la Résistance et le droit de vote des femmes ?

Le droit de vote des femmes a été accordé pendant la guerre, par l'ordonnance du 21 avril 1944 signée à Alger. Lors du débat, le délégué communiste Fernand Grenier invoquait précisément le rôle des femmes dans la lutte contre l'occupant. Les Françaises ont voté pour la première fois aux municipales d'avril-mai 1945.

Lucie Aubrac a-t-elle vraiment libéré son mari les armes à la main ?

Oui. Selon la Fondation de la Résistance, le 21 octobre 1943 à Lyon, Lucie Aubrac, enceinte, mène en plein jour l'attaque d'une camionnette de la Gestapo qui transférait Raymond Aubrac et une dizaine d'autres résistants. Elle avait déjà obtenu sa libération après une première arrestation, le 15 mars 1943.

Quel livre lire pour commencer ?

Ils partiront dans l'ivresse, de Lucie Aubrac, raconte de l'intérieur une année de résistance, de Lyon en mai 1943 à Londres en février 1944. Pour un adolescent, la bande dessinée Madeleine, résistante est une porte d'entrée plus accessible.

Comment parler des résistantes à un jeune enfant ?

Partir d'un objet concret fonctionne bien : une plaque de rue, le nom d'une école. On raconte un prénom, un métier et un refus, sans détails violents ; la déportation peut attendre l'âge où l'enfant pose lui-même la question. C'est une approche de parent, pas une recommandation pédagogique officielle ; le principe d'adapter les mots à l'âge est le même que dans notre guide pour parler du consentement aux enfants, âge par âge.

Sources