Mercredi dernier, une patiente — appelons-la Valérie, 38 ans, responsable communication — est arrivée en consultation avec un sac de courses. Pas n'importe quel sac. Un sac qu'elle avait constitué avec une attention maniaque : uniquement des produits estampillés « sans sucres ajoutés », « riche en fibres », « source de protéines ». Elle avait l'air fière. « J'ai fait attention à tout, cette fois. » Nous avons passé quarante-cinq minutes à décortiquer chaque emballage. À la fin, Valérie fixait sa barquette de « salade healthy » — 14 g de lipides par portion, du sirop de glucose-fructose en troisième ingrédient — avec le regard de quelqu'un qui vient de comprendre que le Père Noël n'existe pas.
Valérie n'est ni crédule ni ignorante. C'est une femme intelligente, éduquée, qui n'a tout simplement jamais appris à lire une étiquette alimentaire. Et pour cause : personne ne nous l'apprend. Ni à l'école, ni chez le médecin, ni dans les publicités — évidemment. Les emballages alimentaires sont le résultat de décennies d'ingénierie marketing conçue pour nous faire acheter. Pas pour nous informer.
Ce guide est celui que vous devriez recevoir à l'entrée de chaque supermarché. Pas un cours de biochimie — une boîte à outils pratique pour reprendre le contrôle sur ce que vous mettez dans votre caddie, et dans votre corps.
Dans ce guide
- Anatomie d'une étiquette : ce qui est obligatoire (et ce qui ne l'est pas)
- La liste d'ingrédients : le vrai terrain de jeu
- Les sucres cachés : 61 noms pour un même piège
- Additifs alimentaires : les E-quelque chose, faut-il paniquer ?
- Le tableau nutritionnel : lire les vrais chiffres
- Allégations marketing : ce que la loi autorise (et ce que ça cache)
- Nutri-Score et NOVA : des outils utiles mais imparfaits
- Applications de scan : comparatif honnête
- La méthode des 30 secondes en rayon
- Questions fréquentes
Anatomie d'une étiquette : ce qui est obligatoire (et ce qui ne l'est pas)
Depuis le règlement européen INCO (n°1169/2011), chaque produit alimentaire préemballé vendu en France doit afficher un certain nombre d'informations. Sauf que « obligatoire » ne signifie pas « lisible » — et l'industrie le sait parfaitement.
Les mentions obligatoires :
- Dénomination de vente — ce qu'est réellement le produit (« préparation à base de viande de poulet » vs « nuggets de poulet »)
- Liste des ingrédients — par ordre décroissant de quantité
- Allergènes — mis en évidence (gras, souligné, majuscules)
- Quantité nette — en grammes ou millilitres
- Date de durabilité — DLC (« À consommer jusqu'au ») ou DDM (« À consommer de préférence avant »)
- Conditions de conservation — « À conserver au réfrigérateur après ouverture »
- Nom et adresse du fabricant — ou de l'importateur
- Pays d'origine — obligatoire pour viandes, fruits, légumes, miel, huile d'olive
- Tableau nutritionnel — pour 100 g ou 100 ml
- Degré alcoolique — si > 1,2 % vol.
Le réflexe Diana — La dénomination légale est souvent en petits caractères, loin du nom commercial. Un « Velouté de légumes du jardin » peut légalement être une « Préparation déshydratée pour potage ». C'est cette mention qui vous dit ce que vous achetez vraiment.
Ce qui n'est PAS obligatoire (mais souvent affiché quand ça arrange le fabricant) :
- Le Nutri-Score — volontaire, même s'il se généralise
- Les allégations nutritionnelles (« source de fibres ») — encadrées mais non obligatoires
- L'origine de tous les ingrédients — seuls certains produits y sont soumis
- Le pourcentage de l'ingrédient mis en avant — sauf s'il figure dans la dénomination ou sur l'illustration
Traduction : quand un fabricant choisit d'afficher une information non obligatoire, c'est qu'elle sert à vendre. Quand il ne l'affiche pas, c'est qu'elle risquerait de faire réfléchir.
La liste d'ingrédients : le vrai terrain de jeu
De toutes les informations sur un emballage, c'est la liste d'ingrédients qui raconte la vraie histoire du produit. Le tableau nutritionnel vous dit combien. La liste d'ingrédients vous dit quoi — et c'est infiniment plus important.
La règle d'or : les ingrédients sont listés par ordre décroissant de poids. Le premier ingrédient est celui qui est le plus présent dans le produit. Si le sucre, l'huile de palme ou l'amidon arrive dans les trois premiers, vous tenez votre réponse.
Attention — Un « Pâté de campagne supérieur » dont le premier ingrédient est « gorge de porc » et non « foie de porc » est légal. Mais ce n'est pas exactement ce que l'image rustique sur l'emballage vous laissait imaginer.
Les indices d'ultra-transformation :
Un produit contenant plus de cinq ingrédients mérite votre attention. Mais le vrai signal d'alerte, ce sont les ingrédients que vous ne trouveriez jamais dans une cuisine :
- Amidons modifiés — épaississants industriels (pas de l'amidon de maïs normal)
- Protéines de lait, isolats de protéines — ajoutés pour la texture, pas la nutrition
- Sirop de glucose-fructose — sucre liquide bon marché, métaboliquement problématique
- Huiles hydrogénées ou partiellement hydrogénées — source d'acides gras trans
- Arômes (sans plus de précision) — le mot « naturel » ne garantit rien de rassurant
- Dextrose, maltodextrine, sirop de riz — sucres sous pseudonyme
Le réflexe Diana — Prenez le produit, retournez-le. Si la liste d'ingrédients ressemble à un énoncé de chimie organique — reposez-le. Un bon produit n'a pas besoin de quinze lignes pour se justifier.
Le piège de la segmentation :
Un fabricant peut fractionner un même ingrédient sous plusieurs appellations pour qu'il descende dans la liste. Le sucre peut apparaître sous forme de « sucre, sirop de glucose, dextrose, miel, jus de pomme concentré » — cinq entrées qui, additionnées, le placeraient en première position. C'est parfaitement légal.
Regardez le total des glucides dans le tableau nutritionnel, ligne « dont sucres ». Si la somme des sucres dépasse 15 g pour 100 g dans un produit salé, il y a un problème.
Les sucres cachés : 61 noms pour un même piège
L'Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas dépasser 25 g de sucres libres par jour — soit environ 6 cuillères à café. Un Français moyen en consomme entre 70 et 100 g. L'écart n'est pas dû au sucre qu'il met consciemment dans son café. Il est dû aux sucres cachés.
Car l'industrie alimentaire a un talent remarquable pour dissimuler le sucre. Pas en le cachant physiquement — en le renommant. Il existe au moins 61 appellations différentes pour désigner des sucres ajoutés sur une étiquette.
Les noms évidents : sucre, saccharose, glucose, fructose, lactose, maltose, galactose.
Les noms techniques : dextrose, dextrine, maltodextrine, isoglucose, tréhalose.
Les noms « nature » : miel, sirop d'agave, sirop d'érable, sucre de coco, sucre de canne complet, muscovado, panela, rapadura, jus de fruits concentré.
Les noms industriels : sirop de glucose, sirop de glucose-fructose, HFCS (High Fructose Corn Syrup), sirop de riz, sirop de blé, caramel.
Attention — Le sirop d'agave, souvent présenté comme une alternative « saine », a un index glycémique bas mais une concentration en fructose de 70-90 %. Ce fructose libre, métabolisé exclusivement par le foie, a les mêmes effets métaboliques que le sirop de maïs à haute teneur en fructose. « Naturel » ne signifie pas « meilleur pour la santé ».
Où se cachent les sucres ajoutés ?
Les produits les plus piégeurs ne sont pas les confiseries — on s'attend à y trouver du sucre. Ce sont les produits salés ou « santé » :
- Sauces tomate industrielles — 7 à 12 g de sucre pour 100 g (autant qu'un biscuit)
- Vinaigrettes « allégées » — moins de gras, mais compensé par du sucre
- Pain de mie — 4 à 8 g de sucre par portion
- Soupes en brique — 3 à 6 g de sucre pour un bol
- Céréales « fitness » — 20 à 30 g de sucre pour 100 g (autant qu'un gâteau)
- Yaourts aux fruits — 12 à 16 g de sucre par pot (dont 8 à 10 g ajoutés)
- Smoothies industriels — 25 à 35 g de sucre par bouteille (plus qu'un soda)
- Plats préparés « allégés » — la réduction de matières grasses est compensée par des sucres et des amidons
Le réflexe Diana — Dans le tableau nutritionnel, cherchez la ligne « dont sucres ». Pour un produit salé, au-delà de 5 g pour 100 g, posez-vous la question : pourquoi ce produit a-t-il besoin de sucre ? Pour un produit sucré, comparez avec un yaourt nature (4,7 g de lactose naturel pour 100 g). Tout ce qui dépasse est du sucre ajouté.
Additifs alimentaires : les E-quelque chose, faut-il paniquer ?
Les additifs alimentaires traînent une réputation de poison industriel. C'est à la fois excessif et pas totalement infondé — ce qui rend le sujet particulièrement difficile à aborder honnêtement.
Commençons par les faits : un additif est une substance ajoutée intentionnellement à un aliment pour remplir une fonction technologique — conservation, coloration, émulsification, épaississement, exhaustion de goût. Chaque additif autorisé en Europe porte un code E suivi d'un numéro, et a été évalué par l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments).
Ce que le code E vous dit :
- E100-E199 — Colorants
- E200-E299 — Conservateurs
- E300-E399 — Antioxydants (dont E300 = vitamine C)
- E400-E499 — Épaississants, stabilisants, émulsifiants
- E500-E599 — Régulateurs de pH
- E600-E699 — Exhausteurs de goût (dont E621 = glutamate monosodique)
- E900-E999 — Édulcorants, cires, gaz propulseurs
Les additifs innocents qu'on diabolise :
- E300 (acide ascorbique) — c'est de la vitamine C
- E330 (acide citrique) — naturellement présent dans les agrumes
- E500 (bicarbonate de sodium) — celui de votre placard de cuisine
- E160a (bêta-carotène) — pigment naturel de la carotte
- E406 (agar-agar) — gélifiant végétal d'algue
Ceux qui méritent une vraie vigilance :
L'ANSES et l'INSERM ont identifié plusieurs catégories d'additifs pour lesquels les données scientifiques suggèrent une prudence raisonnable :
- Nitrites (E249, E250) et nitrates (E251, E252) — conservateurs de charcuterie, classés « probablement cancérogènes » (groupe 2A du CIRC) lorsqu'ils forment des nitrosamines. L'ANSES recommande de réduire l'exposition. Concrètement : limiter la charcuterie à 150 g par semaine.
- Dioxyde de titane (E171) — colorant blanc suspendu en France depuis 2020 (principe de précaution, effets sur la barrière intestinale observés chez l'animal). Interdit dans l'alimentation en UE depuis 2022.
- Émulsifiants (E433, E466, E407) — des études INSERM (Chassaing et al., 2015) suggèrent un impact sur le microbiote intestinal et la perméabilité intestinale. La recherche est en cours.
- Édulcorants intenses (E951 aspartame, E955 sucralose) — l'IARC a classé l'aspartame « possiblement cancérogène » (groupe 2B) en 2023. L'EFSA maintient la DJA. La prudence suggère de ne pas en faire une consommation quotidienne massive.
Attention — Refuser tout additif n'est pas plus rationnel qu'en accepter aveuglément. La vitamine C (E300) et le bicarbonate (E500) sont des additifs. Le vrai critère : l'additif est-il là pour la conservation d'un aliment simple (acceptable) ou pour donner une apparence, un goût ou une texture à un aliment qui ne devrait pas les avoir (suspect) ?
Le tableau nutritionnel : lire les vrais chiffres
Le tableau nutritionnel est obligatoire depuis décembre 2016. Il affiche, pour 100 g ou 100 ml du produit : la valeur énergétique (en kJ et kcal), les matières grasses (dont acides gras saturés), les glucides (dont sucres), les fibres, les protéines, et le sel.
Le fabricant peut aussi afficher les valeurs « par portion ». Et c'est là que ça se complique.
Le piège de la portion :
La taille de la « portion » est définie par le fabricant, pas par un organisme indépendant. Résultat : une portion de céréales peut faire 30 g (qui mange 30 g de céréales ?), une portion de chips 25 g (cinq chips), une portion de jus 200 ml quand la bouteille en fait 750.
Les chiffres « par portion » minimisent systématiquement la quantité réelle de sucre, sel et calories. C'est mathématiquement inévitable — et c'est le but.
Toujours comparer en base 100 g. C'est la seule façon de comparer deux produits de manière fiable.
Les repères clés pour 100 g :
| Nutriment | Peu (vert) | Modéré (orange) | Beaucoup (rouge) |
|---|---|---|---|
| Matières grasses | ≤ 3 g | 3–20 g | > 20 g |
| Acides gras saturés | ≤ 1,5 g | 1,5–5 g | > 5 g |
| Sucres | ≤ 5 g | 5–22,5 g | > 22,5 g |
| Sel | ≤ 0,3 g | 0,3–1,5 g | > 1,5 g |
| Fibres | ≤ 1,5 g | 1,5–3 g | > 6 g ✓ |
Ces seuils sont ceux utilisés par la FSA (Food Standards Agency) britannique, repris par de nombreuses applications de notation. Ils ne sont pas parfaits mais offrent une grille de lecture rapide.
Le réflexe Diana — Pour une évaluation ultra-rapide en rayon : regardez les graisses saturées et les sucres. Si l'un des deux dépasse 15 g pour 100 g, c'est un produit plaisir, pas un produit du quotidien. Rien de mal à cela — à condition d'en être conscient.
Le sel : le nutriment qu'on oublie
Les Français consomment en moyenne 8 à 10 g de sel par jour — l'OMS recommande moins de 5 g. L'essentiel de ce sel provient des produits transformés, pas de la salière. Les champions : le pain (premier contributeur en volume), les charcuteries, les fromages, les plats préparés, les sauces, et — surprise — les céréales de petit-déjeuner.
Un gramme de sel contient 400 mg de sodium. Certains tableaux affichent le sodium plutôt que le sel. Pour convertir : sel = sodium × 2,5.
Allégations marketing : ce que la loi autorise (et ce que ça cache)
Les allégations sur les emballages sont encadrées par le règlement européen CE 1924/2006. En théorie, un fabricant ne peut pas écrire n'importe quoi. En pratique, la frontière entre information et manipulation est fine — et les services marketing la connaissent par cœur.
Les allégations nutritionnelles (chiffrables, vérifiables) :
- « Source de fibres » = ≥ 3 g de fibres pour 100 g
- « Riche en fibres » = ≥ 6 g de fibres pour 100 g
- « Allégé en matières grasses » = au moins 30 % de MG en moins que le produit de référence
- « Sans sucres ajoutés » = aucun mono/disaccharide ajouté (mais sucres naturels possibles)
- « Source de protéines » = ≥ 12 % de la valeur énergétique provient de protéines
- « Riche en protéines » = ≥ 20 % de la valeur énergétique provient de protéines
Ces allégations sont vraies. Mais elles sont sélectives — elles mettent en avant un aspect positif sans mentionner le reste.
Les formulations trompeuses (légales mais manipulatoires) :
- « Recette à l'ancienne » — aucune définition légale, purement évocateur
- « Fait maison » (en industrie) — peut signifier « assemblé sur place à partir de composants industriels »
- « Naturel » — aucune définition réglementaire dans l'alimentation (contrairement aux cosmétiques)
- « Pur » — aucune obligation au-delà de l'absence de mélange
- « Artisanal » — protégé dans certains contextes (boulangerie) mais pas tous
- « Authentique » — pur marketing, aucune valeur juridique
- « Sans OGM » — en France, 99 % des produits alimentaires sont sans OGM. L'afficher, c'est créer un faux différenciateur
- « Sans conservateur » + « sans colorant » — peut contenir d'autres additifs (émulsifiants, exhausteurs, arômes)
Le réflexe Diana — Une règle simple : si une allégation vous fait sentir vertueux, c'est qu'elle est conçue pour ça. Retournez le produit et lisez les ingrédients. La face avant est la publicité. La face arrière est le contrat.
Le cas des « sans » :
Le marketing du « sans » exploite nos peurs. « Sans gluten » sur un produit qui n'en a jamais contenu (comme une bouteille d'eau). « Sans huile de palme » remplacée par de l'huile de coco (tout aussi saturée). « Sans lactose » sur un produit naturellement sans lactose. Ce n'est pas de l'information — c'est de la segmentation marketing.
Nutri-Score et NOVA : des outils utiles mais imparfaits
Le Nutri-Score est un logo à cinq lettres (A à E) et cinq couleurs, développé par l'équipe du Pr Serge Hercberg (Sorbonne Paris Nord). Il calcule un score global basé sur la composition nutritionnelle pour 100 g : points négatifs (calories, sucres, graisses saturées, sel) et points positifs (fibres, protéines, fruits/légumes/noix).
Ce que le Nutri-Score fait bien :
- Permet une comparaison rapide entre deux produits de la même catégorie
- Encourage les industriels à reformuler (Intermarché a reformulé 900 recettes pour améliorer leur Nutri-Score)
- Validé par de nombreuses études : les consommateurs font de meilleurs choix avec le Nutri-Score qu'avec le tableau nutritionnel seul
Ses limites réelles :
- Compare pour 100 g — or personne ne mange 100 g d'huile d'olive (classée D) vs 100 g de soda light (classé B)
- Ne tient pas compte du degré de transformation — un plat industriel ultra-transformé peut avoir un Nutri-Score B
- Ne couvre ni les additifs ni les pesticides
- N'est pas obligatoire — les produits mal notés ne l'affichent tout simplement pas
La classification NOVA complète le Nutri-Score en évaluant non pas la composition mais le degré de transformation :
- NOVA 1 — Aliments non transformés ou peu transformés (fruits, légumes, œufs, riz, viande fraîche)
- NOVA 2 — Ingrédients culinaires transformés (huile, beurre, sucre, sel, farine)
- NOVA 3 — Aliments transformés (fromage, pain, conserves de légumes, charcuterie traditionnelle)
- NOVA 4 — Produits ultra-transformés (PUTs) — contenant des ingrédients industriels absents d'une cuisine domestique
Une étude INSERM-INRAE (NutriNet-Santé, 2019, 105 000 participants) a montré une augmentation de 10 % du risque de maladies cardiovasculaires pour chaque tranche de 10 % de PUTs dans l'alimentation. Ce résultat a été répliqué dans plusieurs cohortes internationales.
Le réflexe Diana — Utilisez le Nutri-Score pour comparer deux produits similaires (deux pizzas, deux yaourts). Utilisez NOVA pour décider si le produit mérite d'être dans votre caddie. Un produit NOVA 4 avec un Nutri-Score A reste un produit ultra-transformé.
Applications de scan : comparatif honnête
Plusieurs applications permettent de scanner un code-barres et d'obtenir instantanément la fiche nutritionnelle d'un produit. Leur popularité est phénoménale — Yuka revendique plus de 50 millions d'utilisateurs. Mais toutes ne se valent pas.
Yuka
- Points forts : interface excellente, note sur 100 facile à comprendre, signale les additifs controversés, propose des alternatives mieux notées
- Limites : la pondération (60 % nutritionnel, 30 % additifs, 10 % bio) est discutable ; le « bonus bio » de 10 points n'a pas de justification nutritionnelle solide ; le modèle économique pousse vers des recommandations de produits « premium »
- Verdict : bon outil grand public, mais pas une expertise nutritionnelle
Open Food Facts
- Points forts : base de données collaborative et open source (3 millions de produits), calcul Nutri-Score et NOVA transparents, pas de conflit d'intérêts commercial, données réutilisables
- Limites : interface moins séduisante, données parfois incomplètes (saisies par des bénévoles), pas de recommandation d'alternatives intégrée
- Verdict : le choix le plus rigoureux si vous voulez les données brutes
Scan Eat (INRAE)
- Points forts : développée par des chercheurs publics (INRAE), évalue la transformation (NOVA), pas de conflit d'intérêts
- Limites : base de données plus limitée, interface sobre
- Verdict : excellent pour la dimension ultra-transformation, moins complet sur le nutritionnel
Mon conseil : installez Open Food Facts ET Yuka. Scannez avec Yuka pour le verdict rapide — vérifiez avec Open Food Facts quand le résultat vous surprend. Et n'oubliez jamais qu'aucune application ne remplace la lecture directe de la liste d'ingrédients.
La méthode des 30 secondes en rayon
Vous n'allez pas passer dix minutes sur chaque produit. La bonne nouvelle : avec un peu de méthode, 30 secondes suffisent pour savoir si un produit mérite d'entrer dans votre caddie.
Étape 1 (5 secondes) : retournez le produit. Ignorez la face avant. Elle est conçue pour séduire, pas pour informer.
Étape 2 (10 secondes) : lisez les trois premiers ingrédients. Ce sont eux qui constituent l'essentiel du produit. Si le premier est « eau », « sucre », « huile » ou « amidon » alors que vous achetez un plat cuisiné ou un produit « santé », reposez-le.
Étape 3 (10 secondes) : vérifiez trois chiffres dans le tableau nutritionnel (pour 100 g) :
- Sucres → si > 15 g dans un produit salé = trop sucré
- Graisses saturées → si > 5 g = beaucoup
- Sel → si > 1,5 g = beaucoup
Étape 4 (5 secondes) : comptez les ingrédients. Plus de 10 ingrédients avec des noms que vous ne comprenez pas = ultra-transformé. Passez votre chemin ou assumez-le comme un produit plaisir occasionnel.
Attention — Cette méthode est un filtre rapide, pas un verdict absolu. Un fromage AOP aura des graisses saturées élevées et un sel significatif — c'est normal et ce n'est pas un produit ultra-transformé. Le contexte compte toujours. Un aliment NOVA 1 avec du sel naturel n'est pas comparable à un plat NOVA 4 avec la même quantité de sel.
Les courses : quelques principes généraux
- Faites vos courses en périphérie du supermarché — les rayons frais (fruits, légumes, boucherie, poissonnerie) sont en périphérie, l'ultra-transformé au centre
- Un produit qui n'a pas besoin d'étiquette (un fruit, un légume, un œuf) est presque toujours un meilleur choix qu'un produit qui en a une
- La simplicité est un signal de qualité : moins il y a d'ingrédients, plus il y a de chances que le produit soit honnête
- Méfiez-vous des versions « allégées » — elles compensent presque systématiquement par du sucre, de l'amidon ou des additifs
- Le prix au kilo est plus informatif que le prix unitaire — surtout pour comparer des portions différentes
Questions fréquentes
Un produit Nutri-Score A est-il forcément bon pour la santé ?
Non. Le Nutri-Score évalue la composition nutritionnelle, pas le degré de transformation ni la présence d'additifs. Un plat ultra-transformé peut obtenir un A grâce à une bonne balance de nutriments tout en contenant des émulsifiants, des arômes et des amidons modifiés. Utilisez le Nutri-Score pour comparer au sein d'une catégorie, pas comme un label de qualité absolue.
« Sans sucres ajoutés » signifie-t-il que le produit ne contient pas de sucre ?
Non. L'allégation « sans sucres ajoutés » signifie qu'aucun sucre ni aucun édulcorant n'a été ajouté intentionnellement. Mais le produit peut contenir des sucres naturellement présents — un jus de fruits « sans sucres ajoutés » contient les sucres du fruit (fructose, glucose), soit 10-12 g pour 100 ml. Regardez toujours la ligne « dont sucres » du tableau nutritionnel.
Les additifs bio sont-ils plus sûrs que les additifs conventionnels ?
Pas nécessairement. Le cahier des charges bio autorise environ 50 additifs (contre plus de 300 en conventionnel), ce qui est plus restrictif. Mais les additifs autorisés en bio (E330 acide citrique, E500 bicarbonate, E407 carraghénane...) sont chimiquement identiques à leurs versions conventionnelles. Le vrai avantage du bio en matière d'additifs est indirect : moins d'additifs autorisés = produits généralement moins transformés.
Faut-il éviter tous les produits contenant des codes E ?
Non. Cette idée vient d'une méconnaissance de la classification. E300 est de la vitamine C, E330 de l'acide citrique, E500 du bicarbonate. Le code E signifie simplement que la substance a été évaluée et autorisée au niveau européen. Concentrez votre vigilance sur les additifs dont les études récentes suggèrent une prudence : nitrites (E249-E252), certains émulsifiants (E433, E466), et les édulcorants intenses en consommation quotidienne.
Est-ce que « allégé » signifie meilleur pour la santé ?
Rarement. Un produit « allégé en matières grasses » doit contenir au moins 30 % de MG en moins que la version standard. Mais pour maintenir le goût et la texture, les fabricants compensent presque systématiquement avec du sucre, de l'amidon modifié, des épaississants ou des arômes. Résultat : un produit souvent plus transformé, parfois avec autant de calories. Comparez toujours les tableaux nutritionnels des deux versions — standard et allégée — pour 100 g.
Peut-on faire confiance à Yuka pour choisir ses produits ?
Yuka est un bon premier filtre mais pas un outil d'expertise nutritionnelle. Sa note combine 60 % nutritionnel, 30 % additifs et 10 % label bio — cette pondération est discutable (le bonus bio n'a pas de justification nutritionnelle). De plus, Yuka a un modèle économique qui l'incite à recommander des produits « premium ». Utilisez-la pour repérer les produits clairement problématiques, mais vérifiez avec la liste d'ingrédients pour les cas ambigus.
Quelle est la différence entre DLC et DDM ?
La DLC (Date Limite de Consommation) — « À consommer jusqu'au » — concerne les produits périssables (viande, poisson, produits frais). La dépasser présente un risque sanitaire réel. La DDM (Date de Durabilité Minimale) — « À consommer de préférence avant » — concerne les produits stables (conserves, pâtes, biscuits). Passée cette date, le produit peut perdre en qualité gustative mais reste consommable. En France, 10 % du gaspillage alimentaire est lié à une confusion entre DLC et DDM.